Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Pierre Quémeneur a-t-il été assassiné par Guillaume Seznec à Lormaye ?

Affaire Seznec : Spécial 90ème anniversaire : mercredi 20 juin 1923

 

 

 

 

 

 

 



"Tout ce que j'ai fait d'important pourrait tenir dans une petite valise."
Marcel Duchamp



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Et pour changer un peu d'horizon : nous voilà, 7 jours plus tard, encore dans une gare. La même que celle du 13 juin, certes. Mais pour des raisons un peu différentes.

On peut séparer cette nouvelle journée (où Guillaume n'apparait nulle part) en deux parties :
- la découverte de la valise,
- le contenu de la valise.


Pour la découverte de la valise, histoire de changer un peu, j'ai plongé dans le livre de Claude Bal en page 64 et suivantes :

"Ce jour-là, vers 18 heures, un individu vêtu d'un complet gris et d'une casquette de marin, portant sur le bras un ciré noir, demanda à l'employé de service, Delamare, de lui ouvrir la porte de la salle d'attente des troisième classe de la gare du Havre, alors fermée, aucun train n'étant en partance.
L'homme pénétra dans la salle et s'installe sur une banquette.
Quelques instants plus tard, un facteur de l'Ouest-Etat, Eugène Le Roy, traversa cette salle et surprit le voyageur en train de fouiller dans une valise jaune, qui se trouvait devant lui. Mais, quand il aperçut le facteur, il s'empressa de refermer la valise et, d'un coup de talon, la repoussa sous la banquette, où il s'allongea, d'un air dégagé, après avoir placé, sous sa tête, une seconde valise.
Vers 19 h 15, un troisième employé de la gare du Havre, Pierre Achille, qui venait de prendre son service, n'a vu, lui aussi, qu'un seul et même voyageur dans la salle des troisième. Cet homme avait deux valises et M. Achille se souvient qu'il était couché sur un banc en coin.
Vers 20 heures, ce voyageur se rendit à la bibliothèque et montra, au contrôle, un billet passe-partout, aller, place entière, pour Saint-Nazaire, via Paris.
Pierre Achille note que, s'étant absenté pendant trois quarts d'heure environ, il retrouva, à son retour dans la salle d'attente, le même voyageur, toujours seul et allongé dans la même position.
Le quatrième employé, le surveillant Moutel, a ouvert à 21 heures la porte de la salle d'attente des troisième classe qui donne accès sur les quais. Un seul voyageur en est sorti. Toujours le même.
Il était porteur d'une grosse valise, déclare le surveillant. Il m'a demandé le train pour Paris. Je le lui ai indiqué. Mais, continue M. Moutel, presque en même temps j'ai pénétré dans la salle d'attente, où j'ai aperçu aussitôt une valise jaune, plate, abandonnée sous une banquette. J'ai conclu que cette valise ne pouvait appartenir qu'au voyageur qui venait de sortir puisqu'il était seul à l'intérieur.
Moutel joignit Pierre Achille et le prévint qu'il avait trouvé une valise abandonnée sous une banquette de la salle d'attente des troisième classe.
- Cette valise ne peut appartenir qu'au voyageur que j'ai vu couché sur la banquette, affirma celui-ci.
Moutel partit à la recherche de ce voyageur distrait. Il le retrouva installé dans un compartiment du train de Paris et lui demanda s'il n'avait pas oublié une valise.
- Non, fit l'homme, cette valise n'est pas à moi.
Puis, désignant le filet au-dessus de sa tête :
- Voici la mienne.
Quelque peu surpris, Moutel se rendit dans le bureau du sous-chef de gare, Joseph Hélonis, dont voici la déclaration à l'instruction :

Le 20 juin 1923, à 22 h 30, après le départ du train 144, le surveillant Moutel m'a remis une valise qui avait été abandonnée dans la salle d'attente des troisième classe. J'ai remarqué que la serrure en avait été fracturée. Elle renfermait du petit linge, de menus objets sans valeur et des papiers d'identité au nom de Quemeneur.
Dans la soirée du 20 juin, en procédant à une tournée générale de surveillance, vers 21 heures, je n'ai aperçu qu'un seul voyageur dans la salle d'attente des troisième classe. Il était assis, sur le banc de gauche, accoudé sur une valise.

Tous ces témoins décrivent d'une manière identique ce voyageur suspect :

Vingt-cinq ans environ. A peu près un mètre soixante-cinq. Mince, châtain, petite moustache. Habillé d'un costume gris clair et coiffé d'une casquette qui peut être de jockey ou de navigateur.

Confrontés avec Seznec, les employés de la gare, MM. Hélonis, Moutel, Delamare, Le Roy et Achille déclarèrent qu'il ne pouvait s'agir de lui. Ce n'est pas cet homme, affirmèrent-ils, qui abandonna la valise de Quemeneur."


On pourrait penser Guillaume hors de cause après les témoignages des employés de la gare du Havre. Mais que nenni ! Guillaume n'est pas chez lui le mercredi 20 juin. Il prétend avoir passé la journée à Saint-Brieuc. Mais est incapable de fournir un alibi pour ce jour. A Morlaix plusieurs personnes témoignent qu'il est en voyage.
Mais où ?
Bien malin, une fois de plus, celui qui saura le dire. Après le 2 et le 13 juin, voilà donc la troisième journée où jamais personne ne pourra donner l'emploi du temps exact de Guillaume Seznec.


Surtout que ça se complique nettement pour lui avec la découverte du contenu de la valise. 


Inventaire :

-  une chemise, trois cols, une cravate, une serviette de toilette, quatre mouchois, deux paies de chaussettes, une brosse à habit et une serviette de cuir.
- dans cette serviette se trouvaient un portefeuille vide et "un carnet de note (*) avec couverture de toile cirée noire renfermant diverses annotations notamment deux listes intitulées l'une "frais Quéméneur", l'autre "frais Seznec" et dont lécriture est par endroits délavée. (in Procès-verbal du 25 juin 1923 de saisie d'une valise ayant appartenu à Quéméneur) 
En effet, sur certaines pages étaient rédigées jusqu'au feuillet 48, de courtes notes et des comptes de frais. La serviette contenait également divers documents, notamment des papiers d'identité, une carte de Seznec recommandant à M. Ackermann de réserver bon accueil à son ami Quéméneur, une carte grise d'automobile au nom de Quéméneur et surtout un acte dactylographié sur une feuille de papier timbré, en date du 22 mai 1923, stipulant promesse de vente de la propriété sise à Plourivo de Pierre Quéméneur à Guillaume Seznec.

A cet inventaire (in Guy Penaud, page 114), Denis Senec ajoute (et c'est d'importance) :
- La promesse de vente de la Cadillac passée avec le meunier Le Verge (page 115)


Gardons bien à la mémoire que :

- Le 13 juin, Louis Quéméner et Jean Pouliquen portent plainte à la Sûreté générale, le commissaire Vidal est chargé de l'enquête.
- Le 21 juin, le contrôleur général des services de recherches judiciaires adresse une demande d'ouverture d'une information judiciaire au procureur de la République de Brest.

Cette valise a été saisie au Havre le 25 juin. "Achille Vidal, commissaire chargé de l'enquête à la Sûreté générale entend Jenny Quéméner et Jean Pouliquen le 27 juin" in Bernez Rouz.

Seznec, lui, ne sait pas encore qu'il vit sa dernière journée de liberté....


Liliane Langellier


(*) Le carnet de notes en ses pages 46 et 48
" Frais Quéméneur :
Landerneau, 95.
Ernée, 117,75.
Dreux, 13.
Train Dreux-Paris, 11,40.
Paris frais divers, 127.
Train Paris-Le Havre, 31,75.
         Voyage mémoire.
         Déjeuner 13 juin 1923, 8,75 "
"Frais Seznec :
Landiviziau, 55.
Morlaix, 93.
Rennes, 50.
Mesles, 15.
Mortagne, 17."
Bien évidemment, le prix du billet de Dreux est celui indiqué sur le Chaix et non celui payé réellement au guichet. Auquel il faut ajouter  : taxe kilométrique + 0,25 et taxe locale à Dreux + 0,20, soit 11,85 !
Idem pour Le Havre, où il aurait fallu ajouter un taxe kilométrique de 0,25.
Je n'ai personnellement jamais vu de reproduction, de photos, d'images de ce petit carnet. Ni dans la presse. Ni dans les différents ouvrages. Mais je ne suis pas infaillible, isn't it ?

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