Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Affaire Seznec : La piste de Lormaye

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Maurice Viollette : biographie

 

 

 

 

 

 

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Maurice Viollette, LDH et FM

 

 

 

Né en 1870 à Janville, Maurice Viollette est certainement la principale figure politique du XX° siècle en Eure-et-Loir. Député à 32 ans en 1902, il est ministre du ravitaillement sous l’Union Sacrée en 1917, gouverneur général de l’Algérie sous le Cartel des Gauches de 1925 à 1927 et ministre d’Etat sous le Front Populaire en 1936. Il quitte le parlement à 86 ans en 1956, reste maire de Dreux de 1908 à 1959, et président du Conseil général d’Eure-et-Loir de 1920 à sa mort en 1960.

Sans être jamais membre du parti radical, Maurice Viollette fut toujours considéré en Eure-et-Loir comme un radical, parce qu’il avait succédé au radical Louis Terrier, parce qu’il laissa son siège au radical Edmond Desouches, et parce qu’entre ces deux dates, il fut toujours l’allié des radicaux et leur chef, au Conseil général comme au sein du journal et de la machine électorale de la rue des Changes à Chartres.

Issu de la petite bourgeoisie républicaine, socialiste indépendant dans sa jeunesse, il est membre du cabinet d’avocats et secrétaire d’Alexandre Millerand lorsque celui-ci rédige le discours de Saint-Mandé en 1896. Cette date marque l’adhésion d’une partie des socialistes français à l’idéal républicain. Chef du secrétariat particulier de Millerand en 1898, à l’époque où celui-ci est le premier socialiste à entrer dans un gouvernement (nous sommes en pleine Affaire Dreyfus), Maurice Viollette est élu député d’Eure-et-Loir en 1902 sous l’étiquette « radical-socialiste » et « républicain démocratique ».

Dès cette époque, il est en fait un homme de la gauche républicaine, indépendant, méfiant à l’égard des partis nationaux dans lesquels il voit un mal nécessaire mais aussi une menace contre la liberté d’esprit des représentants de la nation. En Eure-et-Loir, il gomme toute référence au mot « socialiste », se présente comme « républicain » et restera toute sa vie attaché à l’indépendance de ce qu’il appelle « le parti républicain en Eure-et-Loir ».

Partisan du bloc des Gauches et du gouvernement d’Emile Combes, Maurice Viollette est avant 1914 un des fondateurs du Parti républicain-socialiste, un grand dénonciateur des scandales coloniaux et de l’exploitation de l’Afrique par les grandes compagnies minières et ferroviaires. Dès ces années, il devient pour la droite « l’extravagant Viollette », un homme incontrôlable dans sa défense des grands principes. En Eure-et-Loir, il s’allie avec les radicaux de Chartres (Lhopiteau) et de Châteaudun (Baudet) et s’enracine à Dreux. Il y est conseiller général en 1904, maire en 1908 ; il y fonde le journal « L’Action Républicaine » et se fait constamment réélire député dans l’arrondissement le plus à gauche du département.

Capitaine de chasseurs alpins en 1914, décoré à la bataille de Tracy-sur-Somme, il est rappelé à la Chambre et devient en 1917 ministre du ravitaillement. En 1918, il est l’un des seuls députés à soutenir Joseph Caillaux dans le procès pour haute trahison que Clemenceau intente contre lui. Face à Clemenceau qui veut un exemple pour montrer aux soldats du front que les pacifistes ne font pas la loi à Paris, Maurice Viollette défend Caillaux, ancien président du Conseil et ancien président du parti radical, au nom des droits de l’innocence contre la Raison d’Etat. Cette attitude lui vaut une sévère défaite aux législatives de 1919, qui voient le triomphe du Bloc National et de la droite.

Il en tire alors les conséquences et profite des difficultés financières du journal « Le Progrès d’Eure-et-Loir » pour en prendre le contrôle et l’arracher aux radicaux passés à droite comme Gustave Lhopiteau et Maurice Maunoury. Grâce au journal, qu’il rebaptise « L’Indépendant d’Eure-et-Loir », il prend la tête du parti républicain en Eure-et-Loir, se constitue une clientèle de lecteurs-militants, et se forge une majorité chez les élus radicaux qui ont besoin du journal et de son imprimerie pour leur campagne. Dès lors, il est élu président du Conseil général en 1920 et le restera jusqu’à sa mort. Ces années d’opposition sont celles de l’enracinement départemental. Avec énergie, il consacre tout son temps à parcourir le département, multiplie les réunions publiques et reconstitue un vaste réseau d’élus locaux et de partisans. Il s’impose comme le leader de la gauche, à l’exception de la SFIO qui refuse de soutenir « les candidats dits de gauche de M. Viollette ». A la tête de cette liste de cartel des gauches, il remporte la majorité absolue dans le département et la totalité des sièges (2 républicains-socialistes et 2 radicaux-socialistes).

Premier vice-président de la Ligue des Droits de l’Homme, rapporteur général du budget en 1924, il est gouverneur général de l’Algérie en 1925 et se distingue comme un libéral, partisan des réformes et de l’association des musulmans aux autorités locales. Hostile à « la propagande anti-française des communistes », il s’impose, en pleine guerre du Rif, comme « le troisième flic de France ». Dans ces années naît entre lui et les gros colons d’Algérie une haine inextinguible qui les poussent à tenter de l’abattre par tous les moyens. Régulièrement entre 1928 et 1938, les colons arrosent le journal de  droite « La Dépêche d’Eure-et-Loir » pour fabriquer des « scandales » visant à discréditer le maire de Dreux. De son expérience en Algérie, il tire, en 1931, un livre aux accents prémonitoires : « L’Algérie vivra-t-elle ? »

Sénateur en 1930, il est déjà depuis longtemps un grand notable. Sa carrière n’en est pourtant qu’à mi-parcours… Dreux se développe. Il y applique une audacieuse politique d’équipement et de création de services publics, inspiré du « socialisme municipal à l’Anglaise ». Dans les années 30, il appuie à fond le tournant républicain de la SFIO et du Parti Communiste et devient l’un des premiers partisans du Front Populaire. En Eure-et-Loir, il réussit à rassembler la gauche, et les élections de 1936 voient la réélection de trois députés de gauche (1 socialiste, 1 républicain-socialiste, 1 radical, les trois sénateurs, dont Viollette, siégeant au groupe radical). Les villes ayant voté à gauche, la victoire est remportée grâce aux campagnes républicaines où le vieux radicalisme rural et laïc a tenu face aux droites dans un réflexe de « défense républicaine ».

Ministre d’Etat, vice-président du Conseil dans les cabinet Blum et Chautemps, il est chargé des questions algériennes, soutient la création de l’Office du Blé qui met fin à la baisse des prix des céréales et aux spéculations de la grande minoterie. En 1938 est lancé le projet Blum-Viollette qui prévoit d’accorder la citoyenneté française à 20.000 anciens combattants musulmans. Le tollé à droite est général… Viollette se paie en outre le luxe de refuser les accords de Munich et de prôner  « le Front populaire jusqu’au bout ». Il dénonce l’illusion pacifiste qui croit sauver la paix en multipliant les concessions à Hitler. Selon lui, « le grand rassemblement des républicains, des socialistes et des communistes est le seul capable d’assurer la défense de la République face aux dictatures. » Il n’en faut pas plus pour être qualifié d’« illuminé » par la « Dépêche d’Eure-et-Loir » et pour être battu nettement aux sénatoriales de 1938. Seconde et dernière défaite de sa carrière.

En 1940, il assiste consterné à l’effondrement de la France et de la République, saborde ses journaux, est révoqué par Vichy, placé en résidence surveillée. Dans « Premier combat, Jean Moulin, préfet d’Eure-et-Loir, raconte les moments passés avec lui lors de la débâcle. Parcourant avec lui les rues de Dreux, il écrit : «    . »

A la Libération, à 75 ans, il est bombardé président des Mouvements Unifiés de la Résistance, rétabli dans ses fonctions de maire, président du Conseil général et réélu député. Siégeant à l’Assemblée avec les radicaux, il s’oppose aux institutions de la IV° République et forme, avec Herriot, Daladier, Varenne et Moro-Giafferi, « le banc des octogénaires » moqué par le caricaturiste Cabrol. Après une phase de bonne entente avec les communistes, les socialistes et le MRP, Viollette est alors critiqué comme un survivant de la III° République, un « sépulcre blanchi sur le retour ». Il en profite pour reconstituer ses réseaux locaux et rétablit les positions républicaines en Eure-et-Loir. Adversaire du « règne des partis », du « fonctionnarisme », anticommuniste de guerre froide, il s’engage à fond dans la défense de l’école laïque contre la loi Barangé. Resté partisan de l’assimilation des musulmans d’Algérie à la nation française, il soutient la politique de Guy Mollet contre les options de Pierre Mendès-France.

Dépassé par les événements, promenant dans un monde en pleine transformation les réflexes et la culture d’un vieux républicain dreyfusard, il cède son siège de député à Edmond Desouches en 1956, mais reste maire de Dreux et président du Conseil général. A 86 ans, il se signale encore dans ses discours à l’Assemblée ou au banquet Marceau par sa verve et son énergie. En s’éteignant, à 90 ans, il laisse le souvenir d’un républicain intransigeant, énergique, généreux, indépendant, imprévisible, autoritaire et parfois colérique, d’un orateur de premier ordre à la lucidité décapante. Ayant enthousiasmé des générations de militants de gauche, il a suscité, à gauche comme à droite, des haines durables, qui expliquent peut-être sa faible implication dans les combinaisons ministérielles de l’entre-deux-guerres. C’est ce qui a fait dire à François Mitterrand, qui siégea avec lui sous la IV° République, qu’il fut « un homme plus grand que son destin ».

Son empreinte politique, longtemps visible, a fait de l’Eure-et-Loir (avec l’Eure de Pierre Mendès-France), le dernier bastion radical au nord de la Loire. Le « système viollettiste » s’effondre en 1985 avec la chute du Conseil général.

 

P.S. Maurice Viollette et la Franc-Maçonnerie :


Maurice Viollette était aussi très actif dans la franc-maçonnerie. Initié en mars 1893 à la loge Bienfaisance et Progrès, il a plus tard été élu au Conseil de l'Ordre du Grand Orient de France.

 

Si la Loge Justice et Raison a aujourd'hui cent ans, la Franc-Maçonnerie est présente à Dreux depuis 1792 et fait partie intégrante du patrimoine de la ville. Fondée en 1905 à l'initiative de Maurice Viollette et de quelques Francs-Maçons drouais, la Loge Justice et Raison du Grand Orient de France a été, dès sa création, un espace de promotion de la Laïcité et des valeurs de la République. L'ouvrage "Dreux - les Francs-Maçons dans la ville" retrace cette histoire et montre comment les Francs-Maçons d'aujourd'hui peuvent être fiers de continuer cette chaîne qui les relie aux fondateurs de la Franc-Maçonnerie et de perpétuer de génération en génération le Liberté, l'Egalité et la Fraternité. (in « Dreux et les Francs-Maçons dans la ville » d’André Rotenberg)

 

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