Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Pierre Quémeneur a-t-il été assassiné par Guillaume Seznec à Lormaye ?

Affaire Seznec : Terminus Rennes ?

 

 

 

 

 

"Se réveiller, c'est se mettre à la recherche du monde."

Alain

 

 

 

 

 

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Ce qui va suivre est pure supposition. Je n'affirme rien. Je pose la question qui me préoccupe depuis deux ou trois jours. Histoire de me sentir moins seule. Et puis au cas où vous auriez des éclaircissements à me donner...

 

 

 

C'était hier, en m'acharnant sur Alphonse Kerné que j'ai consulté le livre de Denis Langlois. Pour savoir ce que lui en écrivait. Et page 31, je suis tombée sur cette phrase qui débute le Chapitre III :

 

"Le lendemain matin, Quemeneur a de nouveau téléphoné.

- C'est pour demain. On y va ensemble. J'ai à faire dans la matinée à Rennes. Je prends le train. Le mieux, puisque c'est sur le chemin de Paris, c'est qu'on se retrouve là-bas. Rendez-vous au Grand Hôtel, près de la Gare, vers 14 h 30."

 

Rennes. On en parle peu dans l'affaire Seznec. Ou pas du tout d'ailleurs. Pourtant...

 

Rien que sur cette phrase citée ci-dessus :

 

- Pierre Quemeneur était donc "en affaires" avec des gens de Rennes ???? Quelqu'un s'est soucié de savoir qui ???

 

- Je prends le train... C'est aussi une affaire où les principaux personnages passent leur temps à jeter les preuves de leurs déplacements. Parce que là, un petit billet de train nous aurait bien arrangé !

 

- Le Grand Hôtel : à l'époque, tous les clients étaient tenus de remplir des fiches. Et aucun fin limier n'a eu l'idée d'aller looker de plus près les fiches du jeudi 24 mai 1923 au Grand Hôtel de Rennes ??? Quand même...

 

 

Et puis souvenez-vous, quand Seznec arrive enfin et très en retard, notre Pierrot est en train de prendre l'apéro avec deux quidams. Là aussi, aucun fin limier....

 

C'est chez Bernez Rouz, (qui, lui, nous parle de l'Hôtel parisien à Rennes) en page 69 :


"Il rejoint le conseiller général à la terrasse d'un café où il discute avec des amis rennais. Cette scène rapportée par L'Ouest-Eclair du 8 juillet ne fera l'objet d'aucune recherche. Rares sont pourtant les personnes qui ont parlé longuement au duo pendant leur équipée mystérieuse vers Paris. Aucune recherche ne sera entreprises non plus sur l'emploi du temps de Quéméneur à Rennes."

 

Faut bien comprendre : on peut pas à la fois sonder tous les marigots de Houdan et en plus s'occuper des apéros à Rennes...

 

Au fait, personne pour s'étonner non plus sur le temps que met Guillaume Seznec pour parcourir la distance Morlaix / Rennes : 185 km ? Départ à 11 h 30, arrivée à 19 h 30 : soit 8 heures !!!

 

 

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Maintenant on va élargir un peu le cercle.

 

 

 

1. La petite oubliée du trafic des cadillacs

 

Nombreux sont ceux qui sont d'accord pour dire qu'il n'a pas existé. Ou du moins qu'il n'existait plus en 1923. Ou encore que ce n'était pas le motif du déplacement à Paris de nos deux compères.

 

Je suis d'acccord aussi... Mais... Dans ce cas, plus aucune crédibilité non plus pour la livraison de la cadillac pourrave : premier échantillon du fameux trafic.

 

Car avec le temps, les recherches, etc... On se dit : "C'est fou ce qu'on peut avoir comme détails sur le parcours Rennes / Paris (et retour) de la fameuse cadillac. Mais c'est fou. Des pages entières...

 

Sauf que, là aussi, côté preuves, on est le bec dans l'eau. Et oui, pas la moindre petite note d'essence ou de restaurant qui aurait pu nous rassurer. Rien. Le vide intégral. Que l'on s'est empressé de remplir par le verbal de témoins plus ou moins aidés par la police.

 

Oui, je prêche là contre ma paroisse. Parce que Houdan... Mais dans un restau, ça va ça vient. Et là, en plus il y avait des chambres, alors pour le va et vient...

 

Ils ont dû bouffer gratis. Enfin aucune serveuse ne s'est souvenue du gros pourboire qui lui aurait été donné par le conseiller général. C'est déjà ça !

 

Alors, oui, je vous pose question, vous effacez le trafic des cadillacs avec l'ardoise magique et vous en laissez une au bord du talus. Pas sympa !

 

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Guillaume Seznec en 1923

(Archives Me Denis Langlois)

 

 

2. La police mobile de Rennes

 

Un soir de fin septembre, en arrivant de Paris, je me suis fait voler, à Chaudon, mon sac avec bijoux (que j'apportais au coffre familial), papiers et carnets en tous genres. Je ne suis pas allée porter plainte à Dreux ou à Chartres mais à la gendarmerie locale dont dépendait mon village, à savoir Nogent-le-Roi.

 

Non, non, je ne raconte pas ma vie par hasard. Parce que la première déclaration de disparition de l'ami Pierrot, c'est pas du tout à Landerneau qu'elle a été faite. Mais à Rennes.

 

J'ai encore trouvé ces quelques lignes en page 42 de Denis Langlois :

 

"- Bon, a dit Me Pouliquen en se calmant. Cela ne sert à rien de s'énerver. L'essentiel c'est de le retrouver. Ma belle-soeur n'en dort plus. Après plus de quinze jours, je pense qu'il faut prévenir la police. Si je le fais à Landerneau, ça va être le scandale. Comme vous êtes partis de Rennes, j'ai bien envie d'aller là-bas à la Police mobile en leur demandant la discrétion. C'est vous qui connaissez le plus de détails sur le voyage de Paris, est-ce que vous voulez nous accompagner ? Il y a un train dans une demi-heure."

 

On est le dimanche 10 juin.

 

C'est fou, parce qu'ici, les notables, ils auraient plutôt tendance à voir la gendarmerie locale. D'autant plus que les gendarmes sont tenus au plus strict secret.

 

Et bien non, Jean Pouliquen, il lui faut de la brigade mobile... Il prétexte Rennes... Les brigades mobiles, ce sont bien celles que l'on appelait "les brigades du Tigre" et qui dépendaient directement de la Sûreté Générale à Paris, n'est-ce pas ???

 

La brigade mobile de Rennes sera très investie dans cette enquête, mais je ne reviens pas là-dessus. Vous le savez tous par coeur.

 

 

3. Le télégramme de Rennes


 

Et oui, Pierrot a sans doute vainement tenté de joindre son beauf par téléphone. Et comme il n'est pas du genre patient (et que déjà il a subi le retard de l'ami Guillaume) il envoie un télégramme de Rennes. A 21 heures précises.

 

Rien d'anormal, me direz-vous ?

 

Si, juste un détail, mais pas un mince détail : quelqu'un aurait vu ce télégramme ? Il n'est reproduit nulle part. Dans aucun journal. Dans aucun ouvrage. Curieux, quand même...


 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/c3/Plaque_boulevard_Malesherbes_%C3%A0_Paris.JPG/220px-Plaque_boulevard_Malesherbes_%C3%A0_Paris.JPG

 

 

4. Le chèque baladeur

 

Là aussi, les détails foisonnent pour savoir qui a essayé de la récupérer à la Poste N° 3 du boulevard Malesherbes ? Comment ? Quel jour ? Quelle heure ? Le pauvre Alfred de postier risque de finir enfermé en H.P. avec toutes ces questions qui se contredisent à qui mieux mieux !

 

On peut lire en page 40 d'Yves-Frédéric Jaffré :

 

"Au surplus, il y eut les variations du postier, M. Bègue, qui d'abord déclara que l'inconnu venu pour retirer le pli s'était présenté le 26 mai, puis indiqua ensuite le 2 juin. Ces variations sont le signe d'une mémoire qui en l'occurence n'était pas très sûre. On peut même se demander si quelqu'un a bien tenté de retirer le pli recommandé. Car une confusion de la part du postier serait tout aussi explicable que l'erreur qu'il a commise en répondant que le pli n'était pas arrivé."

 

Et juste avant, en page 35 :

 

"L'employé des P.T.T., M. Bègue, n'a pas reconnu ce client dans les photographies de Seznec et de Quéméneur qui lui furent présentées. Il expliqua en effet lui-même, que cette poste restante de La Madeleine, était fréquentée par une clientèle d'amoureux si nombreuse qu'il ne pouvait garder le souvenir de tous les visages entrevus."

 

 

Maintenant, accrochez vos ceintures de sécurité : et si cette lettre n'avait jamais été envoyée ???

 

Je ne suis pas la seule à le penser. Catherine Clausse le signale sur son site :

 

"Me Pouliquen a affirmé qu'il avait adressé une lettre chargée contenant un chèque de 60.000 francs. Jamais personne n'est venu contester le contenu de l'enveloppe adressée à Pierre Quemener au bureau de poste n°3 à Paris.
Qu'est-ce qu'une lettre ou pli chargé ? Dans le Code des Postes, année 1923, chapitre III, Valeurs déclarées, nous apprenons qu'elles contiennent des valeurs-papiers dont le montant est indiqué sur la suscription de l'expéditeur. Aucun minimum de déclaration n'est imposé, mais la valeur déclarée ne peut excéder ...20.000 francs par lettre.
Si toutefois (cependant, nous en doutons) l'enveloppe a bel et bien contenu un chèque de 60.000 francs, nous confirmons que finalement, la fraude et le mensonge...ça peut rapporter gros
Il est à noter que Maître Pouliquen a, par la suite, récupéré cette lettre chargée ainsi que son précieux contenu, qui, d'après Claude Bal, journaliste qui avait mené une enquête dans les années 50, n'a jamais été retrouvée dans le lourd dossier de l'affaire Seznec."

 

 


 

http://www.semeuses.com/site_images/contenu_images/140_surcharge_france/140_annule_let_19230327.jpg

Modèle de lettre chargée

 

 

 

En effet, Claude Bal écrit en note de bas de page 124 ;

"Pouliquen a retiré, lui même, le chèque de soixante mille francs au bureau de poste du boulevard Malesherbes. L'a-t-il montré à quelqu'un ? Il ne semble pas."

 

Et en page 125 :

"Il va lui-même retirer son chèque à la poste du boulevard Malesherbes et le fait à tout jamais disparaître."


 

Autre version chez Momo Privat en page 111 :

"Mais reprenons les faits.

C'est un chèque barré qu'avait demandé Pierre Quémeneur. Son beau-frère lui adressa un chèque libre, afin qu'il pût le toucher aisément. Il se contenta d'inscrire, sur l'enveloppe : valeur déclarée 10.000 francs. Les lettres chargées n'étaient pas acceptées, alors, pour un chiffre supérieur. Quand le notaire en réclama la restitution, le chèque fut barré, à la succursale de la Société Générale, à Pont-l'Abbé et envoyé aux archives de la banque, à Quimper, siège départemental."

 

Jean Pouliquen quant à lui déclarera au juge Campion le 25 février 1924 (Bernez Rouz en note bas de page 83) : "Le chèque m'a été retourné le 20 juin 1923."


 

Parce que là aussi, je n'ai vu aucune photo : ni du chèque. Ni de la lettre. Ni de l'enveloppe. Et, jusqu'à présent, je ne connais personne qui en ait vu. Pourtant, à l'époque d'Internet....

 

 

 

 

Ce sont de simples questions. Mais si on se contente de ce que l'on nous ressasse depuis des années, on ne va pas avancer... Alors je préfère penser tout haut, supposer tout haut, et tenter au moins de trouver une piste qui fasse bouger nos acteurs. Sinon les spectateurs vont finir par siffler la pièce.

 

 

Liliane Langellier

 

 

 

 

 

 

P.S. Excellent article de "L'affaire Seznec revisitée" sur leur blog.

 

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S
<br /> rectification/précision sur commentaire précédent :<br /> <br /> <br /> - le 25-02-24 : J. Pouliquen déclare qu'il a reçu le chèque vers le 20 juin 23<br /> <br /> <br /> - le 10-06-24 : J. Pouliquen est entendu par le commissaire de Pont-l'Abbé et précise que le chèque était non barré, qu'il l'a donné à l'agence de la Générale de Pont l'Abbé - le directeur de<br /> cette agence indique qu'il l'a transmis à la Générale de Quimper<br /> <br /> <br /> - le 18-06-24 : le commisaire de police de Quimper reçoit copie du fameux chèque - il est barré.... mais ceci ne nous dit pas où est l'original ??<br />
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S
<br /> concernant ce fameux chèque ainsi que concernant l'ami Kerné, sujet de votre article précédent, il est bien une personne qui pourrait vous apporter des précisions : Denis Seznec - à moins qu'il<br /> soit un peu léger sur cette histoire qui l'occupe depuis plus de trente ans - il m'étonnerait quand même qu'il n'en sache pas plus que le trio Hervé/Privat/Bal, notamment sur Alphonse Kerné qui<br /> n'a probablement jamais mis les pieds à Chelles et pour qui le nom de Berthe Rallu n'évoque sans doute strictement rien - on est en fait dans la même veine que le trafic de cadillacs, le rôle de<br /> Gherdi et de Bonny... sauf que la rétention d'informations qui permet de verrouiller le dossier, n'est pas une méthode sans risque car elle ne peut que déboucher sur une imposture indiscutable<br /> aux yeux de tous... et, possible qu'on s'en approche.<br /> <br /> <br /> le chèque, émis par l'agence de la Société Générale de Pont l'Abbé (pour le compte de Jean Pouliquen), lui aurait été adressée par le bureau de poste, puis remis à l'agence principale de Quimper<br /> - cela contredit ce qu'on a pu lire à ce sujet, y compris de la part de J. Pouliquen... mais je me répète, Denis Seznec, normalement, connaît tout cela...<br />
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