Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Pierre Quémeneur a-t-il été assassiné par Guillaume Seznec à Lormaye ?

La lutte des femmes dans l'affaire Seznec #8Mars

"Le plus souvent dans l’histoire,

« anonyme » était une femme."

Virginia Woolf, écrivain anglais

 

Je le constatai hier encore...

Pas une seule femme dans l'équipe des fouilles de Traon ar Velin !

Pas une seule femme...

Mais un tas de mecs qui se congratulent les uns les autres sans fin !

Sans fin et sans aucun humour !

Un tas de mecs qui sont persuadés d'avoir fait avancer l'affaire en phagocytant les dires de Petit Guillaume...

Un tas de mecs qui n'ont pas même eu la classe de joindre la veuve ou les enfants de Petit Guillaume...

Et pourtant...

Et pourtant si l'affaire Seznec est encore d'actualité aujourd'hui...

Si l'affaire Seznec n'a jamais disparu des écrans radar...

C'est bien grâce à la lutte des femmes.

1. Marie Jeanne Marc Seznec

Dès la fin du procès, tout retombe sur ses frêles épaules...

Il y a la liquidation des biens à assurer.

Il y a aussi les enfants à éparpiller à droite à gauche pour continuer leur éducation sous le nom de Marc.

Il y a aussi son Guillaume à soutenir et à visiter depuis qu'il est en prison...

Mais si vous croyez que Marie Jeanne va pour autant en tomber dans le Prozac, que nenni !

En 1925/1926, Marie Jeanne, avec l'aide de son beau-frère Petitcolas, Marie Jeanne adresse, avec plus ou moins de bonheur, 4 requêtes en révision au ministre de la Justice.

Lire : 

Affaire Seznec : les demandes de révision du procès de Guillaume

La cinquième sera celle où est évoquée la piste de Lormaye, l'été 1928.

Celle que Charles Huzo prend en charge.

Car Emile Petitcolas est mort en janvier 1928.

Sacrée bonne femme !

Elle est montée à Paris se placer comme bonne à tout faire.

"A Me Belz, elle écrit le 7 septembre 1925 : Je suis incurable, déshonorée, ruinée, sans abri, sans le sou. Le liquidateur finit par lui louer une petite maison - presque une masure - à Garlan, près de Morlaix.

(...) Plus tard, se rendant compte qu'il lui est difficile de bien défendre son mari à partir de ce coin isolé de la Bretagne, Marie-Jeanne Seznec "montera" se placer à Paris, où elle gagnera sa vie - elle, la fière Bretonne - comme bonne à tout faire."

In Denis Seznec, page 291.

Lire : Marie Jeanne

De 1925 à 1931, Marie-Jeanne sera bonne dans différentes familles à Paris. Sous son nom de jeune fille Marc.

Elle meurt très seule le 14 mai 1931.

2. Marie Anne Colin Seznec

C'est elle qui prend le relais..

Oui, la mère de Guillaume.

 

Qui adore son unique fils.

Ainsi, en 1931, après la mort de Marie-Jeanne, c'est la mère de Seznec qui reprend la défense de son fils. Les thèses du juge Hervé sont mises en avant. Une requête est déposée par Mes Marcel Kahn et Jean-Charles Legrand. Elle est examinée par le Procureur général de Rennes qui transmet au Ministre un rapport défavorable concernant la thèse de Plourivo et les photos anthropométriques.

Lire sur ce blog :

Affaire Seznec : les demandes de révision du procès de Guillaume 2

Un peu avant la mort de Marie Anne Colin, le 18 septembre 1935, entre en scène :

3. Marie-Françoise Bosser

Institutrice, puis directrice d'école à Riec-sur-Belon, elle est secrétaire et fondatrice de la  la LDH (Ligue des Droits de l'Homme) à Pont Aven.

 

Lire : L'Affaire Seznec et la Ligue des Droits de l'Homme.

Elle remue les membres de la LDH dans toute la France. Elle prend contact avec le juge Hervé, sa lutte est encore aujourd'hui l'une des raisons pour lesquelles les instituteurs de France et de Navarre ont pris parti pour l'innocence de Guillaume.

Et elle se bat fort et bien :

Les soussignés, jurés ayant pris part au verdict qui a déterminé la condamnation de Seznec en 1924, réunis à Brest le 18 février 1934 sur convocation de la Ligue des droits de l'homme du Finistère, après avoir entendu Mme Bosser, institutrice publique, secrétaire de la section de Pont-Aven, M. Damalix, président de la fédération du Finistère, et M. Hervé, ancien juge d'instruction, se déclarent profondément troublés par les révélations qui leur ont été faites.

Affirment l'impérieuse nécessité de tirer au clair le drame qui s'est déroulé dans la propriété de Plourivo en mai 1923, drame demeuré inexpliqué et qui ne saurait être précisé que par une enquête judiciaire où l'accusation et la défense seraient entendues contradictoirement.

Demandent instamment aux autorités compétentes que la Cour de cassation soit enfin saisie par le ministre de la Justice d'une demande en révision pour non-communication du dossier Plourivo.

Se séparent en réclamant la pleine lumière et la justice pour Seznec.

Le ministre de la Justice répond par une fin de non recevoir.

4. Jeanne Seznec

La mère de Guillaume, Marie-Anne Colin, est morte le 18 septembre 1935. C'est alors Jeanne Seznec qui prend immédiatement le relais. Elle a 23 ans.

Même si pour la prochaine demande de révision, il faudra attendre une bonne dizaine d'années et le retour de Guillaume sur le sol de France. 

Oui c'est au retour de Guillaume du bagne, en juillet 1947, que tout s'enchaîne et que Jeanne se déchaîne.

En 1948. Requête déposée par Me Raymond Hubert pour Guillaume Seznec selon les thèses du juge Hervé (Plourivo, témoignages de Bolloch et Boulic, rendez-vous avec Me Bienvenu, témoignage de Mme Moreau-Lalande). Rapport négatif du Procureur Général de Quimper le 4 Mars 1949. Pour la première fois la Commission de révision est cependant saisie, mais rend elle aussi un avis négatif. Rejet officiel de la requête le 7 juillet 1949, notifié à Seznec le 11 juillet 1949.

Lire : Affaire Seznec : les demandes de révision du procès de Guillaume 3

Il y a déjà de la bagarre entre frangins et frangine :

Sur son blog, Me Denis Langlois nous explique : "La requête en révision déposée par Claude Bal a donné lieu à une opposition entre les trois enfants survivants de Guillaume Seznec. Albert et Petit-Guillaume reprochent à leur soeur Jeanne de chercher à se faire de la publicité en discréditant les démarches de Claude Bal."

Et puis il y a l'horreur du dimanche 3 octobre 1948 où Jeanne - en état de légitime de défense - tue son mari François Le Her.

Oui, parce qu'en plus, Jeanne est une femme battue.

Parce qu'en plus, Jeanne est une femme cocufiée.

Elle est heureusement acquittée le 22 juillet 1949.

Ce qui fait dire à Denis Seznec :

"Aux Assises, mon grand père a été condamné pour un crime qu'il n'avait pas commis, ma mère a été acquittée pour un crime qu'elle avait commis !"

Jeanne Seznec luttera pour la cause de Guillaume jusqu'à sa mort le 15 avril 1994.

C'est alors Me Denis Langlois qui est son avocat :

. Le 9 juin 1977, Maître Denis Langlois, Avocat à la Cour, saisissait Monsieur le Ministre de la Justice au nom de Jeanne Seznec, fille de Guillaume Seznec, d'une requête en révision.

Au terme d'une longue procédure, décrite dans le mémoire que nous avons remis le 12 juin 1996 à la Commission de Révision des Condamnations Pénales, au nom de Denis Seznec, fils de Jeanne Seznec décédée, la Commission de Révision rendait, le 28 juin 1996, une décision aux termes de laquelle elle rejetait la requête en révision dont elle était saisie et disait n'y avoir lieu à saisir la Chambre Criminelle de la Cour de Cassation.

5. Marylise Lebranchu

Mais oui...

Au 1er juin 1997, elle est maire et députée de Morlaix.

Elle devient ministre de la Justice en octobre 2000.

C'est grâce à sa lutte, alors qu'elle est Garde des Sceaux, que le procès de Guillaume va être ré-ouvert le 30 mars 2001.

La demande de révision sera rejetée le 14 décembre 2006.

C'est aussi grâce à Marylise Lebranchu que nous nous sommes tous connus, les aficionados de l'affaire Seznec.

Elle nous ouvre son forum de député de Morlaix.

Et ça va castagner sec du 14 décembre 2006 au 15 février 2007.

Et puis...

Et puis tout au bout de la chaîne..

Et bien, tout au bout de la chaîne, il y a moi.

6. Liliane Langellier

Oui, la journaliste qui abreuve abondamment ses blogs (ça, je ne l'ai pas digéré !)

Moi qui me bats pour que l'affaire ne sombre pas dans l'oubli...

Moi qui essaie de garder le cap et de naviguer entre les nombreux mensonges des uns et des autres...

En septembre 1992, alors que je viens juste de quitter Paris pour Chaudon, petit village d'Eure-et-Loir, je fais la connaissance de Denis Seznec.

Et je me charge de prendre la succession de Charles Huzo pour la piste de Lormaye en Eure-et-Loir.

 

Quand je m'aperçois que cette piste est une piste de diversion, je vais à Canossa illico et je concentre alors mes recherches sur l'affaire Seznec le 28 mars 2013.

Aucun des mâles de l'affaire n'a daigné dire et se dire que la piste sur laquelle il travaillait était mauvaise !

Soit il y a 5 ans...

"La piste de Lormaye a vécu de très beaux jours. Six mois avec Charles Huzo en 1928. Plus de vingt ans avec moi depuis le 7 octobre 1992."

Hors mes blogs (326 articles à aujourd'hui !), j'ai organisé trois conférences pour Denis Seznec près de Lormaye (1992, 1996, 2003), j'ai participé à de nombreux forums (sous mon propre nom), écrit de nombreux articles sur l'affaire Seznec et jamais, jamais, je n'ai monnayé une seule de mes piges dans les différents journaux, estimant que je travaillais pour "une cause" !

Je suis connue "pour ça" sur Twitter.

Où ma parole est respectée.

Et où je joue la mouche du coche avec le hashtag #Seznec

Car j'ai compris depuis bien longtemps que tout se joue sur les réseaux sociaux.

Qu'il ne suffit pas seulement de faire, mais qu'il faut encore faire savoir.

Trois jeunes journalistes vont venir m'interviewer pour mieux comprendre l'engouement de cette "vieille" affaire avec les récentes fouilles morlaisiennes.

Sarah Leduc de France 24, Ilan Caro de France TvInfo et Capucine Truong d'Arrêts sur Image.

J'anime donc deux blogs : La Piste de Lormaye et Seznec Investigation.

J'ai totalisé 13.910 visiteurs en une semaine, du 24 février au 4 mars 2018.

Et oui, je me bats dur dans un monde d'hommes aux egos surdimensionnés.

Et...

Et bien cela fait 25 ans que je travaille sur cette affaire Seznec (1992/2017)...

Et bien cela n'est pas fini, car j'espère, de tout coeur, que ma lutte aboutira enfin...

Un jour ou l'autre...

Sur la vérité !

Oui, la vérité vraie, pas une semi-vérité, comme on nous parle de la semi-innocence de Guillaume Seznec.

Liliane Langellier

P.S. Excellent article de Yann Bouchez dans Le Monde daté de ce jour 5 mars 2018.

Affaire Seznec : les os de la discorde

La découverte d'ossements le 24 février, qui se sont révélés être ceux de bovidés, a ravivé les tensions que suscite encore cette énigme criminelle.

Le temps n'a guère été clément,ces derniers jours à Morlaix. Au soleil polaire et aux nuits de gel a succédé la neige, que les habitants de cette ville du Finistère n'avaient plus vue "depuis des années". Mais si les flocons ont vite fondu en cette fin d'hiver, un épais brouillard enveloppe toujours l'ancienne maison des Seznec. Façon de parler : le phénomène, qui dure depuis près d'un siècle, n'a rien de météorologique.

Il a pourtant été question d'une possible éclaircie "historique" à Traon-ar-Velin. C'est à cet endroit de la commune, en contrebas d'une route en courbe, dans une maisonau toit en ardoise située au bord de la rivière Queffleut, qu'ont vécu Guillaume Seznec et sa famille. Le nom de l'ancien maître de scierie reste associé à un interminable combat judiciaire. A un lourd mystère, aussi. En 1924, Seznec a été condamné aux travaux forcés à perpétuité pour le meurtre, un an plus tôt, du conseiller général Pierre Quéméneur, son compère en affaires. Les deux hommes étaient partis en Cadillac en direction de Paris, le 25 mai 1923. Quéméneur a disparu. Pas de cadavre, pas d'aveux, quasiment aucune certitude. Mais le doute n'a pas profité à Seznec ; une enquête à charge et ses propres incohérences lui ont valu le bagne. Gracié au lendemain de la seconde guerre mondiale, il a clamé son innocence jusqu'à sa mort, en 1954.

La découverte d'un os et d'une pipe vient de réenflammer les passions autour de ce feuilleton presque centenaire. Et a ravivé au passage les tensions entre les tenants de l'innocence totale de l'ancien bagnard et ceux qui affirment que Seznec était sûrement un escroc et un menteur, mais que rien ne prouve qu'il était un meurtrier. Les objets, retrouvés samedi 24 février dans le cellier accolé à l'ancienne maison, lors de fouilles organisées par des bénévoles, ont fait le buzz. Appartiendraient-ils à Quéméneur ?

A Traon-ar-Velin, après les premiers avis d'un médecin légiste s'orientant vers un os humain, l'espoir a vite laissé place à une "hystérie collective", selon les mots d'un participant. Les lieux ont été fermés au public par la police judiciaire. Un policier s'est pris en selfie devant les lieux pour immortaliser le moment. Agnès Le Brun, la maire (Les Républicains) de Morlaix, arrivée sur les lieux après la découverte, témoigne d'un enthousiasme "extrêmement contagieux. "C'était une scène de crime spectacle, avec une ambiance bon enfant.Un truc de fou,on a été totalement dépassés", résume Bertrand Vilain,brocanteur à l'origine de l'opération. Difficile d'imaginer que la découverte engendrerait un tel flot de polémiques pendant plusieurs jours.

Agression sexuelle

M. Vilain a d'abord cru voir la lumière dans le camaïeu de zones grises que constitue cette énigme criminelle. Las, l'enquête judiciaire révélera par la suite qu'il s'agissait de deux os - les policiers en avaient trouvé un autre - de bovidés. Pour la pipe, c'est encore flou. Sur les réseaux sociaux, les sarcasmes ont fusé.

Les fouilles se voulaient pourtant très sérieuses. Dans le cellier aux murs rongés par le lierre, une petite quinzaine de passionnés s’activent afin de creuser la terre. Il y a là Laurent Maillot, un menuisier venu de Nantes, et Jérémy Costiou, un jeune libraire de Brest. Participent aussi un garagiste de Sizun, un architecte finistérien, un archéologue professionnel, et Jean Treguer, un retraité passionné de voitures anciennes. C’est lui qui a demandé à Claude Berthouloux de ramener sa tractopelle. « Claude » est un habitué de ce type de tâches, lui qui recherche souvent des objets de la seconde guerre mondiale. Hyacinthe de Keranrouë, un peintre héraldiste, arrivera plus tard. Tous s’intéressent à l’affaire Seznec. Certains se connaissent depuis des années. Ils sont venus à cause des révélations d’un autre bénévole, Denis Langlois, l’ancien avocat de la famille Seznec, de 1976 à 1990.

Dans son livre Pour en finir avec l’affaire Seznec (éd. de la Différence, 2015), M. Langlois a révélé le témoignage inédit de l’un des fils de l’ancien bagnard, « Petit Guillaume », selon lequel Marie-Jeanne, l’épouse de Guillaume Seznec, aurait frappé mortellement Quéméneur en voulant se défendre d’une agression sexuelle. Petit Guillaume aurait par la suite vu son père effectuer des travaux « dans une sorte de cellier ». Le mari aurait donc caché le crime de sa femme. Certes, le témoin est mort depuis des décennies, et Denis Langlois n’a eu accès à sa version des faits que de manière indirecte, grâce à un enregistrement obtenu par l’un des petits-enfants Seznec, Bernard Le Her, en 1978. L’ancien avocat a d’ailleurs attendu plusieurs décennies avant de révéler ce nouveau témoignage, sachant qu’il venait remettre en cause toutes les versions jusqu’ici envisagées.

Rebondissements

Mais la nouvelle piste est troublante. Plusieurs passionnés de l’affaire ont donc jugé nécessaire de la vérifier. Face au refus de la justice d’engager des fouilles, ils ont décidé de les réaliser eux-mêmes, avec l’accord de la propriétaire des lieux. Trouver des restes de l’ancien conseiller général disparu constituerait une avancée sans précédent dans cet ombrageux dossier. 

« Nous avions l’impression de vivre un tel moment historique que le conditionnel était peu employé », reconnaît Denis Langlois, à propos des premiers espoirs suscités par les avis de la médecin légiste, que l’os soit humain. Le retournement de situation vaudra aux bénévoles de se faire traiter de « pieds nickelés » par un paléontologue d’Angoulême. Après la clôture de l’enquête judiciaire pour « recherche des causes de la mort », ils ont tout de même repris et terminé leurs fouilles, samedi 3 mars. Comme une mission qu’il fallait achever afin d’aller au bout de leur hypothèse. Les objets collectés devraient être analysés, discrètement cette fois.

En près d’un siècle, et quatorze demandes de révision à ce jour, l’affaire Seznec a régulièrement offert des rebondissements. Non sans tensions. Le sujet, en Bretagne, reste « épidermique, éruptif »,selon Hervé Chambonnière, journaliste au Télégramme « Comme dans l’affaire du petit Grégory, avec les pro-Laroche et les anti-Laroche, il y a des chapelles, entre les anti-Seznec et les pro-Seznec. 

C’est depuis son appartement parisien, où il a reçu Le Monde samedi 3 mars, que Denis Seznec a suivi les ultimes péripéties. En spectateur pour une fois, lui qui avait tant l’habitude d’être l’acteur majeur de ce dossier. Pendant une semaine, il a oscillé entre consternation et agacement à propos des fouilles. L’affaire Seznec, depuis des décennies, est son combat. Celui de la reconnaissance d’une erreur judiciaire, lui qui dénonce une machination policière. Celui de la réhabilitation de son grand-père, dont il défend la totale innocence. On lui a reproché d’écarter systématiquement les éléments défavorables à son grand-père. Avec l’arrivée d’Internet, les blogs de passionnés se sont multipliés, et le petit-fils n’aimante plus autant l’attention médiatique. Lui déplore que certains cherchent « à s’approprier l’affaire ». « Je trouve ça choquant », confie-t-il.

« Mystère total »

Entre connaisseurs, on évoque « la bataille des deux Denis ». Le petit-fils contre l’ancien avocat. Les deux hommes ne se parlent plus. Seznec ne croit « pas du tout » à la piste de Langlois, qu’il va jusqu’à qualifier d’« invention ». Pourquoi, alors que la mer se trouve à quelques centaines de mètres, enterrer un corps dans le cellier ? « Cela ferait en tout cas de mon grand-père un amoureux incroyable », se moque-t-il. Ses mots sont durs quand il s’agit de qualifier les fouilles récentes : « Ce qu’ils ont fait, c’est dégueulasseparce que les gens qui ne connaissent rien à l’affaire vont se dire : “Les Seznec avaient un squelette chez eux. Pourquoi ils gueulaient, si c’est eux qui l’ont tué ?” » Lui reste persuadé qu’il vaudrait mieux fouiller du côté de la propriété de Plourivo, là où vivaient les Quéméneur. Piste improbable et vouée à l’échec, d’après ses détracteurs.

Des dizaines d’hypothèses jamais concluantes et un mystère toujours aussi épais n’ont pas permis d’apaiser les débats. La nouvelle « piste de Morlaix » a réveillé des inimitiés. « C’est une affaire qui rend fou, un formidable roman policier, avec une complexité et une multiplicité de témoignages incroyables, résume Bernez Rouz, auteur de L’Affaire Quéméneur-Seznec (Editions Apogée, 2006). On a toujours trouvé des gens pour creuser des pistes différentes. Mais, chaque fois que quelqu’un avance ses pions sur l’une des pistes, cela “tue” les autres, alors certains s’énervent. C’est comme une balle de ping-pong que les gens se renvoient en permanence, parce que le mystère reste total, non résolu. »

En s’appuyant sur les révélations du livre de Denis Langlois, un nouveau recours en révision pourrait bien être formulé dans les prochaines semaines par l’un des descendants Seznec, qui préfère resteranonyme. Même si les dernières fouilles se révèlent infructueuses, le témoignage de Petit Guillaume renforce le doute sur la culpabilité de Seznec, estime l’avocat, qui décrit Seznec en « semi-innocent » et vante ce « combat collectif émouvant pour les droits de l’homme ».

Entre les différentes chapelles de l’affaire Seznec, le seul point d’accord consiste peut-être en cette ambition : faire reconnaître un jour ses failles à la justice.

Yann Bouchez

La lutte des femmes dans l'affaire Seznec #8Mars

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Angelilie 30/04/2018 16:26

Beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte. un blog très intéressant. J'aime beaucoup. je reviendrai. N'hésitez pas à visiter mon blog (lien sur pseudo). Au plaisir