Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Pierre Quémeneur a-t-il été assassiné par Guillaume Seznec à Lormaye ?

Affaire Seznec : Spécial 90ème anniversaire : jeudi 24 mai 1923

 

 

 

 

 

"L'apéritif, c'est la prière du soir des Français."

Paul Morand

 

 

 

 

 

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Rennes, le théâtre.

 

 

Cette image tombe à pic pour illustrer notre pièce de théâtre....

A Rennes, certains acteurs jouent incognito. Personne n'a pu encore nous dire avec qui nos deux compères ont pris l'apéro... Et de quoi ils ont parlé... Ce qui aurait pu nous être pour le moins utile.

Il semblerait qu'au théâtre, ils aient préféré, en fin de soirée, des distractions plus légères. C'était toujours ça de pris pour les deux bretons. Puisque l'un ne reviendra jamais de ce voyage et que l'autre partira pour un autre long et douloureux voyage.

 

 

Nous continuons toujours avec le livre de Bernez Rouz.

 

 

 

4. Le jeudi 24 mai à Rennes

 

Le jeudi 24 mai, Pierre Quéméneur n’assiste pas au conseil municipal de Saint-Sauveur qui se tient à 7 heures du matin. Il prend le train pour Rennes à 8 h 44, il explique à sa sœur Jenny que le but du voyage est de conclure une affaire d’automobiles que Seznec lui a proposée et dans laquelle il serait associé. Il arrive à 13 heures, il a donné rendez-vous à Seznec à 14 h 30 à l’Hôtel parisien. Ne le voyant pas arriver, il téléphone à Marie-Jeanne Seznec pour savoir si Guillaume est bien parti. Celle-ci confirmera cet appel téléphonique passé vers 16 h 16 h 30. Elle précisera même que Pierre Quéméneur lui a fait allusion à la propriété de Plourivo : « Quand vous serez là-bas, vous serez bien plus libre, vous êtes sûre d’y aller puisque tout est arrangé ».

 

Seznec part de Morlaix au volant de sa Cadillac, « le jeudi 24 mai, après avoir vérifié soigneusement ma voiture, je suis parti de chez moi à dix heures et demie pour Rennes. Avant mon départ, j’avais télégraphié à M. Quéméneur à l’Hôtel parisien à Rennes pour l’aviser de mon départ. Il s’était rendu de Landerneau à Rennes par le train parce qu’il avait à faire à Rennes, m’avait-il dit avant de gagner Paris.

 

« Je suis arrivé à Rennes à 19 heures et demie, après avoir eu des déboires en cours de route à cause des chambres à air qui étaient desséchées.

 

« J’ai retrouvé M. Quéméneur à l’Hôtel parisien où il avait retenu nos chambres. Dans le courant de l’après-midi, vers 16 h 30, il avait téléphoné à ma femme pour demander si j’étais parti ».

 

Il rejoint le conseiller général à la terrasse d’un café où il discute avec des amis rennais. Cette scène rapportée par l’Ouest-Eclair du 8 juillet ne fera l’objet d’aucune recherche. Rares sont pourtant les personnes qui ont parlé longuement au duo pendant leur équipée mystérieuse vers Paris. Aucune recherche ne sera entreprise non plus sur l’emploi du temps de Quéméneur à Rennes. Seznec prétend qu’il avait à faire, ce qu’on peut interpréter de différentes façons. Les garagistes rennais qui reçoivent le jour même une lettre signée Quéméneur s’étonneront que le conseiller général qui est à la recherche de voitures américaines ne leur ait pas rendu visite ce jour-là. Cette lettre est considérée par certains comme un faux.

 

Les deux hommes dînent ensemble à l’hôtel où ils ont leurs habitudes. Le patron René Dupuis confirme qu’ils « devaient livrer l’auto amenée par Seznec le lendemain à Paris », puis à 21 heures précises, Pierre Quéméneur expédie un télégramme à Me Pouliquen à Pont-l’Abbé (ndlr Ne me demandez pas pourquoi Pierre Quémeneur - qui s'ennuyait ferme en attendant Guillaume - n'a pas eu l'idée de passer un coup de téléphone à son beau-frère. Ne me demandez pas pourquoi... Surtout qu'il a bien réussi à appeler Marie-Jeanne... Ne me demandez pas pourquoi... C'était sans doute "la mode aux télégrammes" ?) Il est ainsi rédigé : « Expédier urgent chèque barré sur Société générale maison mère Paris et non Banque de France, à mon adresse recommandée : Quéméneur négociant Landerneau. Poste restante numéro trois. Paris ». Pouliquen s’exécute dès le lendemain à l’agence de la Société générale de Pont-l’Abbé. Ce chèque, expliquera-t-il au commissaire de police de Pont-l’Abbé le 18 juin 1924, était nominatif mais pouvait être touché par toute personne se disant Quéméneur. Cette facilité pour un tiers de toucher un chèque non-barré m’avait engagé à l’expédier en pli chargé ». Le même jour, le notaire expédie un mot à son beau-frère :

 

« Mon Cher Pierre,

« Je n’ai reçu ta dépêche que ce matin à 9 heures et comme le courrier de Paris part à 9 h 43, je suis arrivé à la poste après le départ du courrier. Dans ces conditions, j’ai préféré attendre l’après-midi pour t’expédier le chèque en question. J’ai préféré ne pas te le barrer pour que tu puisses le toucher plus facilement. N’étant pas connu à Paris, la Générale n’aurait pas voulu te le payer.

« J’ignore pour quelle affaire tu as besoin de cette somme mais j’espère que tu l’as examinée toi-même sans tenir compte des renseignements fournis par Seznec. N’oublie pas en tout cas que je ne pourrais disposer très longtemps de cette somme et que s’il y a un acte à rédiger, tu dois en toute justice me donner la préférence.

« Bien amicalement à toi. »

 

Ce courrier montre que les relations entre les deux beaux-frères n’étaient pas au beau fixe. Pouliquen s’inquiète de voir Quéméneur sous influence de Seznec pour des affaires qui lui semblent peu claires et qu’il réprouve. Il s’inquiète aussi de la vente du domaine de Plourivo qui pourrait lui échapper. Pour le notaire de Pont-l’Abbé il va de soi que toute transaction immobilière doit passer par lui, ce n’est pas forcément le credo du conseiller général ; en effet neuf mois auparavant il a vendu un terrain par l’intermédiaire d’un notaire de Landerneau.

 

Le fait que Me Pouliquen ne barre pas le chèque reste une énigme. La demande initiale faite à Brest le 22 mai était bien un chèque barré, demande renouvelée ce 24 mai. Il explique ce fait par une facilité de paiement, ce qui permettait à Quéméneur d’être payé en espèces sonnantes et trébuchantes. La deuxième interrogation est pourquoi ce changement de banque. Adresser un chèque à la Banque de France donnait-il un caractère plus sérieux à la tractation ? Quel intérêt y avait-il de l’adresser à la Société générale ?

 

On le voit, cette journée de transit pour nos deux compères ouvre toute une série de questions qui alimentent toujours des polémiques aujourd’hui.

 

Pour clore cet emploi du temps a priori limpide nos deux vendeurs de Cadillac terminent calmement la soirée au café-concert La Source, dans le quartier de la gare.

 

 

Pages 69/71

 

 

P.S. Pour plus d'informations sur la journée et la soirée de nos deux compères à

 

Rennes, c'est à lire ici.

 

 

à suivre...

 

 

 

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51X7PTKKGXL._SY300_.jpg

 

 

 

P.S. On me glisse dans l'oreillette gauche, que, pour leur fin de soirée, je devrais relater ce qu'écrit Maurice Privat, dans son inimitable style fleuri :


"Après avoir fait enregistrer l'avis que recevra Jean Pouliquen, le lendemain matin, les deux associés, ne voulant pas se coucher tout de suite, vont boire un verre près de leur hôtel à La Source.

C'est un ancien café-concert. Avant le décret Clémenceau, qui interdit aux artistes de faire la quête en public et d'inciter à boire, les gommeuses et les réalistes, qui n'avaient pas le droit de refuser l'amoureux de passage, déambulaient dans la salle, aguichant le chaland. Il y avait même, pour ces dames, des chaises spéciales au siège largement échancré, afin de permettre aux amateurs de tâter leurs agréments. La Source a replâtré son visage. C'est aujourd'hui un dancing à attractions : salle de café, chaises et tables, une estrade au fond. Il est morne. Si de lointains étudiants en rêvent ils pleurent leur jeunesse, non ce décor banal. Pierre Quémeneur et Guillaume Seznec s'y ennuient et en partent, au bout d'une heure. Ils se couchent. A cinq heures du matin ils partiront pour Paris.

(...) Il fait un temps délicieux.... "


in "Seznec est innocent" (documents secrets, 1931), page 90.

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S
<br /> Rendons à Coluche ce qui n'est pas à Audiard... et profitons-en pour méditer sur un bon mot de Cocteau : "Beaucoup d'hommes naissent aveugles et ils ne s'en aperçoivent que le jour où une<br /> bonne vérité leur crève les yeux "<br />
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L
<br /> <br /> C'est ainsi. La vie est un choix. Pour certains, c'est Collard. Pour moi, c'est plutôt l'art de la colle...<br /> <br /> <br /> <br />
D
<br /> Merci pour le copié/collé du bouquin de Bernez Rouz. Je crois que c'est Audiard qui disait :"Quand on a rien à dire, on ferme..".Désolé, j'ai oublié la fin.<br />
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