Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Pierre Quémeneur a-t-il été assassiné par Guillaume Seznec à Lormaye ?

Affaire Seznec : le discret et brillant Emile Petitcolas

 

 

 

 

 

 

 

"Feuille où pondent les journalistes
Un fait-divers,
Papier-Joseph, croquis d'artistes :
- Chiffres ou vers -"

Tristan Corbiere

 

 

 

 

 

VILLE DE MORLAIX

 

 

 

Je ne crois pas au hasard...

 

C'est en cherchant des articles sur Guillaume dans L'Eclaireur du Finistère de 1923, que je suis tombée (sans me faire mal, bien au contraire) sur un In Memoriam écrit par son beau-frère Emile Petitcolas, le 25 août 1923.

 

J'ai eu une telle jubilation à le lire que je vous l'ai recopié mot à mot. Histoire de partager. Le talent du beauf.

 

Le voici donc in extenso :

 

 

 

Mort de M. Emile LE BRAS

Ancien Rédacteur en Chef de L’ECLAIREUR

 

 

M. Emile Le Bras est mort.

L’Eclaireur du Finistère et toute la grande famille républicaine sont, de ce fait, en deuil.

M. Emile Le Bras naquit à Poullaouen en 1862.

Après de solides études au collège de Morlaix, il professa pendant plusieurs années, puis, entraîné par le besoin d’avoir un auditoire plus vaste que celui de la chaire, il entra dans le journalisme qui lui permettrait de clamer les idées de liberté, d’égalité, de fraternité, de justice sociale, qui étaient le propre de sa conscience.

Emile Le Bras désirait exercer son apostolat républicain en Bretagne.

Mais, il y a loin du rêve à la réalité. A ce moment, les organes républicains dans notre province étaient rares.

C’est donc, dans le Nord, qu’il fit ses premières armes.

En 1901, l’occasion de présenta de revenir au milieu de ses concitoyens, de ses chers Bretons. Il prit la direction de L’Eclaireur du Finistère, à Morlaix.

La tâche était difficile, ardue, terrible même par instants.

Les hommes de la génération actuelle, habitués à tout dire, à tout imprimer, sans que personne ne s’émeuve beaucoup, ne peuvent se faire une idée de ce qu’était la lutte d’alors, la vie du journaliste républicain combattant pour son idéal.

La réaction, puissante au premier chef, n’épargnait point les porte-parole de l’idée laïque.

Les insinuations, les injures, les affronts, les calomnies tombaient sans rime ni raison sur Le Bras qui, d’ailleurs, avec son tempérament combatif rendait coup pour coup.

Parler d’Emile Le Bras, rédacteur en chef de L’Eclaireur du Finistère de 1901 jusqu’en 1920, ce serait faire toute l’histoire des luttes politiques républicaines.

Ce n’est, ici, ni le lieu ni le moment.

Emile Le Bras n’était pas seulement homme politique, il était surtout le « journaliste morlaisien » incarnant la vie et l’esprit de notre cité qu’il aimait par-dessus tout.

Emile Le Bras, c’était l’homme juste, l’homme bon, l’homme populaire par excellence.

Aujourd’hui, demain, quand Morlaix apprendra sa mort, il n’y aura pas une famille républicaine, riche ou pauvre, pauvre surtout, qui ne s’écriera : « Emile Le Bras, c’était un apôtre, un symbole ! »

Et même dans les familles libérales, il y aura des regrets. Le Bras rendant service à tous, sans s’inquiéter des opinions.

Que de l’autre côté de la barricade, si l’on n’a pas oublié les coups rendus par Le Bras, on pense ce que l’on voudra, peu importe.

Demain, vendredi, à 16 heures, les restes d’Emile Le Bras reviendront à Morlaix.

Il faut que notre cité socialiste et républicaine lui fasse des obsèques dignes du grand amour qu’il lui a porté.

Nous disons à dessein, socialiste et républicaine car, à l’heure où Le Bras luttait républicainement, il y avait plus de courage à se dire républicain qu’à l’heure actuelle à s’intituler socialiste, communiste ou libertaire.

Que Le Bras n’ait été que républicain – nous ne voulons pas nous permettre d’interpréter sa pensée qui n’est plus – il n’en a pas moins travaillé pour une France républicaine, laïque, démocratique et sociale.

Et, à ce compte, tous les républicains, à quelque nuance qu’ils appartiennent, suivront respectueusement son cercueil.

 

 

Quelques années avant la guerre, M. Emile Le Bras fut nommé conservateur du château de Kerjean.

Il tint néanmoins à assurer la direction de L’Eclaireur du Finistère jusqu’à la nomination d’un successeur, capable de mener à bon port la barque dont il avait été le bon pilote.

La guerre survint…

Malgré les fatigues d’une double fonction, Le Bras resta courageusement à son double poste jusqu’en 1920.

Les habitants de Saint-Vougay, qui avaient apprécié le caractère et la valeur d’Emile Le Bras, l’élirent au conseil municipal et les conseillers en firent un adjoint maire.

Entre temps, Emile Le Bras était devenu président de la Ligue des droits de l’Homme, président du comité de défense de l’école laïque.

 

 

Nous avons, il y a quelques mois, reproduit un article de La Bretagne touristique disant que si Le Bras fut un journaliste modèle, il était un conservateur parfait.

Nous le rappelons aujourd’hui et cela nous dispensera de nous étendre sur la seconde partie de la vie de Le Bras.

Nous aurons, certes, l’occasion d’y revenir.

 

 

Rien ne laissait prévoir la disparition soudaine de Le Bras.

Mercredi, il avait vaqué à ses fonctions habituelles lorsque, vers 16 heures, il se sentit fatigué.

Il se coucha, demanda un tilleul qu’il absorba, tout en parlant, en plaisantant même avec ses enfants qui s’inquiétaient.

A 17 heures, il s’éteignait subitement, sans souffrance, succombant à une embolie.

Il laisse un fils Georges, de 22 ans, et une fille Yvonne, 20 ans.

Le corps de Le Bras sera ramené, en auto, du château de Kerjean, en Saint-Vougay, à Morlaix.

Les obsèques auront lieu vendredi 24 août à 16 heures.

Le deuil se réunira place Emile-Souvestre à 15 h 45.

L’inhumation se fera au cimetière Saint-Charles.

 

E. PETITCOLAS

 

 

http://www.sdap-finistere.culture.gouv.fr/images/monuments/villard/saint-vougay/saint-vougay-3.jpg

Château de Kerjean - Saint-Vougay

 

 

Ce n'est pas parce qu'il était discret qu'il n'était pas talentueux, Emile. Bien au contraire. Il vous suffit de comparer avec la plume de Huzo ou de Gohon pour vous en rendre compte.

 

Un maître.

 

Talentueux. Cultivé. Avec le sens de la formule. Et la force des phrases.  

 

Mais pourquoi nous raconte-t-elle tout cela ?

 

Pourquoi ?

 

Mais c'est tout simple. Quels sont les points communs entre Charles Huzo, Maurice Viollette et... Emile Petitcolas ? J'en connais au moins quatre :

 

- Le journalisme,

- La cause Seznec,

- La Franc-Maçonnerie,

- La Ligue des Droits de l'Homme.

 

Et puis j'oubliais : tous trois connaissaient Me Kahn, l'avocat de Guillaume.

 

Et une dernière petite pour la route qui éclaire, elle, largement la piste de Lormaye : la cause de l'école laïque !

 

Je ne hurle pas au complot, car cela m'indispose. Je souligne simplement qu'ils avaient de multiples possibilités de se rencontrer. Et que le meneur était - de loin - Emile Petitcolas.

Et le discret point de chute lormaisien : Charles Doucet.

 

Lire attentivement :

Affaire Seznec : la piste de Lormaye et les réseaux sociaux

 

 

 

J'ai toujours aimé les hommes de l'ombre. Et là, on peut juste dire que je suis gâtée....

 

 

Liliane Langellier

 

 

http://pmcdn.priceminister.com/photo/883801240.jpg

 

 

P.S. Pour en apprendre plus sur le personnage, ne manquez surtout pas de cliquer sur :

Affaire Seznec : un beauf peut en cacher un autre...

 

Rappel : Emile Petitcolas meurt mi-janvier 1928.

Hommage lui est rendu dans "Le Temps" du 19 janvier 1928. Page 4, colonne 5, rubrique nécrologies.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
<br /> Bonjour,<br /> <br /> <br /> Je viens "en voisine" me promener sur ton site. Petite curiosité... D'où te vient cet intérêt pour l'affaire Seznec ? (pardon pour ma familiarité, mais sur la toile, je ne suis<br /> qu'en "tu").<br /> <br /> <br /> Belle journée<br /> <br /> <br /> Michèle <br /> <br /> <br />  <br />
Répondre
L
<br /> <br /> Bonjour Michèle... Si tu veux en savoir plus, il te suffit de lire dans le haut du blog, sous la rubrique "Pages" : l'avant-propos....<br /> <br /> <br /> Bon dimanche...<br /> <br /> <br /> <br />