Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Pierre Quémeneur a-t-il été assassiné par Guillaume Seznec à Lormaye ?

Affaire Seznec : Les demandes de révision du procès de Guillaume (1)

 

"Après avoir souffert, il faut souffrir encore ;

Il faut aimer sans cesse après avoir aimé."

Musset

 

 

Pour qu'il y ait révision, il faut qu'il y ait "fait nouveau". A lire sur ce blog dans :

L'affaire Seznec et la Ligue des Droits de l'Homme (L.D.H.)

 

 

C'est encore un sujet de querelles. Un de plus. Mais c'est certain, quand on est dans l'obscurité, on a tendance à se bagarrer tous pour trouver la sortie.

La question semble pourtant simple : Combien de demandes en révision ont-elles été déposées pour le procès de Guillaume Seznec ?

 

Commençons donc par le commencement...

 

 

Demandes de révision portées par Marie-Jeanne Seznec

 

 

Marie-Jeanne n'était pas seule. Son beau-frère Emile Petitcolas l'a soutenue. Oui, je sais, on ne l'a pas entendu avant, mais moi je le prends quand il rentre en scène. Et il rentre en scène justement pour aider Marie-Jeanne.

 

 

1. Jean Guyoton

 

"Le 22 juillet 1924, un pensionnaire de l'asile de Clermont dans l'Oise, s'adresse au parquet d'Orléans : "interné arbitrairement et illégalement et maintenu de même contre toute justice et science médicale à l'asile de Clermont, Oise, interné d'abord à l'asile de Quimper, Finistère, à la date du 19 octobre 1923. Je pense également sans pouvoir l'affirmer que Quéméneur est interné à l'asile de Quimper, quartier Baume en cellule et quartier dit des agités. Je soulage ma conscience."

 

http://denis-langlois.fr/IMG/jpg/Lettre_de_Guyoton_1925_001.jpg

Archives Me Denis Langlois

 

En 1925, Jean Guyoton écrit du Maroc où il est légionnaire. Il s'adresse au parquet de Quimper et à Marie-Jeanne Seznec qui donne foi à ces informations et introduit une première demande en révision. Renseignements pris, ce légionnaire, Guyoton fut interné à l'asile Saint-Athanase de Quimper du 19 octobre 1923 au 14 mai 1924. A cette époque deux pensionnaires de l'établissement se nommaient Quéméneur, mais ils n'avaient rien de commun avec le conseiller général. Mme Seznec prétendit alors qu'il était interné sous le nom de Camille Lepage, ce qui lui valut un démenti du directeur de l'asile : "M. Quéméneur ne fut jamais admis dans l'établissement que je dirige ni sous le nom de Lepage, ni sous son propre nom. C'est bien net"

In Bernez Rouz en page 190.

 

 

 

2. Boudjema Gherdi

 

Vous trouverez tout cela relaté en début de mon article :

Affaire Seznec : Guillaume et le café "Au Tambour"

 

Voilà donc la lettre de Guillaume Seznec du 16 août 1925 :

 

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"Marie-Jeanne adresse une nouvelle requête en révision le 6 avril 1926. Et comme elle a appris à manoeuvrer pour "aider" la magistrature à faire son devoir, elle prévient la presse." in Denis Seznec page 300.

 

 

 

 

BORDEREAU-ENVOI-PIECES-PROC-RENNES-JUIN-1926.JPGGherdi et Dame Petit ont bien été auditionnés en juin 1926

 

 

 

3. Madame Lamarque

 

"Fin 1926, ma grand-mère repart au combat. La Dépêche publie en effet le témoignage de Mme Lamarque, femme d'un industriel de Brest qui, le 21 juin 1923, lendemain du jour où l'on a découvert la valise de Quemeneur au Havre, a pris place dans un wagon de deuxième classe à la gare Montparnasse pour regagner Brest. En cours de route, la voyageuse s'est endormie et, en se réveillant, elle a constaté qu'un inconnu s'était installé dans son compartiment, près de la porte, la tête cachée sous le rideau. Quand il a repoussé le rideau, la croyant toujours endormie, il était difficile de bien discerner ses traits, dans la demi-obscurité, mais elle a remarqué que, sous de larges lunettes noires, le visage offrait l'aspect d'une affreuse mutilation. Et puis, l'inconnu s'est masqué le visage d'un mouchoir et, quelques secondes plus tard, il offrait des traits tout à fait normaux, comme s'il avait fait disparaître un odieux maquillage. Le jour venant, elle avait pu l'examiner à loisir : il était grand, mince, paraissant âgé d'une trentaine d'années. Il descendit à Landerneau. Dès son arrivée à Brest, Mme Lamarque avait rapporté ces faits à son mari  et à plusieurs amis puis s'était rendue à la police pour apporter son témoignage, mais elle avait été éconduite.

Aussitôt Marie-Jeanne interpelle le ministre de la Justice. C'est un homme au visage portant des cicatrices que l'un des témoins du Havre a cru avoir aperçu. Le témoignage de Mme Lamarque est donc important. Faisant droit à sa requête, le ministère demande au commissaire Cunat - celui-là même que Marie-Jeanne et Angèle avaient accusé, en pleine cour d'assises, de les avoir maltraitées ! - d'entendre la femme de l'industriel brestois. Hélas, lorsqu'il se présente à son domicile, c'est pour apprendre qu'elle et son mari viennent de partir pour les colonies. L'enquête s'arrête là, le policier ne cherchant pas à obtenir sa nouvelle adresse..."

In Denis Seznec, pages 304 et 305.

 

 

Mais les blogueurs de "L'affaire Seznec revisitée" ne voient pas les pages 304 et 305 du même oeil :

 

"… et le lecteur se dit que c’est vraiment pas de bol ! – en plus pas un seul journalise à l'horizon, le désert ! – il y a quand même des moments où la ficelle est vraiment grosse… Quoique, l’Ouest-Eclair en octobre 1926 nous dit, citant Mme Seznec, que le témoignage avait circulé dans la presse et les travées lors de l’instruction et du procès. Alors, du neuf ou du réchauffé de circonstance ? – Sommes preneurs de tout renseignement sur tout industriel de Brest dans les années 20 du nom de Lamarque…
... plus tard, on apprendra que le témoignage de Mme Lamarque n’apportait rien à l’histoire – son voyage Paris-Brest en train ne coïncidait pas avec celui supposé de Guillaume Seznec (un jour d’écart)"

 

 

4. Madame Petit  

 

J'ai du mal avec cette Madame Petit. Alors, une fois n'est pas coutume, je suis allée lire chez Catherine Clausse :

 

LA MYSTERIEUSE "Mme PETIT".
Témoin de survie de Pierre Quemener :

Elle était venue à Morlaix afin de dire à la famille Seznec le 4 novembre 1924, qu'elle avait vu le conseiller général, à Paris, le 26 mai 1923. Et les magistrats de conclure "Mais attendu que lors de son audition en 1926, Madame Petit, dont l'inconnue avait donné l'adresse et précisé certains faits véridiques de sa vie, a déclaré n'être jamais allée en Bretagne et ne connaître aucune des familles Seznec ou Quémeneur" Après vérification, il s'avère que cette Mme Petit s'appelle en réalité Joséphine Reine PETIT-JACQUES. Que dans la rue Jean-Jacques Rousseau, pour l'époque, il n'y avait pas de numéro de rue, néanmoins, il y avait une quinzaine de maisons. Que celle-ci est née le 23 janvier 1884, qu'en 1910, elle épouse un dénommé JOYEUX dont elle divorcera en 1917. Elle se remaria en mai 1929 avec Charles LAMAND. Son décès : février 1953. Une voisine de cette dame l'ayant très bien connue, confirmera que c'est bien elle sur la photo datant de 1926 que nous lui présentons. De même que Marie Jeanne SEZNEC et Angèle LABIGOU, la reconnurent elles-mêmes sur cette même photo. On ne comprend pas très bien comment elles auraient pu inventer l'histoire de cette femme, demeurant à plus de 500 kms, venue leur dire qu'elle avait vu Pierre QUEMENER ce jour-là...A moins, qu'à elle aussi, on ait fait des pressions...Pas de Mme Petit-Jacques dans cette rue...mais un inspecteur de la Sûreté à Paris, un certain Sudre, demeurait là..."

 

 

Puis, je suis revenue chez Denis Seznec en page 278 :

"Dès le lendemain de la visite, le 5 novembre 1924, Emile Petitcolas (le beau-frère de Seznec) écrit à Me Kahn pour lui annoncer la venue de cette Mme Petit à son cabinet. Il lui précise que cette dame "a expliqué à Mme Seznec, avec des détails, que le 26 mai elle avait passé deux heures et demie avec Quemeneur. Comme elle croyait à un acquittement elle n'avait pas voulu en parler à l'instruction parce qu'à l'époque elle était mariée." Aucune nouvelle de cette dame Petit, Me Kahn finit par demander une enquête."

 

 

Et Bernez Rouz, pour clore, de nous écrire en page 188 :

"Dans la même lignée, un épisode curieux se déroule le 4 novembre 1924 à Traon-ar-Velin. Une dame de Paris disant s'appeler Petit dit à Marie-Jeanne Seznec avoir eu un rendez-vous galant avec Quéméneur dans un café le 26 mai. Le commissaire Vidal a rencontré cette dame qui a affirmé n'être jamais allée en Bretagne et n'avoir jamais entendu parler de l'affaire Seznec. Ce témoignage est classé sans suite."

 

 

Requête Marie-Jeanne Seznec 1926 001

Lettre de Marie-Jeanne du 16 mai 1926

après requête du 19 avril 1926.

 

 

 

 

 

On peut ainsi considérer que Marie-Jeanne Seznec, avec l'aide d'Emile Petitcolas, a adressé en 1925-1926 quatre requêtes en révision au Ministre de la Justice. A chaque fois la Sûreté Générale a procédé à une enquête dont les résultats ont été transmis au Procureur général de Rennes qui a donné un avis défavorable à toutes les demandes . De ce fait, le Ministre n'a pas saisi la Commission des révisions et a pris une décision de rejet.

 

 

 

Le 7 avril 1927, Guillaume quitte Saint-Martin-de-Ré pour le bagne de Cayenne.

Emile Petitcolas meurt en janvier 1928.

Marie-Jeanne quitte ce monde le jeudi 14 mai 1931.

 

Liliane Langellier

 

 

P.S. Marie-Jeanne livre quand même un dernier combat : la piste de Lormaye mobilise les medias l'été 1928. Mais les Quemin font un procès à Charles Huzo et aux deux témoins Viet et Patrice. Procès qu'ils gagnent début janvier 1929. Aucune requête n'a été déposée.

 

 

(à suivre pour les autres demandes de révision...)

Marie-Jeanne Seznec à la fin de sa vie...

Marie-Jeanne Seznec à la fin de sa vie...

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