Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Pierre Quémeneur a-t-il été assassiné par Guillaume Seznec à Lormaye ?

Qui était Jean-Louis Quemin ?

 

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Jean-Louis Quemin ("look Rudolph Valentino")

Jean-Louis Paul Quemin est né le 11 avril 1897 à Chandres, hameau de Lormaye. Il développe très tôt un goût immodéré pour son physique. Il se plaît. Il aime plaire. Et la vie est belle. Sex and money !

De la classe 17, il combat dans le 232e régiment d’Infanterie. Il envoie à sa sœur et à sa grand-mère sa photo en piou-piou, avec cadre baroque et trèfle à quatre feuilles.

Il épouse, le 17 juillet 1922, Alice Aline Madeleine Huet, fille du maire de Mittainville. Dont il aura rapidement deux filles : Suzanne et Colette.

Il est hâbleur. Beau parleur. Sait s’habiller. Roule en voiture voyante. Le portrait même du dragueur basique : « Il était grand, baraqué, frimeur. Il avait une Jeep américaine et une Plymouth vert pomme » déclare encore "Titi", placé enfant chez Madame Pauline Thery.

Mais il est finaud. Et n’a pas de plus grande joie que de tromper son monde (surtout ses femmes, d’ailleurs !)

Madeleine Huet va finir par le quitter et prendre sa fille Colette avec elle. Pour l'éloigner de son père. Ne restent plus alors dans la ferme que la fille aînée, Suzanne, et Yvonne Vergnon, bonne à "tout" faire.

Côté politique, il appartient aux « Croix de Feu » m’expliquera l’un de mes principaux témoins lormaisiens : « Ils répétaient dans les champs derrière chez lui avec d’autres hommes du canton…….. »

Pendant l'Occupation, cela lui coûtera lourd quand les Allemands font une descente à la ferme.

Pour certains : pas de faits d’armes remarquables à punir, juste quelques mauvaises viandes faisandées revendues au marché noir. « Après avoir traficoté avec tout le monde pendant l’Occupation, le fils Quemin a tenté de rouler les Allemands sur des marchandises. Et les Allemands, eux, n’aimaient pas être roulés. » précise encore Madeleine Femeau.

Madame Marcelle Fauveau, née à Lormaye, me dira sans détours : « Faut dire que le fils Quemin, le marché noir, il connaissait. Il en faisait même des conserves et il cachait ses marchandises dans le chemin de Chartres. Il y avait des marnières par là ! Il a du être tout simplement balancé. »

 

 

Pour d'autres, Jean-Louis est un vrai résistant. C'est ainsi l'opinion de Louis Vergnon, qui a bossé chez Quemin fils, en tant que charretier de 1940 à 1944.  Et l'a accompagné de nombreuses fois à Paris avec des valises pleines de documents qui passaient en Angleterre. "Il aidait aussi des gens".

Louis se souvient bien que l'on cultivait de tout dans les champs : blé, orge, betterave, patates, haricots, etc... Il y avait des poules, des dindes, des cochons, des veaux, des vaches, des boeufs, des moutons qui étaient tués sur place. Des poulains étaient aussi élevés et revendus.

"Alors, bien évidemment, les gens venaient s'approvisionner. Les gendarmes aussi d'ailleurs !"

Quand les Allemands se pointent à la ferme en 1944, Louis a le temps de gagner les bois (il est réfractaire S.T.O.) d'où il rejoindra le maquis de l'Indre puis, comme engagé, le front de l'Atlantique. Jean-Louis, lui, est arrêté.

Il est donc déporté à Buchenwald. Dont il reviendra. Et là, étrange comportement, il fait nettoyer et repasser sa tenue de déporté, pour être pris en photos. Photos qu’il distribue largement à tous ses amis avec sa dédicace.

On le retrouve curieusement répertorié en page 43 du livre : « L’Occupation et la Résistance en Eure-et-Loir » Tome II dans l’O.C.M., l’Organisation Civile et Militaire, qui regroupe majoritairement des militaires de carrière. Dont le responsable est un avocat drouais, Pierre July. Cela permet à Madame Femeau de corroborer sa thèse selon laquelle Quemin fils est bel et bien un indicateur de police (tout comme son père, d’ailleurs).

Pendant la guerre, peu avant ou peu après, il tombe très amoureux de Lucie Gillopée, née Bonnel. Elle viendra vivre à Chandres, avec sa fille Denise, dès le début 1947. Il l'épousera à Tanger le 8 mars 1957.  Sans avoir divorcé de sa précédente femme. Après recherches et vérifications des registres dans les mairies de naissance des deux intéressés (voir leurs actes de naissances dans "Les Quemin connaissaient-ils Quemeneur ?") aucune mention de divorce ne figure sur leurs états civils !

Il quitte Lormaye pour Paris où il va vivre de l'automne 1947 à mai 1954 : « Il m’a offert la salle  manger du grand-père pour mon mariage le 16 août 1947 » précise Colette Quemin. Il suit Lucie Gillopée dans la capitale. Possède-t-elle un restaurant comme certains témoins le prétendent ? Mystère. Il est par contre prouvé qu’il a habité Paris de 1947 à 1954, au 2, rue d’Enghien dans les 10e arrondissement. C’est l’adresse que l’on retrouve sur l’acte de vente de sa ferme de Chandres (appelée par les anciens "Moulin de Paris") en mai 1954. Il est donc à Paris lors de l’accident de Guillaume Seznec, avenue des Gobelins, en novembre 1953. Guillaume meurt en février 1954.

Pour la ferme de Chandres : vente rapide et dans l'urgence, semble-t-il. "Vente au rabais" vous diront même certains Lormaisiens. "Il avait besoin de fric, il venait de planter des peupliers pour entourer une partie de sa propriété jouxtant sa ferme. Les peupliers étaient encore petits. Mais il n'a pas hésité à les vendre !" Et oui, ic'est qu'il a besoin de fric, l'ami Jean-Louis, car il a décidé de s’expatrier à Tanger…….. zone neutre. Son grand copain Pierre July (voir sa page "biographie"), proche d’Edgar Faure, est ministre des Affaires marocaines et tunisiennes de Février à Octobre 1955.

A Tanger, Jean-Louis Quemin monte une chaîne de boucheries.Colette Quemin me montrera des photos des boucheries marocaines de son père.

Rapatrié du Maroc, il finit sa vie dans l’Yonne, dont "Lulu" est originaire. Très précisément à Villeneuve-la-Guyard où il meurt le 13 février 1980. Lucie Gillopée meurt le 19 juin 1991 à l'âge de 87 ans.

 

 

JLQ Piou-Piou

Jean-Louis Quemin "classe 17"

 

JLQ le retour dédicacé

Photo dédicacée à ses copains au retour de Buckenwald

 

 

JEAN-LOUIS-QUEMIN-GILLOPEE-ET-COLETTE-copie-1.jpg

Lucie Gillopée, Colette Quemin et Jean-Louis Quemin

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