Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Pierre Quémeneur a-t-il été assassiné par Guillaume Seznec à Lormaye ?

Affaire Seznec : Spécial 90ème anniversaire : le fameux 6 juillet 1923

 

 

 

 

 

 

 

"On a senti le diable dans la machine et on n'a pas tort"

Oswald Spengler

 

 

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Reprenons les différentes versions de cette mémorable journée.

 

Chez Maurice Privat d'abord in "Seznec est innocent" (1931), en page 144 et suivantes :

 

"Le 6 juillet la police mobile de Rennes ayant reçu une lettre anonyme lui révélant l'endroit où se trouvait la machine Royal, du Havre, demanda une délégation au juge Godinot. Il la lui accorda sans suivre les instructions du code de procédure criminelle. Elles exigent que le défenseur d'un accusé chez qui l'on perquisitionne, soit prévenu vingt-quatre heures à l'avance, par lettre recommandée, qu'il soit présent à l'opération judiciaire faite devant son client ou sa femme. Faute de quoi la procédure peut être annulée. Il aurait suffi à l'avocat de Seznec de s'en prévaloir pour que l'instruction entière fût recommencée. Ne s'en soucia-t-il pas ?

Le chef de la police mobile de Rennes était M. Jean Cunat, aujourd'hui commissaire divisionnaire à Clermont-Ferrand. Grand, carré, rude, il ne craint pas les coups durs. Ceinturer un malfaiteur est sa joie. Il a du courage et de la ténacité. Sa figure de loup-cervier, ses yeux éclatants témoignent de sa force et de son caractère emporté. Dès deux heures de l'après-midi il se présente dans la maison de Seznec avec sept inspecteurs.

Il fait chaud. L'un des policiers est affublé d'une longue pèlerine. Angèle Labigou, bonne de Seznec, le dévouement personnifié, est seule à la maison avec le petit Albert. Les autres enfants sont en pension. Mme Seznec s'est rendue à Brest, d'où elle reviendra à trois heures de l'après-midi.

Sans attendre, les auxiliaires de la justice se rendent dans la petite maison où la machine à vapeur était installée. C'est un ancien moulin qui chantait aux gazouillements du ruisseau. Il a été transformé en maison d'habitation. Dans le hangar, aujourd'hui, on fabrique des accus. Le commissaire et ses hommes vont droit à la chambre du chauffeur Raymond Samson, au premier étage. Le mur, à hauteur d'homme, présente un trou caché par un vieux tableau. Il subsiste, derrière une tapisserie de papier. Les policiers découvrent la machine Royal sans un grain de poussière, un lot de feuilles de papier blanc, bien plié, une toile d'emballage neuve dans laquelle fut empaquetée la mécanique. ils reviennent et montrent leur trouvaille à Angèle, stupéfaite.

- Vous connaissez cette machine ?

- Pas du tout, je la vois pour la première fois.

- Nous l'avons sortie de la cheminée où on l'avait dissimulée.

- Il n'y a pas de cheminée dans ce bâtiment.

- Vous ne nous donnerez pas le change, la belle.

- Je n'y pense pas. Jamais on ne s'est servi de cette machine dans la maison.

La brigade mobile emporte son butin. Les présomptions de culpabilité deviennent écrasantes pour Seznec.

Cette perquisition, assurée au mépris de la loi, est contestable. C'est dans l'intérêt de l'accusé, pour qu'on n'introduise pas, dans ses papiers, des documents fabriqués, ou des pièces à conviction dans ses meubles, que sa présence est reconnue nécessaire. C'est aussi dans l'intérêt de la police, qui, presque semblable à la femme de César, ne devrait pas être soupçonnée. C'est dans celui de la justice, pour qu'elle ne se laisse pas entraîner dans des pièges, devienne exécutrice de vengeances. On a perdu une belle occasion de ne pas faire une sottise en se précipitant à Traou-ar-Velin, sans garanties.

Le petit Albert Seznec a observé que le policier à la pèlerine, qui ne craignait pas la chaleur du beau soleil, portait un lourd paquet sous sa pèlerine. Avant ou après la perquisition ? Nous refusons de croire que la police a organisé un guet-apens. Non que nous l'en estimons incapable, mais comment s'assurer de la discrétion de sept hommes participant à un tel exploit ? L'un d'eux aurait parlé. Vous direz que cinq ouvriers de Mestorino virent ce bijoutier tuant un de ses amis sans souffler mot...

Voit-on à quels périls on s'engage en sabotant les règlements ?

Soulignons deux particularités : les chiens avaient aboyé toute la nuit précédant la descente de police, sentant une présence hostile ; le papier trouvé auprès de la Royal n'avait pas été fourni par le négociant du Havre.

Deux perquisitions, assurées précédemment, ne permirent aucune trouvaille. Le local où la pompe à vapeur était installée est aujourd'hui une aimable construction ornée de rosiers grimpants. Il est au bord du ruisseau où l'on voit filer saumons et truites vers les frayères. Les herbes de ce rû jaseur sont d'un vert chaud, captivant. Sur l'eau on voit un lavoir protégé par un auvent : Angèle Labigou y battait le linge.

Raymond Samson, le chauffeur, habitait au-dessus de la machinerie et Angèle Labigou au rez-de-chaussée, à gauche. Cette pièce est aujourd'hui une belle cuisine. On accédait au vieux moulin par une route charretière. On y pouvait pénétrer des champs voisins, par le hangar aux portes ouvertes. On n'emporte pas des billots de bois ou une locomobile ! Des gardiens à quatre pattes étaient chargés de donner l'alarme. Ils le firent sans qu'on remarquât rien. Qui aurait pu connaître les aîtres suffisamment pour trouver la cachette dans le mur et y placer la machine à écrire ?"

 


 

Et puis je vais aller voir chez Bernez Rouz, ce qu'il nous en dit de cette perquisition (page 102) :

 

"Le 6 juillet 1923, le commissaire Cunat, accompagné de quatre inspecteurs, effectue "une visite domiciliaire chez l'inculpé Seznec". C'est la deuxième perquisition à Traon-ar-Velin, la première avait concerné la maison principale et le garage. (Note bas de page N°208 : "La perquisition en raison des dépenses qu'elle pouvait occasionner n'avait pas été faite dans la machinerie de l'usine Seznec") Cette fois-ci c'est l'ensemble des bâtiments d'exploitation de la scierie qui est visité : "un appentis contenant une grande quantité de vêtements militaires a été fouillé, tous les vêtements examinés et mis dehors. Un tas de fumier à proximité de cet appentis a été bouleversé. Des recherches ont été faites dans la rivière et les machines ont été visitées. C'est au cours de la visite dans la chaufferie que les inspecteurs Chelin et Thomas (Jules), inspecteurs chauffeurs de la brigade, spécialement désignés en raison de leurs connaissances mécaniques pour les recherches dans la machinerie, ont découvert dans la chambre du chauffeur, derrière un tableau de distribution d'énergie électrique, enveloppée dans un vieux tablier en toile de sac, la machine à écrire qui a été aussitôt saisie par M. Cunat, commissaire de police mobile".  Dans le procès-verbal, Marie-Jeanne Seznec qui n'avait pas assisté à la découverte de la machine déclare : "Je n'ai jamais vu cette machine à écrire chez nous. Vous ne l'avez pas trouvée chez moi. J'en ignore la provenance. je n'ai jamais vu mon mari avec cette machine à écrire". Une amie de Jeanne, l'une des filles des Seznec affirme au contraire avoir remarqué sur le plancher du grenier un paquet qui l'avait intriguée et qui a disparu par la suite. Lorsque les journaux ont relaté la découverte de la machine à écrire, elle est persuadée que c'est le paquet qu'elle a vu dans le grenier."

 

"La présence de cette machine à écrire est le principal argument de l'accusation pour prouver le faux en écriture". (bas de page 103)

 

 

 

Qu'il y ait eu machination, mais qui pourrait encore en douter ?

 

Deux points sont toutefois à souligner :

 

- L'avocat de Seznec aurait pu faire annuler cette perquisition illégale.

Il ne l'a pas fait.

Pour quels motifs ?

 

- Côté pratique :

Soit l'un des inspecteurs portait la machine sous sa pèlerine,

Soit elle a été cachée là pendant la nuit.

Mais pas les deux !

 

 

 

A déplorer hic et nunc l'imparable écran qu'est devenu le rabâchage incessant du nom de Bonny ! Ecran qui finit par cacher toute la véritable intrigue de notre pièce de théâtre.

Non, l'inspecteur Bonny n'était pas présent à la perquisition de Traon-ar-Velin.

Cette perquisition se déroule sous les ordres du commissaire Jean-Baptiste Cunat (Brigade mobile de Rennes) assisté des inspecteurs Le Gall, Chelin, Thomas et Faggiani.

 

La seule tâche officielle de l'inspecteur Bonny fut de rapporter la machine à écrire (pièce à conviction) à Paris. Ainsi qu'en témoigne l'Ouest-Eclair du 2 août, cité par Denis Seznec en page 172 : "Hier soir, la machine à écrire est partie pour Paris, confiée à M. l'inspecteur Bonny."

 

Guillaume Seznec sera officiellement inculpé le 7 juillet 1923.

 

 

Liliane Langellier


 


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