Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Pierre Quémeneur a-t-il été assassiné par Guillaume Seznec à Lormaye ?

Affaire Seznec : Maurice Maunoury "le chartrain"

 

 

 

 

 

 

 

"Homme politique,

c'est une profession où il est plus utile d'avoir des relations que des remords."

Coluche

 

 

 

 

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Puisque j'étais hier aux Archives Départementales, c'était le moment où jamais de demander à une archiviste de qualité (qu'elle soit ici remerciée !) des documents sur celui qui fut ministre de l'Intérieur du 15 janvier 1922 au 29 mars 1924 dans le gouvernement Raymond Poincaré. Juste pendant la période de l'enquête policière et de l'instruction de l'affaire Seznec.

 

Elle m'en indiqua deux. Que je vais vous reproduire.

 

Le premier est extrait du "Dictionnaire des Parlementaires français" (Presses Universitaires de France). Le second est un article de La République du Centre du jeudi 25 juillet 2002.

 

 

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Maurice Maunoury est né à Alexandrie (Egypte) le 16 octobre 1863

 

 

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Il est mort à Paris le 16 mai 1925

 

 

 

MAUNOURY ARTICLE LA REP

 

Cet article-là, je vais vous le retranscrire mot à mot... Juste un peu de patience...

 

 

 

MAURICE MAUNOURY (1863 - 1925)

 

Fils du député Pol Maunoury, il hérite d'un nom, d'une position sociale,

d'une fortune et d'une tradition politique. Mais il lui restait à faire fructifier ce legs.

 

 

 

 

LES FIGURES DU PASSE

 

Maurice naît le 16 octobre 1863 à Alexandrie où son père exerce d’importantes fonctions. Sa famille renvoie à une brillante bourgeoisie de fonction qui s’est hissée par le travail et le mérite vers les sommets politiques, sociaux et culturels. Le grand père de Maurice, avocat républicain opposant à la Monarchie fut une personnalité en vue de sa ville ; son père, magistrat de renommée internationale, député et maire, fait incontestablement figure de notabilité chartraine. Maurice doit donc se montrer digne des siens ; mais que lui reste-t-il à conquérir pour confirmer l’ascension familiale poursuivie depuis trois générations sinon une position au sommet de l’Etat républicain ?

 

Il a bien souvent évoqué avec humour, reconnaissance et aussi un certain fatalisme cette exigence familiale, qui le condamnait d’emblée à réussir dans l’excellence, et le rythme de travail que son père lui avait imposé dès ses premières années. Emploi du temps et ambiance qui rappellent celui des classes préparatoires aux grandes écoles… Comme une voie qui lui fut tracée très tôt.

 

Un brillant parcours

 

Car après un brillant passage au collège de Chartres, Maurice est envoyé au prestigieux lycée Saint-Louis à Paris. Et là commence une impressionnante chasse aux diplômes : bachelier es lettres et es sciences, polytechnicien sorti dans les quarante premiers, ingénieur de l’Ecole centrale des arts et manufactures, il ne se contente pas de cette formation déjà excellente. Il y adjoint, un doctorat en droit, non sans fréquenter l’Ecole libre des sciences politiques. A ce moment, il devient un spécialiste éminent des questions de propriété littéraire. Par ce remarquable parcours universitaire, il était parvenu à faire mieux que ses aïeux. Et la tâche n’était pourtant pas aisée.

 

De 1883 à 1885, il effectue son service militaire dans l’artillerie et sort avec le grade de capitaine. Il se tourne alors vers le Barreau et devient avocat à la cour d’Appel de Paris reprenant en cela le parcours paternel.. Il épouse Nicole Duplan qui lui donnera deux enfants : Jean Léopold futur ingénieur de Centrale et Madeleine Geneviève qui épousera un brillant polytechnicien. Bon sang ne saurait décidemment mentir.

Enfin, de son père décédé en 1899, il hérite près de 150.000 francs mais surtout le mandat de maire de Luisant. Voilà donc Maurice lancé en politique.

 

Le ministre

 

Dès la mort de son père, c’est en effet, à lui qu’échoit, le 3 décembre 1912, la fonction de conseiller municipal, puis le 24 du même mois, le mandat de maire. Parfait exemple de transmission directe des fonctions électives locales. Les choses se révèlent un peu plus malaisées pour les fonctions de député : ce n’est, en effet, qu’après deux échecs que Maurice Maunoury est élu en 1910 dans le second arrondissement de Chartres, là encore sur les traces de son père, dont il reprend les thèmes de protectionnisme agricole et jusqu’à l’étiquette pourtant surannée de républicain progressiste. Pour le reste, après avoir longuement rappelé l’action paternelle, il demande la mise en place des retraites paysannes et ouvrières.

Avec la guerre, il se taille une renommée nouvelle d’héroïsme et de patriotisme en reprenant du service comme chef d’escadron à la huitième division d’artillerie. Servant constamment sur le Front, il est blessé et doit être amputé d’une jambe. Ces actions lui valurent la Légion d’honneur en 1915, puis la Croix de guerre avec étoiles de Bronze en 1917.

Sans cesse réélu jusqu’à sa mort, il occupe à la Chambre les plus hautes responsabilités. Présentant à chaque fois avis et rapports écoutés, il est membre des commissions du budget (1910, 1914), rapporteur du budget de la marine en 1914, vice-président puis président de la Commission des finances entre 1920 et 1922. Mais surtout, il devient ministre pour la première fois, de manière très brève aux colonies en juin 1914. Et de façon durable, au poste clef de l’Intérieur, de janvier 1922 à mars 1924. Ayant évolué de la gauche radicale vers une position plus indépendante, reconnu de tous, il obtient une responsabilité que l’opposition radicale refusait de voir échoir entre les mains d’une personnalité trop engagée à droite.

Il disparaît le 16 mai 1925, des suites d’une longue maladie cardio-vasculaire, et après avoir été amputé de sa seconde jambe à cause de sa blessure de guerre. A Luisant, sa disparition fut cruellement ressentie. Admiré et peu contesté, il fut un héritier au sens noble du terme : non seulement il s’est constamment montré digne de la renommée familiale, mais en outre il a su transcender l’héritage paternel par son mérite et sa réussite. Surdiplômé, capable, courageux, influent, il aura bénéficié de l’estime de tous. Contribuant ainsi à hisser le nom des Maunoury au sommet de la République. Son héritage ne devait d’ailleurs pas être perdu.

 

 

"Tel père, tel fils".

C'est sur ce slogan que

Maurice Maunoury

présente sa première

candidature aux

élections législatives

de 1910.

 

 

La méritocratie républicaine

 

La réussite de Maurice Maunoury peut être interprétée à l’aune de deux logiques apparemment distinctes : soit on retient un parcours universitaire impressionnant, soit on pointe du doigt le legs paternel.

Diplômé de l’une des plus prestigieuses grandes écoles française, le jeune Maurice cumule les titres universitaires et fait figure de surdoué. Par ailleurs, sa formation juridique,et l’appartenance à un grand corps de l’Etat, le prépare à exercer de hautes fonctions. Pourtant, il semble bien que l’élément déterminant qui a conditionné son entrée puis sa longévité politique est bien l’héritage paternel. A la disparition de ce dernier, il recueille en effet, tous ses mandats locaux et nationaux. Peut-on parler dans ce cas de figure d’héritage ou de mérite ?

Les deux en fait ne sont en rien antinomiques dans la Troisième République. L’école, puis l’université privilégient alors des aptitudes intellectuelles propres aux classes supérieures : maîtrise de la langue, culture classique, confiance en soi, volonté de persévérer. Si on ajoute l’importance des relations sociales, on perçoit la redondance du processus républicain de légitimation par le diplôme.

La hiérarchisation par l’argent a bien sûr joué (Maurice hérite de son père la coquette somme de 14.000 F, chiffre fort élevé si l’on songe que le salaire annuel d’un ouvrier ne dépasse pas, bien souvent, 3.000 F) ainsi que le prestige du nom ou les relations de la famille. Mais l’élément clef reste peut-être l’ambition dont Maurice fut le dépositiare.

 

J.D.

 

 

Un patriote et un modéré

 

Dans le contexte national particulier du premier après-guerre, Maurice Maunoury s’impose comme une figure incontestée de la Chambre bleu horizon, ainsi nommée par référence aux nombreux anciens combattants qui y siégeaient.

 

D’abord il s’impose par son passé militaire. Chef d’escadron pendant la guerre. Président-fondateur de l’Association des anciens combattants de Luisant, il intervient à la Chambre en faveur des mobilisés afin qu’ils retrouvent leur emploi.

 

Ensuite, il bénéficie d’un positionnement politique qui le place au cœur de la nouvelle majorité de droite. En 1912, il se présente sous l’étiquette « républicain de gauche » (en fait le centre droit). En 1922, cet enracinement au centre en fait un allié de poids pour le nouveau président du conseil Poincaré. Ministre de l’Intérieur, il va contribuer à maintenir le contact avec la gauche radicale, ce qui lui vaut finalement de vives critiques des éléments les plus conservateurs de la majorité et explique qu’il soit remplacé en 1924.

 

Au final, la carrière ministérielle de Maurice Maunoury renvoie à l’une des difficultés qu’ont rencontrées les cabinets de l’entre-deux-guerres, entravés dans leur volonté de gouverner au centre, par l’impossibilité de rallier dans une majorité stable les radicaux et les conservateurs. Déjà, pointe la menace des extrémismes de droite face à la coalition des gauches.

 

J.D. 

 

 

http://ulule.me/presales/6091/pensez-a-reserver-votre-place-13.jpeg

Luisant. La future avenue Maurice Maunoury.

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