Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Pierre Quémeneur a-t-il été assassiné par Guillaume Seznec à Lormaye ?

Affaire Seznec : La thèse du crime passionnel

 

 

 

 

 

Sur "le crime passionnel",

 

écoutez l'émission de France Culture

 

 

 

 

 

GUILLAUME-ET-MARIE-JEANNE-LE-MARIAGE.jpgLe mariage de Guillaume et Marie-Jeanne

le 18 juillet 1906

(Archives Me Denis Langlois)

 

 

Oui. J'arrête mon blog. Non. Je ne pouvais pas laisser passer "ça". Oui. Je connaissais cette thèse. Non. Je ne l'avais pas abordée. Et puis hier soir, "louisfrançois" sur le forum Justice Affaires Criminelles m'a scotchée par son dernier post :

 

"Il y a plusieurs mois, j'ai tenté d'en savoir plus auprès de maitre Langlois. Voici sa réponse :

Il ne m'est pas possible actuellement d'en dire plus sur le "secret de la famille Seznec". Un jour peut-être... Mais je préférerais que cela vienne de Denis Seznec ou d'un autre membre de sa famille. Il n'est jamais trop tard pour s'approcher de la vérité.

Cela rejoint une hypothèse déjà émise : Quemeneur aurait eu une liaison avec la femme de Seznec. Les deux hommes se seraient disputés et Quemeneur serait mort par accident (coups volontaires ayant entrainé la mort sans l'intention de la donner). A l'époque, seuls Seznec et sa femme auraient été au courant. Et ils ont tenté le coup de l'innocence. Hypothèse bien sûr. Il est fort possible aussi que ce secret ait été transmis par la suite à leur fille. Denis Seznec n'aurait appris ce secret peu avant le décès de sa mère alors qu'il luttait déjà pour la réhabilitation.Impossible par la suite de raconter publiquement que son grand-père avait tué accidentellement Quemeneur. Dans l'esprit de la famille, Guillaume n'était ni un meurtrier, ni un assassin."

 

 

Oui. J'ai mal dormi. Mais ce matin quelques éléments se sont lentement mis en place.

 

D'abord, la création de son blog par Me Denis Langlois. J'aurais du mal à la dater, mais je dirais volontiers fin de l'été dernier. Puis, la démission de Denis Seznec de France-Justice. Et son étonnant silence. Sur son grand père.

 

Alors, reprenons d'abord Maître Langlois, en pages 410/411 :

 

"Le silence encore pendant plusieurs années, puis en juin 1967 ce fut l'apothéose. Faute de trouver un producteur suffisamment courageux, André Cayatte n'avait jamais pu réaliser son film. Mais la télévision te consacra une émission de "Cinq colonnes à la une". C'est Frédéric Pottecher, le célèbre chroniqueur judiciaire, qui vint enquêter en Bretagne. Il rechercha les témoins encore vivants. Quarante-quatre ans après, ils commençaient à se faire rare et un peu chevrotants. Le fils Jacob de Plouaret, qui avait pris de l'âge, souleva sa casquette et redit qu'il t'avait vu arriver de la gare de Plouaret, un gros paquet sur l'épaule, sans doute la fameuse machine à écrire. Il y eut aussi l'un des anciens assesseurs de la cour d'assises de Quimper, M. Donnart, qui apporta son commentaire :

- Seznec était coupable, il n'y a pas eu d'erreur judiciaire. La justice a été bien rendue.

Puis, en confidence, il glissa dans l'oreille de Pottecher :

- Il aurait sûrement été condamné à mort, mais au moment où le jury délibérait, quelqu'un a dit : "C'est un crime passionnel. Quemeneur était l'amant de la femme de Seznec." C'est ce qui lui a sauvé la tête.

"Bref, concluait Frédéric Pottecher, quarante ans après le verdict, on ne sait pas grand-chose de sûr. Il existe encore des doutes profonds, des incertitudes graves."

 

Et puis, je me suis ruée sur l'ouvrage de Bernez Rouz (page 149) pour découvrir que la thèse du crime passionnel était quand même l'hypothèse 1 (vous me direz, faut bien commencer par quelque chose, et vous n'aurez pas tort...)

Alors, allons-y :

 

1. Seznec serait le meurtrier

 

http://www.bretagnenet.com/strobinet/seznec/proces.jpg

 

Si on suit la thèse retenue par les jurés de la cour d'assises du Finistère, Seznec a tué sans avoir l'intention de le faire. Il s'agit donc d'un homicide volontaire mais sans préméditation.

Revenons sur les faits qui permettent d'accréditer ce cas de figure, celui qui actuellement fait autorité parce qu'il a la force de l'affaire jugée.

A Houdan, le 25 mai 1923, Quéméneur reproche à Seznec d'avoir fait le voyage avec une voiture à bout de souffle. Seznec confie aux enquêteurs que pendant le dernier repas pris ensemble à l'auberge Le Plat d'Etain, les relations étaient devenues très tendues entre les deux hommes : "Quéméneur était très mécontent de moi. Il me causait très peu, il me reprochait d'avoir entrepris ce trajet avec ma voiture qui n'était pas en état de le faire". L'aubergiste confirme : "L'un d'eux, le plus petit, mangeait de bon appétit, l'autre, Seznec mangeait très peu et paraissait inquiet".

A la gare de Houdan, les témoins sont catégoriques : "on les entendait discuter très fort et le bruit du moteur n'arrivait pas à couvrir leur voix".

Après 17 heures de route, marquée par de multiples pannes, les deux hommes sont épuisés. Seznec sommeille même un moment dans la voiture. De plus, il y a nécessité d'honorer un rendez-vous à ne pas manquer le lendemain à Paris. Vu l'état de fatigue et de tension entre les deux hommes, n'y aurait-il pas eu rixe, et un coup fatal aurait été donné à Quéméneur ?

Le jury a été sensible, semble-t-il, à des ragots morlaisiens qui auraient été colportés par l'un de ses membres : Quéméneur aurait été l'amant de Marie-Jeanne Seznec. Seznec suspectait peut-être une liaison entre son ami et sa femme, la conversation se serait envenimée à ce propos et la dispute aurait conduit au meurtre ?

L'hypothèse du crime passionnel n'est pas à rejeter a priori. Mais existe-t-il des éléments qui peuvent l'étayer ?

Marie-Jeanne Seznec avait 37 ans lors des faits. Elle avait une réputation de femme coquette. "Elle était toujours simplement mise mais avec élégance : un corsage de velours noir avec des pattes d'épaules en satin, douces au toucher, une longue jupe de tissu mat, un tablier en crêpe-georgette noir et des souliers de daim avec de hauts talons. Maman était svelte, mince et bien faite, comme une grande dame". (in Seznec Jane, Notre bagne, p.65)

Bien entendu, on raconta que la présence régulière de Pierre Quéméneur à Traon-ar-Velin n'avait rien à voir avec des relations d'affaires entre les deux hommes, il n'y en avait d'ailleurs pas avant le marché des Cadillac. Le voisinage de la scierie a vite assimilé la présence assidue du conseiller général quadragénaire, célibataire, riche, affable, à une cour appuyée à Marie-Jeanne Seznec. Un certain Donnart, ancien assesseur de la cour d'assises de Quimper, affirma au chroniqueur judiciaire Frédéric Pottecher : "Il aurait sûrement été condamné à mort, mais au moment où le jury délibérait, quelqu'un a dit : "C'est un crime passionnel. Quéméneur était l'amant de la femme de Seznec", c'est ce qui lui a sauvé la tête".

Dans le dossier, seuls deux passages peuvent laisser soupçonner une quelconque "amitié particulière" entre les deux. Le 24 mai, Quéméneur, de Rennes, téléphone à Marie-Jeanne pour savoir si Guillaume avait bien pris la route au volant de la Cadillac. Dans sa déposition du 6 juillet, le jour de la perquisition à Traon-ar-Velin, le jour où la machine à écrire a été trouvée, Marie-Jeanne Marc épouse Seznec tient des propos qui pourraient être qualifiés d'ambigus. Parlant de ce que lui a dit Quéméneur elle déclare : "Il m'a fait allusion à la propriété de Plourivo en me disant : "Quand vous serez là-bas, vous serez bien plus libre, vous êtes sûre d'y aller puisque tout est arrangé." De quelle liberté s'agit-il ? Mystère.

Pierre Quéméneur venait régulièrement chez les Seznec depuis 1922, il couchait parfois dans la demeure de Traon-ar-Velin. Seznec dormait également fréquemment à Kerabri à Landerneau (ndlr j'avais cru comprendre le contraire), Jenny Quéméner indiqua au juge Campion avoir vu un mouchoir de son frère chez les Seznec : "Le 4 juin, j'avais  remarqué un mouchoir de poche appartenant à mon frère déposé sur le piano. Je ne peux vous dire si ce mouchoir de poche qui était en tissu blanc était un de ceux que mon frère avait emporté pour le voyage..." Il s'agit sans doute d'un mouchoir que Marie-Jeanne avait lavé et repassé. Il faut savoir que Seznec était très souvent absent et que Quéméneur arrivait à l'improviste lors de ses nombreux déplacements à travers le département pour ses affaires de bois. Il n'en fallait pas plus pour alimenter les commérages dans le voisinage de Traon ar Vilin.

Dans la procédure concernant le meurtre de François Le Her par sa femme, Jeanne Seznec, un curieux document a été présenté, suite à une audition de Juliette Le Her, fille aînée du témoin de survie. C'est une copie d'une lettre de François Le Her à sa fille : "J'ai reçu la visite d'un homme... Il m'a fait savoir qu'étant dans un grand café du Havre, il ramassa une lettre que, il le sut plus tard, Mme Seznec chiffonna et jeta. C'est son mari qui la lui donnât [sic] en disant en breton : "Tu ne verras plus Quéméneur ni personne". Tu comprendras en lisant que Mme Seznec était la maîtresse, que c'est elle qui donnât le coup de téléphone du Plat d'étain et devait partir en Amérique. Le vieux aurait donc monté un guet-apens et fait le faux pour en tirer un bénéfice. J'ai montré la lettre que ce monsieur m'avait remise, à Seznec. Il en devint tout blême".

Faute d'aveux de l'intéréssé, la colère meurtrière du maître de scierie ne peut rester que du domaine de l'hypothèse. Mais il est évident que la rumeur morlaisienne a joué un rôle important dans le délibéré des assises. Seznec a sauvé sa tête grâce à cette rumeur malsaine. Le crime de Seznec serait donc de nature impulsive et n'aurait rien avoir avec une affaire d'argent. Ceci explique les circonstances atténuantes accordées par le jury.

Le juge Campion n'a jamais creusé cette piste. L'inexistence d'une enquête de proximité ne permet pas non plus de l'étayer. Il s'est contenté d'une enquête sur Pierre Quéméneur qui présente le conseiller général comme un modèle de vertu. Nous verrons plus loin qu'il y avait pourtant matière à s'interroger."

 

 

Un peu psychorigide parfois, l'ami Rouz, hein ? Il me fait gentiment penser à l'image du Quaker sur les boîtes de flocons d'avoine...

 

http://www.pepsico.be/_ajax/call/asset/get_asset/422/320/320

 


 

Revenons à nos moutons.... Et à la thèse du crime passionnel...

 

Ce qui me fait pencher pour elle, c'est :


- que Denis Seznec ne supporte pas que l'on fasse des enquêtes du côté de Morlaix. Ou du Finistère. Il me l'a dit lui-même, à Chaudon, lors d'une séance de travail. C'était d'ailleurs l'un de ses grands reproches à Me Langlois,


- que la famille Seznec n'a jamais cessé d'inventer ou de suivre des pistes de diversion éloignant l'action de Morlaix, y compris celle de Lormaye. On va même jusqu'au Canada, ces derniers temps,


- que j'ai en ma  possession copie de la lettre d'une certaine "Catherine" de Morlaix jurant à la secrétaire de France-Justice le 11 novembre 2000 : "Je te rassure également : je n'ai aucunement l'intention de "créer une Association anti Seznec" ! avec Michel Kériel et Monsieur Le Saoût... je n'ai pas davantage l'intention d'écrire un livre supplémentaire sur l'affaire... même si, d'après toi, je connais suffisamment de choses explosives et croustillantes sur l'affaire."

 

- que je n'avais toujours pas compris la colère de Denis Seznec, pendant notre court dîner avant sa conférence à Lormaye, le vendredi 26 septembre 2003, à la Brasserie de l'Etoile de Nogent-le-Roi (les patrons non plus d'ailleurs). Quand je lui ai innocemment dit que j'avais reçu une lettre d'un certain Godoc. Il s'est levé, furieux, et s'est écrié : "Il veut salir ma famille..."

Godoc m'avait juste demandé de lui envoyer par poste copies des articles à paraître dans la presse locale après la venue de Denis.


- qu'un détail m'a toujours intriguée chez Maurice Privat, en page 100 :

Guillaume rentre chez lui, le lundi 28 mai, vers trois heures du matin...

"Une des raisons qui imposèrent à Marie-Jeanne Seznec la conviction que son mari n'avait pu tremper dans un drame c'est qu'en se couchant auprès d'elle son Guillaume l'accola. Ne vous hâtez pas de sourire (...) Pour Mme Seznec son mari, s'il eût été criminel, n'aurait pas osé la souiller, tant il la vénérait."

Et ça, Momo Privat, il ne peut pas nous l'avoir inventé. On lui a bel et bien raconté.

Cette "délicate" précision est reprise par Marcel Jullian en page 49.

 

- que Marie-Jeanne Seznec n'était dépourvue ni de personnalité, ni de caractère, ni de tempérament.

Les dollars (?) sont les siens. Elle ne s'en cache pas. "Il (Guillaume) expliquera au juge Campion, le 24 juillet que Marie-Jeanne, propriétaire des dollars..."

C'est aussi elle qui parle la première de l'acquisition de Traou-Nez. Le dimanche 3 juin :"Invitée à une cérémonie chez un boulanger de Plouvénez-Porzay, elle annonce l'acquisition de Traou-Nez à plusieurs personnes de l'assistance." in Denis Seznec, page 106.

C'est encore elle qui déclare à Jenny Quéméner venue prendre des nouvelles de son frère le lundi 4 juin : "Si nous achetons Traou-Nez, vous viendrez nous voir ?" (ndlr un coup ils l'ont, un coup ils l'ont pas)

C'est toujours elle qui, la première, commente dès le 26 juin à la presse la disparition de Pierre Quéméneur : "Nous ne savons pas, dit-elle, quelle somme il possédait sur lui. S'il a été tué, c'est par quelqu'un qui devait le connaître encore mieux que nous. Nous sommes profondément affectés de tout ce malheur. Si mon mari avait fait route sur Paris avec M. Quéméneur il aurait certainement partagé son sort." Publié dans l'Ouest-Eclair du 27 juin.

On va dire qu'elle a rapidement pris les affaires en mains.


- que la mère de Guillaume, Marie-Anne Colin/Seznec, n'a jamais fait rapatrier le corps de Marie-Jeanne pour l'enterrer à Plomodiern. Alors qu'elle ne manquait pas de pognon. Mais qu'elle vouait une véritable haine à sa belle-fille. Cela peut arriver. Je sais. Mais, là, c'était une haine viscérale. Souvent, dans ses lettres, Guillaume demande à Marie-Jeanne si sa mère n'est pas trop dure avec elle. Ainsi, dans le livre de Denis Seznec "Le bagne", en page 46 :

"Marie-Jeanne. Pourvu que sa mère soit gentille avec elle. C'est qu'elle est dure, la mère. Marie-Jeanne !"

 

- et puis, et enfin, cette perpétuelle obsession de Guillaume et de Marie-Jeanne pour nous présenter Pierre Quémeneur comme "le DSK de Landerneau".

A Rennes, le 24 mai au soir, voilà que le pieux Guillaume, à la veille d'un si important voyage, se laisse (?) entraîner dans un lieu de luxure "La Source". Scène décrite comme personne par Maurice Privat en pages 90/91 :

"C'est un ancien café-concert. Avant le décret Clemenceau, qui interdit aux artistes de faire la quête en public et d'inciter à boire, les gommeuses et les réalistes, qui n'avaient pas le droit de refuser l'amoureux de passage, déambulaient dans la salle, aguichant le chaland. Il y avait même, pour ces dames, des chaises spéciales au siège largement échancré, afin de permettre aux amateurs de tâter leurs agréments. C'est aujourd'hui un dancing à attractions (ndlr : ?) : salle de café, chaises et tables, une estrade au fond."

Un mix light et cheap entre le "One-Two-Two" et "Les Chandelles", quoi ?

A Houdan, questionné sur leur emploi du temps du 25 mai au soir, Guillaume ne fait pas dans la dentelle (cf en page 97 de Bernez Rouz) :

"La première (ndlr "question du commissaire Vidal") concerne l'emploi du temps de Quéméneur entre l'heure de fermeture du café à 23 heures et l'heure du train suivant, 3h49. Seznec répond : "Il a peut-être rencontré une gonzesse (sic) avec qui il a pu aller coucher..."

A Morlaix ensuite, avec cette foutue fable de Madame Petit (ndlr fable à laquelle je n'ai jamais cru un seul instant) qui vient trouver Marie-Jeanne, chez elle, le jour même de la fin du procès pour lui raconter avoir eu un rendez-vous galant avec Quémeneur dans un café le 26 mai...

Une dans la nuit. Et une dans l'aprèsm'. Une belle santé, l'ami Pierrot !

Et à Plourivo pour finir... C'est la base même de la trop célèbre piste de Traou-Nez... Qui a bien agité les cellules grises défaillantes du Juge Hervé et de Maurice Privat. Entre autres... 

Piste où "les choses se seraient passées ainsi : Pierre Quémeneur de retour de Paris va annoncer à son frère, gérant de Traou-Nez, le 27 mai au soir, la vente du domaine. Il trouve dans la chambre de celui-ci sa maîtresse et tente de l'abuser. Son frère survient, une dispute éclate, Louis tire sur son frère et le blesse." In Bernez Rouz en page 174.

  Je vous le dis et je vous le répète : Pierrot, c'était "le DSK de Landerneau" !!!

 

Et puis... Et puis... Il y a le foutu "secret de la famille Seznec". Evoqué par Me Denis Langlois sur son blog. Evoqué mais non trahi.

 

"En s’adressant à lui (ndlr à Jean Favard), Me Langlois pensait que la révélation du "secret de la famille Seznec" pouvait aboutir à une nouvelle procédure en révision fondée non pas sur l’innocence complète de Seznec comme cela avait jusqu’ici été le cas, mais sur le doute en ce qui concerne le meurtre de Quémeneur (la participation de Seznec aux faux en écriture n’étant guère contestable)."

 

 

Alors, oui, il serait temps maintenant... Temps de dire... On n'est pas là pour juger. On peut tout comprendre. Même les mensonges pour sauver l'honneur de sa famille. Mais on attend depuis trop longtemps la vérité.

 

Liliane Langellier

 

P.S. Les blogueurs de "L'affaire Seznec revisitée" l'écrivent aussi dans leur dernier article :


"La famille et la défense de Guillaume Seznec se sont montrées intransigeantes sur l’innocence du condamné. L’avenir prouvera sans doute qu’il s’agissait d’une voie sans issue. Envisager une responsabilité partagée, comme le préconisait Denis Langlois, aurait permis d’élargir le débat, l’entêtement dans la voie « ni assassin, ni faussaire » a conduit à la situation actuelle, c’est-à-dire au fond de l’impasse."

 

 

 

Samedi 10 mai 2014

 

Je viens juste de recevoir le livre du juge Jean Favard, publié en février 2011 :

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41c%2B1JmnJ6L.jpg

 

 

Je vous fais rapidement part de mes premières remarques :

 

- en page 62 : "Il me fallut attendre quarante années avant de prendre connaissance des 294 pages de la très éclairante enquête du 1er juin 1956 du Commissionnaire divisionnaire René Camard, chef de la 1ère section de la Direction des services de police judiciaire. Selon ce rapport, rien de tangible ne restait des allégations de Bal."

 

- en page 85 : "Quant à André de Jaegher, c'est le 4 juin que Seznec lui avait confié avoir acquis Traou-Nez pour 100.00 francs, dont 65.000 francs versés à Quéméneur par la remise de ses dollars, le solde devant être versé "le 29 septembre à la prise de possession". Ce n'était cependant que le 27 juin qu'il lui avait montré son exemplaire de la promesse de vente."

 

- en page 92 : "Je n'étais, il est vrai, pas au bout de mes surprises. Car voici que Denis Langlois, après avoir obtenu une copie de la décision de la Commission, souhaitait me rencontrer. Où aurais-je pu trouver meilleur connaisseur de l'affaire ? Je n'en étais plus saisi, mais pouvais-je m'en désintéresser ? Son appréciation de la dialectique de la décision méritait d'être écoutée.

Ainsi, le 17 juillet, m'apprenait-il qu'à son sens la décision de rejet était "tout à fait logique". Après quoi, il me révélait que son livre, le maximum qu'il ait pu faire dans le sens de l'innocence possible, avait "souverainement déplu" à Denis Seznec. Ce qui avait entraîné son éviction, au profit de Jean-Denis Bredin,  bien qu'il ait été pendant 14 ans l'avocat bénévole de la famille Seznec.

J'eus droit, en supplément, à une version inédite de la mort de Quéméneur. Au lieu de se rendre à Paris, celui-ci serait rentré en Bretagne pour rejoindre Marie-Jeanne Seznec dont il aurait été l'amant ! Du coup, c'était à Morlaix que Quéméneur aurait été tué, lors du retour de Seznec. Ce qui expliquait qu'une partie de la famille se soit montrée très réservée sur l'opportunité des diverses demandes de révision.

Quant au petit-fils, Denis Langlois estimait que c'était moins la vérité qui l'intéressait que ses rapports avec les médias. Avec l'idée qu'à force de répéter tous azimuts ce que l'on souhaitait faire reconnaître, cela finisse par devenir une vérité admise."

 

Me Langlois s'exprime à ce sujet sur son blog :

"Le 17 juillet 1996, Me Langlois eut un entretien avec Jean Favard, le conseiller-rapporteur de la Commission. Cet entretien est relaté quinze ans plus tard par Jean Favard dans son livre "Quelques affaires retentissantes. Les révisions en question". Cependant, le récit comporte plusieurs erreurs, notamment en ce qui concerne la version personnelle que Denis Langlois a donnée de la mort de Quémeneur."

 

(...) "En s’adressant à lui, Me Langlois pensait que la révélation du "secret de la famille Seznec" pouvait aboutir à une nouvelle procédure en révision fondée non pas sur l’innocence complète de Seznec comme cela avait jusqu’ici été le cas, mais sur le doute en ce qui concerne le meurtre de Quémeneur (la participation de Seznec aux faux en écriture n’étant guère contestable)"

 

 

Et puis, cerise sur le gâteau, en page 105...

"Mais voici revenue l'omnisciente Catherine Clausse, dont nous avions déjà pu apprécier les élucubrations relatives à la Royal, pour proclamer impossible d'aller de Montparnasse à Saint-Lazare de 7 h 15 à 8  heures.

On aimerait savoir comment cet "expert en contre-enquêtes historiques" en est arrivé à cette conclusion péremptoire. 

(...) Plus gravement encore Catherine Clausse jugeait tout aussi impossible que Seznec, après avoir expédié un télégramme à 16 h 35, ait pu prendre le train à 16 h 54 après être passé au magasin Chenouard pour y prendre la Royal."

 

Quand je vous parlais de l'humilité nécessaire pour aborder l'affaire Seznec... Quand je vous parlais...

 

MOIMOIMOI.jpg

 


 

HYPO-TAISONS AVANT FERMETURE...HYPO-TAISONS...


 

Le vendredi 25 mai entre 22 heures et minuit, Seznec rapproche le plus possible Quémeneur de Paris (Gare de Versailles ? Porte de Saint-Cloud ? Porte de Versailles ?) Ce qui expliquerait sa consommation d'essence restée jusqu'à aujourd'hui sans réponse.

Le samedi 26 mai, Quémeneur se présente bien par deux fois à la poste du boulevard Malesherbes pour récupérer la foutue lettre (10 h et 14 h). Bégué n'a donc pas eu la berlue.

Furieux de ne pas l'avoir récupérée, il décide de rentrer sur la Bretagne.

Montparnasse. Paris-Brest. 21 heures.

Que fait un homme amoureux ?

Il file voir sa maîtresse (ou la retrouve quelque part).

Deux hypothèses :

- En rentrant, Seznec les surprend. Les deux hommes s'invectivent et se battent.

Soit Quémeneur prend un très mauvais coup.

Soit il tombe et se blesse mortellement.

- En rentrant non le lundi 28 au matin mais le dimanche 27 dans l'après-midi (car tel que présentés les horaires du retour ne sont pas plausibles), Seznec découvre Quéméneur mort (crise cardiaque ? épectase ?)

En tout cas, voilà notre couple avec un cadavre sur les bras.

Guillaume et Marie-Jeanne se mettent d'accord pour dissimuler la vérité...

Toute la vérité...


Et pour toujours... Enfin presque...

 

 


 

 

 

BELLE MER BON VENT

 

 

« Quand la vérité n'est pas libre, la liberté n'est pas vraie. »

 

Jacques Prévert

 


 

 

 


Entre deux résultats politiques nauséabonds,

 

voilà que "L'affaire Seznec

 

revisitée" nous parle de la cassette des dollars-or.

 

Saine conversation...

 



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U
<br /> il existe bien un secret dans l affaire SEZNEC , mais contrairement à ce qu il est subodoré , guillaume Seznec  n est pas coupable ! un jour peut etre la vérité sera dévoilé .<br /> <br /> <br /> si j en ai envie et en trouve l utilitée<br />
Répondre
L
<br /> <br /> Si, par la même occasion, vous vous trouviez un "Bescherelle", ça nous ferait des vacances...<br /> <br /> <br /> Et la prochaine fois, n'hésitez surtout  pas à revenir sous le pseudo "Les enfants de Marie", ça vous changera un peu de registre !<br /> <br /> <br /> <br />
S
<br /> retour au port...<br /> <br /> <br /> après quelques ronds dans l'eau afin de soigner une forte contrariété, me voici de nouveau à quai, requinqué et les neurones bien ventilés - il est écrit que le gari, espèce non formellement<br /> identifiée, n'aura pas le dernier mot -<br /> <br /> <br /> pour revenir au sujet, je reste très sceptique sur les liens évoqués entre Pierre Quéméner et Marie-Jeanne - et encore plus sceptique sur le scenario "meurtre (accidentel) passionnel" - cela<br /> complique beaucoup la compréhension globale de l'affaire - je ne vois pas bien Guillaume Seznec se déplacer ostensiblement avec la valise d'un ami "disparu" sans laisser de traces sinon... sa<br /> valise..- en matière de discrétion, il y a mieux à faire<br /> <br /> <br /> cette hypothèse peut nourrir nombre de discussions, mais je crains qu'il soit vraiment difficile d'avancer sur le sujet<br />
Répondre
L
<br /> <br /> "La compréhension globale de l'affaire" : chacun a la sienne. Et peu convergent. <br /> <br /> <br /> "Je reste encore plus sceptique sur le scénario "meurtre (accidentel) passionnel" sans doute et, c'est votre droit, mais vous ne pouvez pas nier "le secret de la famille Seznec"<br /> évoqué par Me Denis Langlois.<br /> <br /> <br /> Votre pseudo a troublé certains de mes lecteurs que je rassure ici : non "seznek" n'est pas le charmant petit-fils. Voilà.<br /> <br /> <br /> <br />