Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Pierre Quémeneur a-t-il été assassiné par Guillaume Seznec à Lormaye ?

La piste de Lormaye, la fake news de l'affaire Seznec

L’idée de fausse nouvelle est vieille comme le monde.
Jocelyn Benoist, philosophe.

C'est revenu hier lors d'un apéro vespéral de printemps.

Mes interlocuteurs y croyaient dur comme fer.

C'est à Lormaye que ça s'est passé et nulle part ailleurs.

Leur grand-mère, leur grand-père, leur avaient dit.

Oui, mais non.

Mais non.

C'est juste une fake news, un genre d'hallucination collective.

Je ne vais quand même pas me fendre d'un livre pour dénoncer cette fausse piste ?

Pourtant je suis la seule chercheuse sur l'affaire Seznec à avoir dénoncé à sa propre piste.

Les autres se sont contentés de s'entêter sur leur mauvaise piste ou de passer d'une hypothèse de piste à une autre, sans jamais dénoncer la première.

Alors je le dis haut et clair :

Pierre Quémeneur n'a JAMAIS été ni assassiné ni enterré à Lormaye.

Analyse d'une fake news :

 

1/ Pourquoi l'été 1928

Après sa condamnation le 4 novembre 1924,

Guillaume Seznec a été déporté au bagne de Cayenne le 7 avril 1927.

Sa femme Marie-Jeanne s'agite et tire toutes les sonnettes.

Elle cherche désespérément un fait nouveau qui pourrait remettre en cause le jugement de la cour d'Assises de Quimper.

Elle a d'abord pensé "Guyoton".

"En 1925, Jean Guyoton écrit du Maroc où il est légionnaire. Il s'adresse au parquet de Quimper et à Marie-Jeanne Seznec qui donne foi à ces informations et introduit une première demande en révision. Renseignements pris, ce légionnaire, Guyoton fut interné à l'asile Saint-Athanase de Quimper du 19 octobre 1923 au 14 mai 1924. A cette époque deux pensionnaires de l'établissement se nommaient Quéméneur, mais ils n'avaient rien de commun avec le conseiller général. Mme Seznec prétendit alors qu'il était interné sous le nom de Camille Lepage, ce qui lui valut un démenti du directeur de l'asile : "M. Quéméneur ne fut jamais admis dans l'établissement que je dirige ni sous le nom de Lepage, ni sous son propre nom. C'est bien net""

in Bernez Rouz.

Un joli coup d'épée dans l'eau.

Elle va, suite à une correspondance de Guillaume Seznec, penser Boudjema Gherdi.

Elle va ensuite penser Lamarque et Petit.

A lire sur les demandes de révision de l'affaire Seznec.

Et, après la mort de son cher beau-frère journaliste, Emile Petitcolas (en janvier 1928), elle va enfin penser Quemin.

Via le journaliste Charles Huzo.

 

2/ Pourquoi Lormaye ?

 

Annuaire Lormaye 1923. 492 habitants.

Avec Charles Doucet, Quemin et Georges Viet.

 

Lormaye est géographiquement à une vingtaine de kilomètres de Houdan (21,9 très exactement).

 

 

Or, en cette fin de mois de juin 1923, le commissaire Vidal reste persuadé que Seznec est coupable et que le crime s'est déroulé aux alentours de Houdan.

Car, le restaurant du Plat d'Etain, à Houdan, serait le dernier lieu où auraient été vus ensemble Quémeneur et Seznec.

 

 

Il y a de nombreuses battues autour de Houdan.

Battues auxquelles participent de nombreux villageois.

Ce qui commence à créer la légende.

 

Vidal et les recherches autour de Houdan

Puis la légende s'enclenche.

Via les familles de ceux qui, nombreux, ont participé à ces recherches.

A sonder les marais et fouiller les taillis.

Chercheurs qui transmettent oralement cette version à leur descendance.

Je vais recueillir de nombreux témoignages variés, très variés, de toute cette région houdanaise.

 

3/ Pourquoi les Quemin ?

Facile !

Cette famille de maquignons (marchands de vaches) est la famille la plus riche de Lormaye.

Ce sont des gens de droite.

Jean-Louis Quemin, le fils, a appartenu aux Croix de Feu.

Il a été souvent vu répéter pour les futures manifestations parisiennes (cf février 1934) avec le fleuriste Bodin dans les champs de Lormaye.

La fortune, rapide, du père Jean Quemin dit "Jean la sacoche", maquignon, est, elle, sujette à caution.

Il a acquis ses différentes bêtes pas toujours de façon honnête.

En frustrant ainsi de nombreux petits paysans et en créant des haines.

De plus, il n'est pas né à Lormaye, ni même en Eure-et-Loir, mais à Houppeville en Seine-Maritime.

 

En 1928, les Quemin ont trois lieux d'habitation à Lormaye.

1. La première ferme de Jean Quemin, à Chandres, ferme qu'il a légué à son fils Jean-Louis.

 

Jean-Louis Quemin à la ferme Thirouin (actuel propriétaire)

 

2. La seconde ferme de Lormaye, au 20 rue de Verdun.

Qui deviendra la ferme Haincourt,

puis la Librairie des Arts et Métiers Jacques Laget.

 

La ferme du 20 rue de Verdun et le fameux pont de l'Auge

 

Face à la station d'essence Total.

Dites communément "Chez Bourrinet".

 

3. La maison près du pont de Noailles, en face de la ferme de Chandres,

est celle de la soeur de Jean-Louis, Madeleine Quemin.

Le pont de Noailles voisin de la maison de Madeleine Quemin

 

Qui en a hérité de sa grand-mère Percebois.

Première belle-mère de Jean Quemin.

 

La maison de Madeleine Quemin

 

Pour les trois lieux, trois supposées tombes de Pierre Quémeneur ont été indiquées par trois lormaisiennes.

Chez Quemin fils : par Mme Danny Gresteau, dans les auges à cochons,

chez Quemin père : par Mme Madeleine Fémeau, sous le pont de l'Auge ou en-dessous d'une fontaine près de l'Auge,

chez Quemin sœur : par Mme Suzanne Facq, dans le jardin autour de la maison.

Les Quemin ont de nombreuses terres.

J'ai reconstitué tous leurs biens grâce à de la généalogie foncière.

Ils ont notamment des coches, sorte de grands cochons, qui servent d'équarrissage.

De là, à dire que le cadavre de Pierre Quémeneur a été bouffé par les cochons des Quemin, le pas est vite franchi.

Et puis...

Ils sont si riches que, Madeleine Quemin, la dernière héritière, mourra le 26 décembre 1989, à Nogent-le-Roi en léguant son immense fortune à la maison de retraite de Maintenon.

Qui porte son nom.

 

Maison de retraite Madeleine Quemin à Maintenon

 

4/ Comment s'est créée la fake news

Le journal drouais de Maurice Viollette, L'Action Républicaine, lance la piste fin juillet 1928.

Viollette est un grand franc-maçon.

Membre de la LDH (Ligue des Droits de l'Homme).

C'est l'été et les sujets manquent pour la presse écrite.

Me Kahn, également franc-maçon et membre de la LDH va joindre Viollette.

Qui va mettre l'un de ses journalistes sur le coup.

Le journaliste Raymond Gohon, qui signera quand même 17 articles.

Du samedi 28 juillet 1928 au mercredi 9 janvier 1929.

 

Texte du premier article :

"Me Marcel Kahn, avocat de Guillaume Seznec qui fut condamné, en octobre 1923, aux travaux forcés à perpétuité pour l'assassinat du conseiller général Quemeneur, vient de demander au garde des Sceaux d'ordonner une enquête sur les faits suivants :

A l'époque de la disparition de Quemeneur, une dame Lecourt, qui habite Lormaye, près de Nogent-le-Roi, aurait entendu des cris d'appel au secours venant de la rue. M. Georges Viet, de la même commune, aurait aperçu vers minuit, près du pont d'une petite rivière, qui passe à Coulombs, un homme porteur d'un gros paquet entouré de toile ; plusieurs habitants de la région n'ont pas manqué de faire un rapprochement entre ces faits et la disparition de Quemeneur.

Si ces faits sont confirmés, dit Me Kahn, dans sa requête au garde des Sceaux, ils permettraient d'apporter la lumière dans une affaire obscure, et constitueraient un fait nouveau, susceptible de provoquer la révision du procès. L'enquête vient d'être confiée au parquet de Chartres."

On est là en plein dans la recherche d'un fait nouveau.

Lire : Premier article de L'Action Républicaine.

La presse parisienne va suivre.

Marcel Espiau, tout d'abord, dans L'Ami du Peuple du 2 août 1928 :

"Il y a quelque temps, Me Marcel Kahn reçut la visite d’un ami : « Faites donc un tour en Eure-et-Loir, lui dit-il, on parle beaucoup de l’énigmatique disparition de Quemeneur dans le voisinage de Nogent-le-Roi ».

Et Me Marcel Kahn s’en fut dans cette petite ville percheronne, ramassa quelques bavardages réticents de ces paysans méfiants et rusés, rapprocha certaines dates.

et fit ouvrir ainsi une nouvelle instruction."

Puis, sous la plume d'un journaliste pigiste de L'Ere Nouvelle, Charles Huzo.

Egalement franc-maçon et membre de la LDH.

Lire : L'Ere Nouvelle du 13 août 1928.

La piste est lancée.

A un point tel que des recherches officielles seront effectuées, à la demande du parquet de Chartres, sous le pont de l'Auge, chez Jean Quemin, le 15 septembre 1928.

Lire : Les fouilles du 15 septembre 1928.

On nage en plein délire.

Mais les Quemin ne vont pas en rester là.

Ce sont des gens de gauche qui les ont attaqués : Charles Doucet en tête.

Oui, le voisin de Georges Viet.

"Il descend sous le pont, et trouve de la terre fraîchement remuée…. VIET ne va pas parler aux gendarmes. Il a peur. Mais il ne cesse d’en parler à son voisin le plus proche, Charles DOUCET, une figure locale, grand communiste, président du syndicat agricole et mari de l’institutrice de Lormaye, Clémence DOUCET."

Doucet qui est un fervent communiste anti-clérical.

Un personnage important du village.

Dont la femme est institutrice.

Et qui sera notamment condamné pour avoir injurié Jean-Louis Quemin.

Lire : Le procès Quemin du 4 janvier 1929.

Le témoin Georges Viet a été manipulé par Charles Doucet.

Tandis que l'autre témoin, Pierre Patrice, a été manipulé par Charles Huzo.

………………………...

Où peut mener la jalousie ?

Comment peut se créer une hallucination collective ?

Comment peut se répandre une rumeur, qui court à travers champs comme un poulet sans tête ?

Comment peut-elle perdurer 90 années plus tard ?

Comment être assez efficace pour la dénoncer et rétablir la vérité ?

Comment devenir plus crédible que les grands-parents des uns et des autres ?

Je pose ici question.

Liliane Langellier

P.SL Lire ici la définition du maquignon selon Gérard Boutet

"Métier de négoce, lucratif mais souvent mal considéré. Les sempiternels marchandages du maquignon, selon les paysans, ressemblaient bougrement à des embrouilles de voleur."

Lormaye, Chandres. La première ferme de Jean Quemin. Actuellement ferme Thirouin.

Lormaye, Chandres. La première ferme de Jean Quemin. Actuellement ferme Thirouin.

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