Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Pierre Quémeneur a-t-il été assassiné par Guillaume Seznec à Lormaye ?

Le second témoignage : Pierre Patrice

 

 

 

 

 Une heure, deux heures peut-être avant que Georges Viet ne soit l’involontaire témoin du  remue-ménage dans la ferme du père, une autre scène, surréaliste, se déroule dans la ferme du fils.

 

Par cette même nuit de pleine lune, à l’autre bout de Lormaye, dans la ferme du fils, Jean-Louis, un ouvrier agricole, du nom de Pierre PATRICE témoigne : « Alors qu’il était tard et que tout le monde attendait pour souper (ndlr « tout le monde » = la femme de Jean-Louis QUEMIN : Madeleine HUET, sa bonne, Madame VERGNON, deux ouvriers agricoles : Pierre PATRICE et un Polonais).

D’habitude chez QUEMIN fils, on dîne à 21 heures, mais ce soir-là, ils vont dîner tard, très tard… Je cite Pierre PATRICE : « On était pour souper avec le polonais A…. et la bonne actuellement encore au pays, j’ai vu entrer deux femmes. Un moment après, j’ai vu le père X… dire à son fils : « Tu ne vas pas le laisser en aller celui-là ! ». Ils ont conversé ensemble et le père dit au fils : « Il est prêt ton truc ? » Après, j’ai vu entrer un homme avec une serviette, petit, assez vif d’allure, sautillant. Quand il est passé près de nous. Il a dit « Qu’est ce qu’il a donc ce vieux, il est fou ! »

Un instant après, j’ai entendu comme un écroulement et un moment plus rien.

Après, X… est sorti comme un fou, en demandant s’il était entré quelqu’un, alors que l’on ferme les portes et que personne ne sorte d’ici.

Quand nous sommes allés avec le Polonais aux écuries, il m’a dit « ils l’ont tué, l’autre ! »… Un certain moment après, ils étaient de plus en plus fous. Le fils a demandé comme il avait fait, il a répondu : « Je l’ai porté sur mon dos ». Il a demandé s’il avait rencontré quelqu’un, il a répondu : « … était à la pêche ».

A un moment aussi, j’ai entendu parler de dollars, X…. père, mêlé à des voix de femmes. »

Témoignage signé de la main de Pierre PATRICE, le 8 Octobre 1928.

Témoignage validé par le maire Alexandre Goislard et transmis au Parquet de Chartres par l’intermédiaire de Charles Huzo (se méfiait-il déjà des autorités en place ?)

 

Pierre PATRICE sera lourdement marqué par cet événement qui lui perturbera même sa santé mentale. Il ne cessera de le ressasser et de le ressasser. Même en travaillant chez son nouvel employeur, le père de Madame Henriette LANGLOIS (née à Lormaye le 18 Juin 1912) qui est donc parfaitement au courant de cette histoire. Madame Henriette Langlois témoignera en direct à Denis Seznec, lors de sa conférence à Coulombs, en avril 1996 "Lire notes bas de page 329 dans "Nous, les Seznec", édition 2006)

 

Pour plus d'informations, lire l'article : Affaire Seznec : la piste de Lormaye : Pierre Patrice : "mon nom est personne"

 

Serge Anglès, né en 1936, lormaisien d'adoption,  qui habite dans le virage avant la route de Vacheresses, demandera à me voir début septembre 2004 : « C’était dans cette époque, ma mère d’adoption, Madame Pauline Thery-Bourdin, était en train de boire le café et de lire le journal à la grand-mère, quand elle a été attirée par une violente querelle sur la route. En présence : Pierre Patrice et Jean Quemin. Jean Quemin hurle à Pierre Patrice : « Si tu continues comme ça, tu vas finir comme l’autre : au bagne ! »

Pierre Patrice, peu de temps après, a une petite ferme à lui, avec veaux, vaches et cochons donnés par Jean Quemin. Qui, une fois l’histoire étouffée, lui reprendra le tout !!! »

« Il faut dire que père et fils, qui ne se parlaient plus vraiment avant la nuit du 25 mai, deviennent copains comme cochons et se baladent au village bras dessus, bras dessous » témoigne Madame Femeau.

Jean-Louis, bien plus séduisant physiquement que son père, est au moins aussi caractériel. Il poignarde, lors d’une dispute, l’un de ses ouvriers agricoles. Et le malheureux va se rétablir à l’hôpital de Chartres. « Un jour que ses bœufs avaient la fièvre aphteuse » déclare la fille du propriétaire de la ferme Bieuville, séparée par un sentier de la ferme Quemin, « il a collé du fourrage contaminé dans le ferme de mon père. Mon père a réagi plutôt violemment. Et il a failli se faire écraser un peu plus tard  par la voiture de Jean-Louis…. » Même sa fille Colette n’est pas tendre : « Mon père, Jean-Louis, ne s’est jamais occupé de nous. Il s’intéressait trop aux femmes. Ma sœur et moi étions en pension à Maintenon, et nous étions ravies d’y retourner car le père était trop dur ! » Ce qui n’est pas écrit, mais ce qui me fut dit à deux reprises par Colette, c’est l’inceste perpétré sur ses deux filles. Ambiance débridée !

 

Et la sœur  ?

Après la mort de sa mère, Madeleine Quemin, âgée d’à peine 14 ans,  déménage et va habiter, avec sa grand-mère maternelle, une petite maison qui jouxte le pont de Noailles. Juste en face de la ferme de Chandres.  Sur la route de Maintenon. Héritage maternel qui suscite la jalousie du père et du frère ?  Nul ne peut le dire. On décrit Madeleine comme une sauvage. Qui ne parle à personne. Sort peu. On ne l'aperçoit sur la route que pour ramasser le crottin de cheval. Et évite tout contact social.

Elle survivra à son frère. Et se retrouvera, à sa mort, le 26 décembre 1989,  à la tête d’une véritable fortune. Qu’elle lèguera, non à ses nièces, mais à l’hospice de Maintenon qui porte d’ailleurs son nom.

 

Ainsi dans un triangle maudit les trois lieux Quemin sont-ils campés : la ferme de Chandres, la ferme de la rue de Verdun et la petite maison près du pont de Noailles.

 

 

Mardi 10 Novembre 1992. Grâce à son rédacteur-en-chef, Jean-Yves Barzic, « L’Action Républicaine »  - journal drouais créé par Maurice Viollette - consacre un quatre pages au livre du petit-fils et à la piste Quemin. Piste que nul n’avait plus évoquée depuis l’enquête de Charles Huzo.

Samedi 14 novembre, Denis Seznec vient dédicacer son livre à Nogent-le-Roi. C’est l’affluence des grands jours à la maison de la presse de Madame Antoine. 250 livres sont vendus et dédicacés en moins de 5 heures. Les futurs lecteurs se bousculent pour glisser dans l’oreille de Denis : « L’assassin c’est Quemin ! »

 

Denis avec les Antoine

 

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