Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Pierre Quémeneur a-t-il été assassiné par Guillaume Seznec à Lormaye ?

Train or not train : Jacques Marestet et Me Philippe Lamour

 

 

LES GARES (2)

 

 

 

L’article de Jacques Marestet

Dix années qu’elles m’obsèdaient ces quelques lignes du livre de Me Denis Langlois. Que je tannais souvent Denis Seznec. Qui semblait n’accorder aucune importance au dernier délire de son grand-père :

« Quand Jacques Marestet, le journaliste du Parisien libéré, s’était présenté, cela avait fait toute une histoire. De ton lit, tu avais entendu les mots d’ »exclusivité, de « contrat », de « droits ».

Tu avais rassemblé tes forces et tu avais crié :

- Entrez, monsieur Marestet, je serais heureux de parler avec vous.

Marestet était entré et s’était assis auprès de ton lit. Il t’avait parlé de la campagne qu’il menait dans son journal. Pour lui, plus que jamais, la clé de l’énigme se trouvait à Brest-Lambezellec. Les coupables étaient à chercher dans le gang des Cadillac qui guettait Quemeneur sur la route entre Rennes et Houdan.

Tu avais écouté, puis doucement en lui prenant la main, tu lui avais dit :

- Je vais vous faire une confidence que je n’ai jamais faite à personne. Quand nous sommes sortis du restaurant Le Plat d’Etain à Houdan, j’ai laissé la conduite de la Cadillac à Quemeneur. Nous ne sommes pas allés loin, la voiture a fait une embardée dans le fossé. Quemeneur a été blessé à un bras. Mais une autre voiture avec deux hommes nous a rejoints. L’un d’eux, un athlète, a soulevé Quemeneur dans ses bras et l’a porté dans la seconde voiture. Quemeneur m’a crié de faire demi-tour et de retourner en Bretagne. La voiture s’est éloignée……

Le journaliste t’écoutait avec des yeux ronds.

- Mais pourquoi n’en avez-vous pas parlé en 1923 ?

- Je l’ai fait. Le commissaire Vidal n’a pas voulu me croire, et mon avocat, Me de Moro-Giafferi, m’a conseillé de ne pas insister. Cela mettait trop de gens en cause….

Marestet a pris de notes sur son calepin et est sorti précipitamment. »

Il m’a fallu, bien sûr, tenter l’impossible : joindre Me Denis Langlois. J’avais pu me procurer copie de l’exemplaire de Parisien libéré relatant la mort de Guillaume Seznec, en date du lundi 15 février 1954. Mais je n’avais lu aucune ligne sur cette conversation.

J’ai réussi à trouver le téléphone personnel de Me Langlois et c’est son épouse qui m’a répondu. Je lui ai raconté, avec beaucoup de sincérité, l’objet de mon appel. Lui fus-je sympathique ? Elle me promit que son mari me rappellerait. Ce que je ne croyais absolument pas.

Et bien, j’avais tort.

Me Denis Langlois m’a rappelé le soir même et m’a, fort brièvement, certes, expliqué, qu’il s’agissait d’une petite série d’articles que Jacques Marestet avait écrite et publiée, la semaine avant la mort de Guillaume Seznec.

 

Cela correspondait avec ma thèse sur les horaires de train de Dreux ou de Houdan…….

 

 

Pourquoi l’impossibilité pour Pierre Quémeneur de prendre le train pour Paris à Houdan ou à Dreux ce vendredi 25 mai 1923 :

Rappel : le dernier train en gare de Houdan partait à 20 h 15 (le suivant à 3 h 50)

Le dernier train en gare de Dreux partait à 21 h 58. Direct jusqu’à Versailles, d’où il ne repartait qu’à 23 h 08 (sources : Chaix 1923).

 

Plaidoirie de Me Philippe Lamour devant le Tribunal de Rennes en date du 5 octobre 1932 :

« Reprenons les deux compagnons au moment où ils quittent Hodey, le garagiste de Dreux. Ils partent après avoir pris l’apéritif avec lui. Ils arrivent à Houdan à 20 heures 45 (cotes 101, 127 et 128). Il est essentiel pour l’horaire, le témoignage de Jean Gérard. On lui a demandé six fois – je n’irai pas jusqu’à dire que c’était dans l’espoir qu’il se tromperait et qu’il ne dirait pas la même chose – et il a continué à dire la même chose. Il y a du mérite. Car on comprend fort bien que lorsqu’on interroge dix fois les témoins sur les mêmes choses, comme on l’a fait pour les témoins de la gare, ils sont bien excusables de ne pas s’y retrouver et de finir par confondre ce qu’on veut qu’ils aient vu avec ce qu’ils ont vu réellement.

 

            Donc, à 20 heures 45, Jean Gérard les voit arriver.

 

            A 20 heures 57, en admettant, pour faire la part large à l’accusation, qu’elle ait pris le second train et non le premier, mais je fais volontiers cette concession à mes adversaires, la patronne du Plat d’Etain arrive à la gare. Mais à 21 heures, je l’ai prouvé par l’heure de clôture du service téléphonique, les deux compagnons sont à table et sont servis immédiatement. La bonne dit en effet : « C’était vendredi, nous étions pressées de partir, nous avions déjà mis les chaises sur les tables, lorsque ces deux hommes sont arrivés à Houdan. » Ils se sont donc mis immédiatement à table. A 21 heures 30, ils partent (cotes 99 et 100). Ils sont restés une demi-heure, dit Mlle Godefroy ; et ils ont repris l’auto environ une heure après, a dit Jean Gérard. Or, ils ont laissé l’auto devant chez lui vers 20 heures 45. Environ une heure après, nous pouvons dire, et les témoignages ainsi concordent, qu’il est 21 heures 30. Ils arrivent à la gare de Houdan à 21 h 32 : il faut deux minutes en automobile pour aller du Plat d’Etain à la gare de Houdan. Ils arrivent à la gare de Houdan à 21 heures 32 ou 33, mettons 35. En admettant que ce soit cette auto-là qui ait été vue par Piau, sa femme, Garnier et Nouvion, qui disent : nous avons vu une grande auto avec deux hommes dedans. Je fais encore cette large part à l’accusation.

            Ils en repartent aussitôt. C’est Quémeneur qui conduit. Seznec, mort de fatigue après une telle journée, dort dans la voiture comme il dormait déjà en quittant Dreux. Et dans son sommeil coupé de brusques réveils, dans ce pays inconnu et qu’il ne voit que la nuit à la lueur des phares, il va tout embrouiller et tout confondre, vous allez le voir. »

 

 

Guillaume Seznec l’écrit lui-même du bagne cf page 141, « Nous, les Seznec » par Denis Seznec : « Plus tard, il écrira, du bagne : les policiers n’ont pas eu de peine à me convaincre que c’était à Houdan et non à Dreux que j’avais quitté Quemeneur….. Je ne connaissais ni la gare de Dreux, ni celle de Houdan. »

 

 

Seul hiatus, mais de taille :

personne ne peut infirmer ou confirmer l’appel téléphonique passé ou reçu par Pierre Quemeneur au Plat d’Etain.

 

 

 

 

 

LES GARES

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