Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Pierre Quémeneur a-t-il été assassiné par Guillaume Seznec à Lormaye ?

Affaire Seznec : Spécial 90ème anniversaire : samedi 2 juin 1923

 

 

 

 

 

 

"Nous mentons lorsque nous avons peur."

Tad Williams

 

Claude Monet. La gare Saint-Lazare

 

Foutu mois de juin que va vivre Guillaume....

 

Et trois dates qui ne vont pas lui porter bonheur : le 2, le 13 et le 20 juin.

 

Difficile d'y voir clair. Même aujourd'hui. Mais commençons par le commencement : le samedi 2 juin 1923.

 

J'ai repris mes ouvrages de base. Chez Denis Langlois : aucun écho du 2 juin.

 

Chez Denis Seznec, en page 106, quelques lignes :

 

"Le maître de scierie vaque donc à ses affaires tout tranquillement. Le 1er juin, il prend le train pour Paris afin de s'entretenir avec un avocat, Me Gautier, qui doit le défendre dans cette affaire de diffamation dont l'accuse un huissier. Il profite de l'occasion pour se rendre à l'Hôtel de Normandie, en face de la gare Saint-Lazare, où Quemeneur descend habituellement. A la réception, on lui apprend que le conseiller général n'est pas là et qu'il n'a d'ailleurs pas pris de chambre depuis un certain temps.

Mon grand-père est un peu surpris, mais conclut que Quemeneur, pour une raison quelconque, a sans doute choisi un autre hôtel.

Le 2 juin, il est de retour chez lui à Morlaix."

 

Chez Bernez Rouz, nous en apprenons un peu plus long. J'en profite pour préciser ici que Bernez Rouz a cité trente fois dans ses notes de bas de pages l'ouvrage "Nous, les Seznec" de Denis Seznec. Si, si, j'ai compté. Vous pouvez vérifier. 

 

Voilà donc ce qu'il nous écrit en page 75 :

 

" Le 1er juin, Seznec repart pour Paris pour consulter Me Gauthier, 51 rue Vivienne au sujet d'un différend avec un avoué de Morlaix, Me Croissant. Il prétend que c'est sa femme qui a trouvé l'adresse dans un journal. Interrogé par l'Ouest-Eclair, l'avocat confirme la visite de Seznec mais indique qu'il n'avait pas vraiment l'intention de lui confier cette affaire. Il est à Paris pour d'autres choses : Je suis arrivé le 2 juin vers 7 h 30 du matin. Je me suis renseigné pour obtenir les adresses des représentants des voitures Cadillac en France, ceci dans le but d'acheter des coussinets. J'ai acheté quatre charnières à la maison "Mestre et Blatzé" avenue de la grande armée." (in déposition de Guillaume Seznec, le 28 juin 1923). L'accusation avance l'idée que le retour de Seznec à Paris n'avait pour but que de toucher le chèque 60 000 francs que Pouliquen destinait à Quéméneur, au bureau de poste n° 3. Le 2 juin effectivement, une personne se présente et réclame le chèque, mais l'employé le lui refuse par erreur.

 

Le 2 juin Seznec affirme qu'il est passé à l'Hôtel de Normandie où Quéméneur devait descendre, pour avoir des nouvelles de son compagnon de voyage. A l'hôtel, l'enquête révélera qu'on ne connaît ni Quéméneur ni Seznec. Au journaliste Maurice Jan, Seznec déclarera le 27 juin : "Quand j'étais à Paris rue du Maine, j'ai demandé si mon ami Quéméneur y était descendu. On m'a répondu qu'on ne le connaissait pas", le problème c'est que l'Hôtel de Normandie n'est pas avenue du Maine mais rue d'Amsterdam, près de la gare Saint-Lazare. Celui-ci indiquera plus tard qu'il avait demandé en fait dans un café à côté, au bar Ville d'Argentan. Dans ce bar personne ne se souvint avoir vu Seznec.

 

Les défenseurs de Seznec avancèrent l'idée que c'est le notaire Pouliquen lui-même qui essaya de récupérer son chèque au bureau de poste. Ce point fut vérifié par une perquisition à l'étude de Pont-l'Abbé. Trois actes authentiques furent signés ce jour là, ce qui prouve la présence du notaire dans osn étude à cette date.

 

Le 3 juin au matin, Seznec est de retour à Morlaix."

 

 

Juste là, et à l'étonnement général, je vais emprunter quelques lignes à Guy Penaud en page 72 :

 

"Le 1er juin 1923, Guillaume Seznec partit pour Paris par le train. Il ergota dans un premier temps sur sa présence dans la capitale le lendemain 2 juin. Il fut en effet établi qu'il avait voyagé dans la nuit du samedi 2 au dimanche 3 juin, dans un compartiment du train revenant de Paris en Bretagne avec une commerçante de Morlaix, Mme Anne Cottel, veuve Prigent ; il s'était même présenté comme marchand de bois, "successeur de Castel à Traon-ar-Velin" (cf déposition de Mme Vve Cottel lors de l'instruction, le 11 juillet 1923). M. Lautrou, gendre de la commerçante, devait confirmer la date de retour."

 

Un peu confus, n'est-ce pas ? Mais que faut-il retenir de tout cela ?

 

1. Guillaume Seznec, rentré à Morlaix le lundi 28 mai au tout petit matin, repart sur Paris le vendredi 1er juin au soir. Il n'est donc pas resté, comme on l'a si souvent écrit, sans se soucier de ce qu'était devenu son ami Pierre Quéméneur. Puisqu'il part sur ses traces rapidement.

 

2. Que savons-nous exactement de sa journée du samedi 2 juin à Paris. Rien. Ou si peu.

- Il passe rue Vivienne chez un certain Me Gauthier (ou Gautier ?) pour une affaire qui se traite en Bretagne. C'est pour le moins étrange.

- Il sait que son ami a rendez-vous rue du Maine et il le cherche dans le quartier de la gare Saint-Lazare.

- Il nous parle de nouveau d'histoires de pièces détachées de Cadillac.

 

Bref, il s'embrouille tellement qu'on finit par lui coller sur le dos un passage à la poste boulevard Malesherbes. Alors que l'employé Alfred Bégué avait bien affirmé avoir vu, et par deux fois, quelqu'un réclamer la lettre de Me Pouliquen le samedi 26 mai.

 

Pourquoi Guillaume ment-il ? Réponse de La Palisse : parce qu'il ne peut pas dire la vérité. Vérité, que, je l'espère, nous connaitrons un jour. Car l'emploi du temps de cette journée parisienne du 2 juin nous éclairerait sans doute sur la suite de l'affaire.

 

Liliane Langellier

 

P.S. Le plus étonnant reste que Guillaume Seznec ne dit pas ou tente pas de passer au café "Au Tambour", 113, avenue de la Bourdonnais, qui était encore ouvert et toujours tenu par Berthe Rallu. Grand lieu des traficants de voitures américaines. Et qui fut vendu rapidement courant juin 1923.

Il en fera pourtant mention dans une lettre du bagne à son épouse en août 1925. Si bien que leur chauffeur Samson ira à Paris sur la piste de Gherdi (cf "Nous, les Seznec" en page 299).

 

in Claude Bal.

 

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G
<br /> Le 2 juin est effectivement une date clé dans cette affaire. Denis Le Her botte en touche en écrivant que ce 2 juin son grand-père était de retour à Morlaix. Facile, mais c'est un gros mensonge<br /> de plus....<br /> <br /> <br /> Nous savons à la lecture des journaux que l'alibi d'une présence du maître, à la scierie morlaisienne à cette date était la paye des ouvriers. Alibi qui tombera après plusieurs jours, mi-juillet<br /> suite aux déclarations contradictoires de Marie-Jeanne et d'Angèle à ce sujet et du témoignage de la dame Prigent.<br /> <br /> <br /> Les enquêteurs parisiens persistaient alors à croire le suspect à Paris ce 2 juin, se rendant au bureau de poste pour tenter de toucher le chèque. Ceux de Bretagne, en étaient restés au 26 mai<br /> pour cette tentative et ils imaginaient, intrigués par la rumeur locale, sans doute, un complice dont le nom étaient sur toutes les lèvres. D'ailleurs l'accusé, lors de son retour à Morlaix le 16<br /> juillet (DLH écrit le 18) suite à la découverte confuse des deux billets de mille francs et du message énigmatique, se sentant abandonné par ses défenseurs, confirmera qu'effectivement il était<br /> resté à Paris ce jour-là, pour preuve dira t-il : «  il en avait parlé à son voisin de la route de Brest »......<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br />
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L
<br /> <br /> Merci gélère pour votre commentaire. Pour éclairer ceux qui passent sur ce blog, nommons "le voisin de la route de Brest" : Alphonse Kerné. <br /> <br /> <br /> Vous trouverez plus de renseignements sur ce personnage trouble mais important de l'affaire, ici : http://www.justice-affairescriminelles.org/Affaire_Seznec/viewtopic.php?t=1396<br /> <br /> <br /> <br />