Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Pierre Quémeneur a-t-il été assassiné par Guillaume Seznec à Lormaye ?

Affaire Seznec : les livres pour et contre : avant et après...

 

 

 

 

 

 

"Un grand livre commence longtemps avant le livre"

Christian Bobin

 

 

 

AUTOMNE EN LIVRES

 

 

C'est en lisant une phrase de Bernez Rouz hier (non, il n'est pas mon maître à penser, d'ailleurs, dans cette affaire, je n'ai aucun maître à penser !) :

 

"Une hypothèse, un spécialiste, une thèse à chaque fois..."

 

que je me suis souvenue de l'étrange orientation des livres AVANT et APRES. 

 

Quelles frontières pourrais-je évoquer pour délimiter les deux territoires ? Peut-être le livre de Denis Seznec qui vient d'avoir 20 ans justement. Et dont la première édition (je vous la conseille vivement) est sortie à l'automne 1992. Mais la fronde s'est, elle, déclarée environ quelques dix années plus tard.

 

Oui, parce que jusqu'à ce livre, soyons clairs, il n'y avait eu que des livres PRO SEZNEC.A une exception près (je ne l'ai pas lu, donc je vous le citerai juste) : Yves-Frédéric Jaffré : "L'affaire Seznec" en 1956 aux Editions SEGEP.

 

Sortons Arthur Bernède, et attaquons par Maurice Privat, journaliste, qui assure la direction de la collection "Documents secrets". Le but de ce cher Maurice c'est bien, dès 1931, de clamer l'innocence de Seznec. Le titre "Seznec est innocent" est sans ambiguité aucune.

 

 

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Voilà ce que nous relate Denis Seznec au sujet de Maurice Privat en pages 356 et 358 de son ouvrage (édition 2006) :

 

"(...) En 1932, le journaliste Maurice Privat, très influencé par Hervé, fait paraître un livre intitulé "Seznec est innocent", où il s'en prend ouvertement à Louis Quemeneur. (...)

(...) Peu de temps après, la famille Quemeneur s'attaque cette fois à Maurice Privat. Le célèbre journaliste est condamné. Pis, son livre, "Seznec est innocent" qui connait un immense succès depuis sa sortie, en 1931, devient du jour au lendemain totalement introuvable. La Ligue des droits de l'homme et le juge Hervé dénoncent alors une censure souterraine. On s'interroge, mais personne n'arrive à la prouver. EN 2001, un chercheur, Philippe Carrey, retrouvera ce papillon imprimé : AVIS IMPORTANT - Messieurs les libraires sont priés dès réception du présent avis de retirer de la vente le volume "Seznec est innocent" de Maurice Privat paru dans la collection "Documents secrets" et de joindre les invendus à leur prochain retour. Messageries Hachette. Voilà comment on censure un livre gênant : en le retirant de la vente, quitte à le classer "invendu".

 

Même si Maurice Privat n'est guère un maître es-Exactitude, tout recours à la censure, quel qu'il soit, me révolte.

Pour la petite histoire, c'est le seul livre sur l'affaire Seznec qui m'ait été transmis par ma famille !

 

Donc, côté édition, ça commence plutôt mal.

 

On enchaîne de suite avec le livre du juge Hervé, Charles-Victor, "Justice pour Seznec" (1933) qui est un véritable plaidoyer, et servira de matériel de base aux premières réunions de la Ligue des droits de l'homme,  pointant du doigt de nouveau Louis Quemeneur mais aussi Alphonse Kerné.

 

Ce livre, cette action, a pour but évident de soutenir le bagnard Guillaume qui, venant d'apprendre le décès de son épouse Marie-Jeanne, au bagne, aurait tendance soit à se passer la corde au cou, soit à "tout" balancer (Oui, Yargumo, je suis d'accord avec ce que vous écrivez sur le forum de Ludivine).

 

On va devoir attendre........ le retour de Guillaume (juillet 1947) et le drame de Kergleuchard pour que Claude Sylvane (aidée de l'éditeur Cécile Denoël) écrive un livre sur Jane Seznec : "Notre bagne" en avril 1950. Rien pendant 17 années. Même avec la coupure de la Seconde Guerre Mondiale, cela fait tout de même un peu long...

Ce livre est aussi un livre de combat. Il servira de base pour une tournée à travers toute la France de Guillaume, de Jeanne, et de l'auteur.

 

Lire : L'Affaire Seznec : "Notre bagne" de Jane Seznec

 

C'est là qu'entre en scène un fougueux et fort séduisant journaliste de Paris-Match : Claude Bal. Qui mène une véritable enquête approfondie sur la piste du café "Au tambour" sis 113, avenue de la Bourdonnais et sur la faune qui le fréquentait. Ce beau gosse est un habitué de l'appartement de la rue du Chevaleret (XIIIe) (il n'est pas le seul journaliste à y venir souvent, rappelez-vous Jacques Marestet du "Parisien Libéré') où demeure la petite famille Le Her. Et son livre,  "Seznec était innocent" paru en 1955, publié par de Carbuccia aux Editions de Paris, relance l'affaire juste après la mort de l'ex-bagnard (13 février 1954).

 

 

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Denis Seznec ne lui fait pas de cadeau (page 417) :

 

"Par cette sorte de fatalité qui semble guetter les défenseurs trop passionnés de mon grand-père, Claude Bal franchit ensuite "la ligne rouge".

Sans avoir été, à ma connaissance, mandaté pour cela, il introduit une requête en révision du procès Seznec"

 

Ajoutons pour garder l'esprit clair sur le fougueux jeune homme qu'il avait un atout de poids dans son carnet d'adresses personnel : Roger Wybot, le grand patron de la DST.

 

Du coup on attendra 20 bonnes années, et décembre 1976, pour que Rieux et Nédelec publient aux éditions Jugant leur livre "Seznec innocent... ou prestigiditateur criminel ?" Là, je suis désolée de vous dire qu'après l'avoir lu, je n'ai toujours pas compris leur position exacte... Peut-être la difficulté d'écrire à quatre mains ?

 

On passe rapide sur "L'affaire Seznec" de Marcel Jullian en 1979. Livre qui est la restranscription des émissions du début de l'année sur la radio Europe 1. Mais qui est clairement un plaidoyer pour l'innocence de Seznec.

 

Pour arriver à un livre charnière. Qui servira à l'élaboration du scénario du film d'Yves Boisset. Et qui vaudra à son auteur le Prix des Droits de l'Homme en 1989. Et à Denis Seznec de changer d'avocat.

Je parle là bien sûr de l'incontournable livre de Denis Langlois : "L'affaire Seznec", édité chez Plon, en 1988.


 

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Il est à préciser ici que Denis Langlois , avocat à la cour d'appel de Paris est l'ancien conseiller juridique de la Ligue des droits de l'homme.

 

Il y a tout juste 20 ans, Denis Seznec, publie, à son tour, chez Robert Laffont "Nous, les Seznec". Dont se succéderont plusieurs éditions. Mais qui commence de nos jours à être sérieusement contesté, lire : link

 

En parlant de contestation, l'approche de l'an 2000 va voir éclore deux livres de Michel Keriel : "Autour de Seznec" en 1997 (Ed. MEB) et "Seznec, l'impossible réhabilitation" en 1998 (Ed. MEB).

 

Les hostilités sont ouvertes. La guerre est déclarée.

 

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Attention aux boutons...

 

Mais les sources aussi sont ouvertes. Car Michel Keriel a eu accès, via le procureur de Quimper, directement aux dossiers.

 

Chaque livre ne défend plus désormais une cause. Mais révèle des erreurs, des omissions, etc... sur l'affaire.

 

Michel Keriel, dans "Autour de Seznec", nous raconte la vie tumultueuse de François Le Her, père de Denis. En des termes qui n'appartiennent qu'à lui ! Dans son second ouvrage : "Seznec, l'impossible réhabilitation", il reproduit intégralement un document fort intéressant et inédit : la décision de la Commission de Révision du 28 juin 1996.

 

Bernez Rouz, qui va profiter des largesses du même procureur, écrit,  lui, un livre dense et fort documenté : "L'affaire  Quéméneur Seznec - Enquête sur un mystère" aux éditions Apogée, en mars 2005. Mais Bernez ne se contente pas du seul dossier. Ses très sérieuses références à la presse et à de nombreux autres documents font désormais de lui l'indispensable lecture pour quiconque veut s'instruire d'un peu plus près sur l'Affaire.

 

Evidemment, il n'est pas sans déplaire à certains, car il est le premier à révéler et à montrer preuve du trafic de Guillaume Seznec dans les voitures américaines dès janvier 1920, avec procès-verbal en annexe.

 

C'est alors que Guy Penaud, ancien commissaire de police, se décide à balancer un ouvrage contestable et contesté : "L'énigme Seznec" (Edition La Lauze), en août 2006. Et oui, vous lisez bien, quelques mois à peine avant le Rendu de Jugement de la Cour de Révision. Je crois même me souvenir qu'il a personnalisé l'envoi de son oeuvre à chaque magistrat de la dite cour !

 

Ce livre est bourré d'inexactitudes. Mais comme dit le proverbe : "à quelque chose malheur est bon !" Il attire notre attention :

- sur le poids des dollars or américains et sur leur encombrement exact,

- sur le coup de téléphone passé (ou reçu) par Pierre Quemeneur au Plat d'Etain.

 

 

Et puis il nous permettra de nous empoigner joyeusement (je viens de re-parcourir le forum, c'est quelque chose !) sur le forum de Madame Marilyse Lebranchu dès décembre 2006. Et ce pendant deux mois.

 

Les lions sont lâchés. Les anti-Seznec sont sortis de leurs tanières. Ils n'en ont pas honte. Ils tentent même de faire honte aux autres !

 

Internet est devenu "the place to be". Forums et blogs pro ou anti Seznec fleurissent et disparaissent à la même rapidité.

 

A l'intiative d'un duo d'écrivains (?) Albert Baker et Bertrand Vilain, un étrange CDRom va sortir en août 2008. Avec le titre prétentieux de "La mystérieuse affaire Seznec enfin révélée". Qui ne va rien nous révéler du tout. Sauf le copier/coller d'un livre de Cadillac tendant à prouver que le trafic des Cadillacs est un leurre.

 

La loi du 15 juillet 2008, ramenant le délai de consultation de certaines archives de 100 ans à 75 ans, change aussi la donne pour les chercheurs sur cette Affaire. A lire sur : link

 

 

Si je n'adhère pas à certaines méthodes de certains de ces auteurs, je dois leur reconnaître qu'ils m'ont permis de revoir certains aspect de l'affaire Seznec différemment.

Comme j'ai un côté exhibitionniste, j'ai perdu en direct sur le forum MLB, mes dernières illusions sur les vérités qui nous sont assénées depuis bientôt 90 ans. J'ai perdu, mais j'ai gagné. Je sais désormais que la vérité ne sortira pas seule du puits. Et qu'il faudra du muscle et de l'esprit pour aller l'y chercher !

 

Liliane Langellier

 

 

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Roma. Bocca della Verità.

 

 

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L
<br /> Merci de votre commentaire, Thierry.<br /> <br /> <br /> Puis-je vous suggérer de lire sur mon blog les deux articles précédents : "Le jour où" 1ère et 2e partie.... Et vous dire que, moi aussi, avant l'intervention de Bernez Rouz, j'étais plutôt<br /> paumée... Je vous conseille vivement de lire son lire "L'affaire Quéméneur Seznec - Enquête sur un mystère". Car ça, c'est vraiment du journalisme d'investigation. Juste pour que vous ne restiez<br /> pas avec un goût amer sur cette affaire et que vous puissiez penser qu'elle a encore de beaux jours devant elle.<br />
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D
<br /> J'ai une sensibilité particulière à l'injustice et l'erreur judiciaire. Je connaissais l'affaire Seznec pour avoir lu, étant enfant, des tas d'articles de magazine sur le sujet. J'avais dévoré<br /> avec émotion des dizaines d''ouvrages sur des affaires judiciaires retentissantes où l'accusé avait été réhabilité (Calas, Dreyfus... ou pas (Ranucci). J'avais lu Albert Londres et son récit du<br /> bagne. J'étais favorable à Seznec.<br /> Je me suis donc précipité sur le livre de Langlois. Mais il m'a rapidement irrité. Sur la forme, d'abord. La 2e personne du singulier est singulière façon de mettre du pathos au service d'une<br /> cause pour un avocat voulant mettre en avant des faits sur une affaire aussi brumeuse.<br /> Sur le fond, quand j'ai refermé le livre, j'avais changé d'avis. J'ai pensé que Seznec avait passé sous silence des tas de détails, qu'il avait eu une attitude suspecte, qu'il s'était défendu<br /> maladroitement, et que les choses ne s'étaient sûrement pas passées telles qu'il les avaient décrites. Curieusement, plus les détails essayant de prouver l'innocence de Seznec abondaient et<br /> s'ajoutaient, plus ils m'instillaient le doute, puis la conviction de sa culpabilité. Singulier retournement... Difficile à expliquer, mais je vous exprime ici un sentiment à partir de souvenirs<br /> de lecture de ce livre qui commencent à dater un peu...<br /> Le livre de Denis Seznec (je ne me souviens plus duquel, je pense que c'est le premier) m'est tombé des mains. Je me souviens également d'un documentaire où on le voyait marcher sur les traces de<br /> son grand-père, au bagne, pleurer sur la tombe de sa grand-mère... Tout cela m'a laissé très dubitatif, pour ne pas dire plus sans être méchant. J'aurais bien voulu des preuves, des faits<br /> tangibles.<br /> Chaque nouvel ouvrage produit son nouveau témoignage aussi spontané que tardif et invérifiable. Mais de preuves propres à remettre en cause la culpabilité, point.<br /> D'ailleurs, viendront-elles jamais ? Tout cela est si vieux, maintenant, comment espérer un retournement de situation. Seules la fiction ou les prises de position amèneront du nouveau. Les faits,<br /> eux, sont morts. Et les ouvrages qui sortent et sortiront n'apporteront rien à la vérité. Ils couvrent certaines zones vierges, de moins en moins nombreuses, et se superposent à celles déjà<br /> couvertes, en couches de plus en plus épaisses.<br />
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