Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Pierre Quémeneur a-t-il été assassiné par Guillaume Seznec à Lormaye ?

Affaire Seznec : Spécial 90ème anniversaire : mercredi 13 juin 1923

 

 

 

 

 

  

 

 

 

« La vérité est comme le soleil.

Elle fait tout voir et ne se laisse pas regarder. »

Victor Hugo

 

 

 

 

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Nous avons laissé l'ami Guillaume quelque part aux environs de la gare de Plouaret. Il faut reconnaître que cette affaire aurait pu être largement sponsorisée par la S.N.C.F. (NDLR Oui, je sais que cette Compagnie n'a été créée que fin août 1937) Car, une grande partie du scénario de notre pièce de théâtre se déroule dans des gares. Ou près de gares. Ou parle de gares. Houdan, Dreux, Plouaret, Le Havre....

 

Le 13 juin est la date officielle qui fait condamner Guillaume Seznec. Reprenons l'acte d'accusation :

 

"3°. Il ressort de l’information avec la même évidence que le télégramme expédié le 13 juin 1923 du Havre, sous le nom de Quémeneur et adressé à la sœur de celui-ci pour lui donner de bonnes nouvelles, est un faux et que Seznec en est l’auteur. Une expertise a établi, avec la dernière évidence, que la minute de ce télégramme a été écrite par Seznec et non par Quémeneur. On n’a d’ailleurs trouvé aucune trace de passage de Quémeneur au Havre le 13 juin. Par contre, on sait que Seznec s’y trouvait ce jour-là. Parti de Morlaix en automobile le 12 juin vers 19 heures, sous le faux prétexte de se rendre à Tréguier où nulle affaire ne l’appelait, il abandonne sa voiture, sans motif, dans un verger appartenant à la veuve Jacob, à Lan-Vian, près de Plouaret, prend à la station de ce bourg le rapide 502 qui y passe à 21 h 57 et se trouve le lendemain dans l’expresse 171, de Paris au Havre, qui passe à la gare de Rouen. A 10 h 50, deux négociants en machines à écrire, MM. De Hainaut et Legrand, qui prennent ce train à Rouen, s’y installent, en effet, dans le même compartiment de seconde classe que lui, et tous trois descendent au Havre. Vers 15 heures, Seznec entre dans la boutique du sieur Chenouard, marchand de machines à écrire, 22, rue de la Bourse, pour y acheter une machine portative d'’occasion, De Hainaut et Legrand s’y trouvent eux-mêmes et le reconnaissent et, à leur témoignage si décisif s’ajoutent ceux non moins formels de Chenouard et de ses employées, les demoiselles Feuilloley et Héranval. A 16 h 35, il est au bureau central de la poste et remet aux mains du commis Hue, qui croit bien le reconnaître, le télégramme rédigé d’avance sur un imprimé réglementaire.

            A 17 heures, muni de la machine à écrire dont il a fait l’emplette chez Chenouard, il reprend l’express n° 158 pour Paris et arrive à la gare Saint-Lazare à 20 h 8, traverse la ville et gagne la gare Montparnasse, tout juste à temps pour prendre l’express n° 599 qui, à 21 heures, assure le service de Paris à Lannion. Il y voyage jusqu’à Guingamp avec deux habitants de Carhaix, les sieurs Gadois père et fils, qui retrouvent sans hésitation en lui leur compagnon de route et reconnaissent même, dans le paquet dont il était chargé, le colis que formait, emballée, la machine à écrire. Il descend à Plouaret le 14 au matin, à 6 h 43, et entre 7 heures et 7 h 30 reprend son automobile dans le verger de la veuve Jacob pour être à Morlaix vers midi.

            Aux témoignages irrécusables par leur nombre et leur concordance qui ont permis de reconstituer cet itinéraire, avec une rigoureuse précision, Seznec n’oppose que d’impuissantes dénégations. Il prétend que le 12 juin, après son arrêt à Lan-Vian où il reconnaît avoir abandonné son automobile, sans en donner d’ailleurs des raisons plausibles, il est allé à Saint-Brieuc chercher des charbons de rechange pour sa magnéto d’allumage. Il y aurait passé la nuit et, le lendemain 13, il se serait rendu à Brest et Saint-Pierre Quilbignon. Le soir du 13, il serait rentré chez lui pour y coucher, et le 14, dans la matinée, il serait allé à bicyclette reprendre son automobile à Plouaret.

            Mais toutes les personnes dont il se réclame pour confirmer cet alibi le confondent, et il n’est pas jusqu’à sa femme et jusqu’à sa bonne qui déclarent que du 12 au 14 juin il n’est revenu à aucun moment à son domicile. Pourquoi donc Seznec voulait-il faire croire, par le subterfuge d’un faux télégramme, que Quémeneur, à cette date du 13 juin, était vivant et se trouvait au Havre ? La réponse à cette question se présente d’elle-même quand on se souvient que, dès alors, la famille de Quémeneur s’inquiétait de ne rien savoir de lui et avait fait, près de la police de Rennes, les premières démarches en vue de l’ouverture d’une enquête. Il craignait les recherches, se préoccupait de les retarder en tous cas, les dérouter ; et le choix du moyen auquel il s’arrête démontre à quel point il était alors sûr de la mort de Quémeneur puisqu’il se risquait à un faux que le retour possible de sa victime, si elle eût été encore vivante, aurait suffi à démasquer."

 

 

Réfléchissons à l'acte d'accusation :

 

- Ainsi Seznec qui possède déjà une machine à écrire, remise à son comptable pour une dette quelconque, décide d'aller en acheter une autre au Havre. Pourquoi Le Havre ? Pourquoi pas Morlaix, Saint-Brieuc ? Enfin plus près, quoi.

 

- Ainsi Seznec qui ne connait pas Le Havre va, dans un temps record, aller chez Chenouard, puis à La Poste (envoyer le faux télégramme à 16 h 35 pour sécuriser la famille Quémeneur), puis à nouveau chez Chenouard, et enfin à la gare. Où, bien entendu il ne va pas rater son train de 16 h 54. Pour Paris.

 

- Ainsi Seznec va-t-il changer de gare à Paris, encore en un temps record. Chargé de sa lourde machine à écrire. Et monter dans le train de nuit pour Lannion.

 

Et puis, tout au long de ces péripéties, le plus étonnant, c'est qu'il y a un nombre incroyable de témoins. Pour l'avoir vu. Pour lui avoir parlé : Georges de Hainault et Georges Le Grand pour l'aller en train et le magasin. Chenouard, Héranval dans la boutique. Et Le Coz, Brûlard et Gadois pour le retour. Que des gens qui ne l'avaient jamais vu auparavant. Et qui le reconnaissent sur une photo présentée par des policiers.

 

A trop vouloir prouver....

 

C'est qu'ils tombent dans la sciure les uns après les autres les fameux témoins. Ou qu'ils se rétractent pour être peinards.

 

Donc, pour moi, Guillaume Seznec n'est jamais allé au Havre le 13 juin 1923.

 

Où est-il allé ? Qu'a-t-il fait ? Que lui a-t-on demandé de faire ? Je ne saurais vous le dire à ce jour.

 

Reste juste la question embarassante de la récupération du camion à Plouaret : "Il est vu à Plouaret avec un paquet sur l'épaule au petit matin du 14 juin. Il récupère sa voiture à Lann-Vihan" in Bernez Rouz en page 77.

 

En bas de page 260 de son ouvrage, Denis Seznec écrit :

"Les témoignages des Jacob, la mère et son jeune fils, concernent le 13 juin. Ce jour-là ils ont aperçu Seznec revenant de la gare de Plouaret venir reprendre son camion garé dans un verger. Ils affirment que le camion de Seznec n'était pas en panne car celui-ci aurait redémarré aussitôt. En 1994, la famille de Mme Jacob m'écrira pour me dire que celle-ci avait été manipulée de toute évidence. En mars 1996, c'est son petit-fils qui me confirmera que, dans sa famille, tout le monde savait que la Sûreté avait fait dire autre chose à sa grand-mère car celle-ci affirma toujours par la suite qu'on avait mal traduit ses propos - elle ne parlait que breton. En 1988, dans le journal Le Trégor (3 décembre) Marie Riou, l'une des témoins de Plouaret, affirmera que la police a fait pression sur elle pour qu'elle confirme le témoignage des Jacob. Elle dira, au contraire, sa conviction que Seznec disait vrai sur son parcours."

 

Et un petit retour chez Guy Penaud, juste un petit (page 94) : "Le même jour (NDLR 14 juin), entre 7 heures et 7 heures et demi - heure légale, Seznec arriva à la ferme "Lann Vihan" (Petite Lande) de Plouaret où était remisée sa camionnette. Il fut aperçu par Léon Jacob et son cousin qui fauchaient du trèfle avant leur petit déjeuner. Seznec portait sur l'épaule un paquet assez volumineux et lourd qu'il déposa dans la voiture. Revenant de la direction du bourg, c'est-à-dire de la gare, Seznec eut dans la cour de la ferme une convesation avec Léon Jacob. Ancien cultivateur, le maître de scierie lui montra la meilleure façon d'aiguiser une faux."

 

Le témoignage des Jacob est incontournable. Oui, Guillaume est revenu avec un paquet volumineux sur l'épaule. Oui, ce paquet contenait une machine à écrire. Mais bien malin celui qui pourrait me prouver d'où il revenait très exactement ? Et qui lui avait remis ce paquet ? Car elle est juste ici la clé de l'énigme. Et nulle part ailleurs.

 

 

Liliane Langellier

 

P.S. Minuit.

Je viens juste de me souvenir de l'existence des deux machines à écrire (cf livre de Denis Seznec en page175). La machine ROYAL type 10, découverte le 6 juillet à la scierie de Morlaix, porte le numéro 434.080. Alors que la référence de la machine inscrite sur la facture de Chenouard au Havre, vendue le 13 juin,  porte le numéro 684.604. Et c'est bien ce numéro-là que Chenouard avait fourni à la police dès ses premières dépositions.

Sur ce, je vous laisse à vos déductions...

 

 

http://s1.lemde.fr/image/2006/10/04/228x152/819983_7_e03d_photo-de-la-machine-a-ecrire-sur-laquelle-a-ete.jpg

 

 


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F
<br /> L'heure de départ du train vers Paris est indiquée ordnairement à 17h. Je vois que vous mentionnez 16h54. Sur quoi se fonde cet horaire ?<br />
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L
<br /> <br /> Cet horaire "se fonde" sur des recherches auprès des archives SNCF du Mans. Vérifiées auprès des AD 76. Pour sûr, ça tombe pas tout rôti...<br /> <br /> <br /> P.S. Vous trouverez confirmation de cet horaire en page 40 des conclusions de l'avocat général Jean-Yves Launay à l'audience du 24 janvier 2005 (cf France Justice pour télécharger le document)<br /> <br /> <br /> <br />