Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Pierre Quémeneur a-t-il été assassiné par Guillaume Seznec à Lormaye ?

Affaire Seznec : Spécial 90ème anniversaire : la gare de Plouaret

 

 

 

 

 

 

 

"Le Temps nous égare Le Temps nous étreint

Le Temps nous est gare Le Temps nous est train"

Jacques Prévert

 

 

 

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Cette gare est entrée dans ma tête, comme une rengaine lancinante, très précisément le soir du 28 avril 2010, alors que Bruno Gestermann (mais oui, vous savez bien, l'ancien procureur de Quimper) invité avec Bernez Rouz sur France 3 pour parler de l'affaire Seznec, n'a cessé de prononcer son nom....

 

Jusqu'à présent, j'avais très bien vécu sans elle. Mais maintenant...

 

Je suis comme Dali (sans les moustaches) avec sa gare de Perpignan. Plouaret me hante. Me poursuit. Me rattrape. Me laisse au tapis. Pleine de points d'interrogation.

 

Commençons déjà par situer Plouaret. Qui n'est certes pas dans le Finistère. Mais dans les Côtes-d'Armor. Vous en saurez davantage en cliquant ici : link

 

On peut y lire cette information capitale :
"Le 13 novembre 1881, fut inauguré le raccordement Plouaret-Lannion, permettant d'atteindre Lannion à partir de la ligne Paris-Brest."

 

Pour "faire dans l'exactitude", Plouaret est très exactement à 33 kilomètres de Morlaix.

 

C'est bien, me direz-vous, de nous enseigner la géographie, mais Seznec dans tout ça ?

 

Et bien je vais reprendre le Bernez Rouz en page 76 :

 

"Le 12, André de Jaegher passe à Traon-Ar-Velin : "Je suis allé chez lui pour le trouver un après-midi vers 15 heures. On n'avait d'abord pas pu le trouver, on ne savait où il était. Ce n'est que vers 17 heures qu'il a paru, j'ai remarqué qu'il avait tout un côté de ses vêtements pleins de sciure, sa femme lui a fait la réflexion ! "Tiens, voilà Guillaume qui vient de dormir dans un coin ! " Seznec n'a rien répondu mais j'ai remarqué qu'il avait l'attitude de quelqu'un qui vient de se réveiller... Seznec m'a dit : "Je vais foutre le camp de suite à Tréguier, pour tâcher d'y placer mon camion pour transporter des pommes de terre où Charles Pauvy fait au moins cinq cents francs par jour. Je vais me changer et je pars tout de suite."

 

Le 12 au soir, Seznec tombe en panne à l'entrée de Plouaret et gare sa voiture dans une ferme à Lann-Vihan. Il se rend au bourg de Plouaret où il adresse un télégramme à sa femme pour lui indiquer qu'il est en panne. Il demande que ce télégramme soit expédié le lendemain, le 13. Le 13, c'est aussi le jour où Seznec fait envoyer un courrier à M. Ségur de Brest : "J'ai des renseignements graves à te demander, m'intéressant, peux-tu me donner rendez-vous ou voudrais-tu venir jusqu'à Morlaix."

 

Commençons par "l'ami" de Jaegher. C'est franchement l'hôpital qui se fout de la charité. Car comme feignant, de Jaegher, "l'artiste", il a remporté le premier prix hors concours aux dernières Comices. Et puis, lui si silencieux et si absent auparavant, à partir du moment où Guillaume va être arrêté, il n'a jamais tant parlé à la presse et aux policiers. Un véritable ami, isn't it ?

 

J'ai attentivement écouté le petit-fils Seznec sur France Info. Où il nous dit que "tout marchait bien à la scierie pour son grand-père". Oui, enfin, c'est sa version, hein ? Parce que, n'oublions pas que Guillaume a déjà du refiler sa Cadillac à Quemeneur pour 15.000 francs, qu'il a emprunté du fric à sa bonne Angèle, à Samson son chauffeur. Qu'il n'a pas payé le salaire des ouvriers. Et qu'il a quelques créances en cours (cf Rouz en page 58). Et puis même si je ne vous avais pas raconté tout ça, vous auriez imaginé tout seuls qu'un maître de scierie prospère ne va pas louer son camion pour un commerce de patates à Tréguier.

 

Et voilà que le camion tombe en panne (décidemment il est poursuivi par la malchance avec les pannes de moteur, Guillaume !!!) et juste à l'entrée de Plouaret.

 

Bon. Soit. Là on est en panne de camion. Mais il n'y a sans doute de garages ni à Plouaret ni à Morlaix. Il décide de prendre le train. Pour Saint-Brieuc, dit-il. Pour Le Havre, dit l'accusation. Appuyée par le témoignage du chef de gare de Plouaret qui a délivré un billet de troisième classe à destination du Havre justement ce soir-là.

 

Enfin voilà la gare de Plouaret au centre des débats.

 

Faut quand même vous dire que le chef de gare ne devait pas délivrer de billets pour Le Havre tous les jours, hein ?

 

Et puis pour nous compliquer le tout, Guillaume demande à la tenancière d'un bar, Yvonne Nicolas, d'envoyer pour lui un télégramme à Marie-Jeanne dès le lendemain matin : "Resté en panne aux environs Lannion. Ne rentrerai que demain."

 

Attention, éloignez les enfants et les âmes sensibles. Car je ne voudrais contrarier personne en écrivant ce qui va suivre. Mais c'est juste du bon sens.

 

Si j'ai envie de me rendre discrètement au Havre, je ne prendrai certainement pas un billet à la gare de Maintenon. La plus proche de mon domicile. Surtout si je sais que je vais faire des choses pas vraiment claires au Havre. Je me douterais que la police commencerait son enquête, si j'étais chopée, par la gare de Maintenon.

 

Et bien là : non. Guillaume Seznec choisit cette gare paumée de Plouaret. Après avoir clamé urbi et orbi qu'il se rendait à Tréguier.

 

Il est à 33 bornes de chez lui et il prévoit de faire envoyer un télégramme à sa femme le lendemain matin pour la "tranquilliser"... Là, on se moque un peu, non ? Je suis certaine qu'il aurait pu, sans problèmes, trouver une bonne âme pour le rapatrier à Morlaix.

 

 

Oui, Monsieur Gestermann, vous avez raison. Et bien raison. La gare de Plouaret joue un rôle primordial dans l'affaire Seznec. Mais peut-être pas dans le sens où vous l'entendez.

 

Car, pour tout vous dire, moi, je ne suis pas du tout certaine que ce soit Guillaume Seznec qui ait acheté le billet de train pour Le Havre. Ni qu'il ait jamais mis les pieds au Havre, d'ailleurs.

 

 

Liliane Langellier


 

 

http://www.weblettres.net/blogs/uploads/j/jlchauvet/4974.jpg

Dali. La gare de Perpignan

 

 

 


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J
<br /> Seznec a indiqué qu'il était tombé en panne et était allé acheter des charbons de magnéto à Saint-Brieuc. Sauf qu'un mécanicien a constaté qu'aucun des charbons n'était neuf et qu'ils avaient<br /> tous une usure de 20 000 km. On peut se demander si cette panne était bien réelle.<br />
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L
<br /> <br /> Merci de vos commentaires, Julien. On ne se demande plus depuis longtemps si cette panne était bien réelle car on sait qu'elle était fausse. Rappelez-vous, au retour de Guillaume, le camion<br /> démarre aussitôt devant le fils Jacob ébahi (lire note bas de page 260 du livre de Denis Seznec, édition 2006).<br /> <br /> <br /> Mon intime conviction est que Guillaume n'est pas allé au Havre. Mais alors, où est-il allé ? Et qu'est-ce que cette machine qu'il rapporte sur son dos et que voit le fils Jacob ???<br /> <br /> <br /> <br />
S
<br /> Morlaix - Lann Vian (en Plouaret) - Plouaret/gare - Saint-Brieuc - Brest - St Pierre de Quilbignon - Morlaix - Lann Vian : c'est l'itinéraire de remplacement que Guillaume Seznec propose à la<br /> place de Morlaix - Tréguier - Morlaix. Et ceci en raison d'une panne imaginaire sur le véhicule destiné en ce mois de juin au supposé transport de patates devant mettre un peu de beurre dans les<br /> épinards de la famille "aisée" de Traon Velin. Et il se trouve que 90 ans après, des amateurs de roman continuent à suivre le maître de scierie dans ses élucubrations.<br /> <br /> <br /> Je vous suis tout à fait dans votre doute sur le déplacement au Havre. Lorsqu'une personne ne mesure pas la stupidité et les conséquences des actions qu'elle entreprend, cela signifie<br /> généralement qu'elle n'en est pas à l'origine... alors, manipulation ou pas ?<br />
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L
<br /> <br /> Merci de votre commentaire. Je dois bien dire que depuis le 1er juin au soir, l'ami Guillaume a des agissements des plus curieux. Quelle en fut la cause ? Un appel téléphonique pour le prévenir<br /> que Quéméneur était passé ad patres ? Et qu'il était prié d'arriver fissa à Paris pour instructions à prendre s'il ne voulait pas y aller aussi ? Impossible de savoir vraiment ses emplois du<br /> temps des 2, 13 et 20 juin. Même après le bagne, il n'est jamais revenu sur ce sale mois pour lui. Alors ? Manipulation : oui, sans aucuns doutes.<br /> <br /> <br /> <br />