Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Pierre Quémeneur a-t-il été assassiné par Guillaume Seznec à Lormaye ?

Morlaix. Au fait, il a fait quoi Seznec de 1918 à 1923 ?

Oui, il a fait quoi exactement Guillaume Seznec de 1918 à 1923 ???

Si je pose la question, c'est que je n'ai pas la réponse.

Mais que j'ai quand même quelques pistes.

L'achat de la scierie de Traon ar Velin, je l'ai découvert dans le dernier livre de Denis Langlois, " Pour en finir avec l'affaire Seznec" en pages 258/259 :

"Dans son récit d'après-bagne, il décrit par le menu une opération qu'il a réalisée au début de l'année 1918 et à laquelle je n'ai pas prêté suffisamment d'attention. Son régiment d'affectation est transféré de Brest à Morlaix. Seznec blanchit le linge d'une partie des soldats français et américains cantonnés à Brest. Ce transfert est pour lui et pour sa femme, qui est la directrice de la blanchisserie, un sale coup. Le capitaine Bousquet lui suggère une solution : trouver à Morlaix un local et y installer une partie de ses machines.

A Morlaix, à l'entrée de la ville, le long de la rivière Le Queffleuth, Seznec repère une scierie fermée depuis le début de la guerre : Traon-ar-Velin. Le problème, c'est que le propriétaire, Jean-François Castel, ne veut pas vendre. Il attend le retour de ses deux fils mobilisés sur le front pour rouvrir sa scierie. Il veut bien louer jusque là, mais avec l'interdiction de toucher à l'agencement des lieux et certainement pas de les transformer en blanchisserie.

Avec la complicité du capitaine, Seznec met au point un stratégème assez sordide. Il raconte :

"Le capitaine s'installe au Grand Café de Morlaix à 3 heures avec le commandant du camp. Je viens et je m'assois avec le propriétaire de la scierie le plus près possible de leur table. Dès qu'il me voit le capitaine me demande si j'ai trouvé quelque chose. Je réponds : "Oui, j'ai trouvé une scierie fermée mais le prix du loyer et les conditions sont inacceptables." Alors, le commandant dit : "Mais si c'est fermé, nous allons la réquisitionner !" Comme le propriétaire ne veut pas entendre parler de réquisition, il change d'avis. Il me dit : "Si vous voulez l'acheter, je veux bien vous la vendre." Le prix me convient. Je l'achète doncà 40 000 francs, soit 10 000 en sous-main et 30 000 déclarés au notaire."

S'emparer ainsi de la scierie d'un père de soldats combattant au front, et en plus ne pas la payer totalement - en 1923, il doit encore à Castel 18 000 francs - ne peut qu'être mal vu par les habitants de Morlaix. Pas étonnant que les voisins de Seznec le détestent et témoignent contre lui."

Joli coco, non ?

Je me demande si Petit-Fils Premier a abordé ces quelques paragraphes précédents quand il est allé farcir les cerveaux des collégiens corses en début de ce mois ? Je me demande....

 

Pour vous mettre à l'aise, je vais vous recopier la liste des créanciers de Guillaume Seznec en 1923. N'omettant pas de vous rappeler que la faillite de Seznec n'a rien à voir avec le procès de Quimper. 

Il y a de quoi réfléchir dans ce qui suit :

Liste des créanciers

Brest : 

Père Marc
Crenn
Métais
Abalain                
Me Le Bail
Castel
Corre

Total : 7

Morlaix :

Bergamasco
Guennec
Souêtre
Coop Ameublement
Menez
Gourlaouen
Ecole St Joseph
Guyomarc'h
Hémonin
Clech
Grall
La Poste et Télégraphe
Guezennec
Me Le Bars 
Bayec
Huitric
Samson, Lucas, Fortuné, Labigou ( Employés)
Castel
Quiviger
Creach
Scouarnec
Masson
Hamon
Tréal
Roux
Quéinnec
Hamon
Guiomar
Me Verant
Hemon
Herry
Me Le Ders
Rouilly
Friand
Guyader

Total : 38

 

Autres Localités :

Crédit Nantais Nantes
Le Grand Landerneau
De Rosquefeuil Plougonven
Debours et Cie Toulon
Pouliquen Pont-L'Abbé
Traon
Bodec
Merdy Landerneau
Floch-Le Lay Port-Launay
Desacher Paris
Abgrall Pleyben
Crenn
Queinnec
Papin Landerneau
Marc-Ganoux Paris
Coop des Forgerons
Queguinner
Blouet Plomodiern
Le Bris Huelgoat
Me Le Doaré Plomodiern
Quéméneur Landerneau
Pouliquen Le Relecq
Caillet Paris

Total : 24

TOTAL = 69 

 

Si vous avez un doute, n'hésitez pas à l'exprimer, j'ai toutes les preuves en stock.

 

On a laissé Guillaume au début de l'année 1918. Le voilà donc blanchisseur dans la scierie de Morlaix. Manque de pot pour lui (mais bonheur pour tous les autres) la paix arrive le 11 novembre 1918.

Alors, côté capotes et autres effets ensanglantés à blanchir, y'a plus bézef !!!

Mais reste une manne que Guillaume a repéré depuis longtemps (oui, Guillaume, hein, laissez Pierre Quéméner tranquille ave ces histoires de bagnoles une bonne fois pour toutes !) les stocks américains.

Là, on va aller lire chez Bernez Rouz en pages 45 et 46 :

"Guillaume Seznec achète un camion en février 1917. (...) Seznec achète plusieurs voitures en 1919 à Brest. (...) La Cadillac qui fit le voyage de Paris avait été achetée 18.126 francs aux stocks américains de Brest.

Seznec semble très au fait des filières d'acquisition et de revente de voitures américaines. Ainsi en janvier 1920, il abandonne une voiture américaine dans une ferme de Ploéven, à proximité de son village natal Plomodiern."

Il va même jusqu'à en acheter à Paris. Avec la complicité active de son beau-frère Pierre Marc, mécanicien à Clichy (sur lequel aucune enquête n'a jamais été effectuée) et d'autres potes.

Bernez Rouz écrit encoreen bas de page 49 :

"Le 4 juin 1922, il assure toujours à la compagnie L'Union, un camion Liberty, marque USA Type B 1 400 portant le n° 2968 pour une somme de 15 000 francs, et une voiture automobile Torpédo 7 places, marque Briscoe pour 12 000 francs."

Et puis...

Et puis grosse Katastrophe !!!!!!

Les parcs de revente de stocks américains ferment les uns après les autres.

Les Boys de Pontanézen rentrent chez eux en novembre 1919.

Paris, le Champs de Mars ferme le 23 février 1922.

Celui de Romorantin aussi.

 

Plus de trafic, plus de pépètes.

Et c'est la dèche totale. Et absolue.

C'était son péché mignon.

C'est ce qui va le perdre.

Parce que c'est par là qu'il s'est fait choper.

 

Vous voulez pas qu'on le plaigne en plus non ?

 

Liliane Langellier

 

P.S. Lire chez "L'affaire Seznec revisitée" : La cassette des dollars-or : oubliée à la terrasse chez Lombard.

Et chez Skeptikos : Points de suspension.

 

 

La scierie Castel.

La scierie Castel.

R.M. Castel.

R.M. Castel.

Mariage Castel (1)

Mariage Castel (1)

Mariage Castel (2). Les deux fils sont Georges et Paul.

Mariage Castel (2). Les deux fils sont Georges et Paul.

Recensement Morlaix 1911.

Recensement Morlaix 1911.

Créance Castel.

Créance Castel.

Avertissement.

Avertissement.

Taxe sur les chiens.

Taxe sur les chiens.

Créance Pouliquen.

Créance Pouliquen.

La liquidation a bien eu lieu en juillet 1923. Bien avant le procès....

La liquidation a bien eu lieu en juillet 1923. Bien avant le procès....

Liquidation judiciaire in l'Ouest-Eclair du 19 juillet 1923.

Liquidation judiciaire in l'Ouest-Eclair du 19 juillet 1923.

Me Belz.

Me Belz.

Traon ar Velin : propriétaires successifs.

Traon ar Velin : propriétaires successifs.

Description pour vente Traon-ar-Velin in La Lanterne du 19 juillet 1923.

Description pour vente Traon-ar-Velin in La Lanterne du 19 juillet 1923.

Inventaire liquidation.

Inventaire liquidation.

Inventaire liquidation (2)

Inventaire liquidation (2)

Inventaire liquidation (3).

Inventaire liquidation (3).

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Alain D 30/04/2015 10:42

Tout s'éclaire, grâce aux "autorités compétentes" (Denis Langlois, que je remercie de ses explications, et l'analyse détaillée de l'estimatif par Bernez Rouz).
En effet, "puisque Seznec affirme avoir payé une partie du prix de [Traou-Nez]", la propriété DOIT figurer à l'actif de son bilan. Il faut maintenir la fiction jusqu'au bout...
D'ailleurs l'article de l'Ouest-Eclair comporte une note : "Si l'on supprime Plourivo, etc."
Et il est tout aussi logique que B. Rouz, qui se place en février 1924, n'en parle plus.
Ce qui m'étonne quand même, c'est que, que Quemeneur soit mort ou simplement disparu, que les promesses de vente soient vraies ou fausses, qu'il y ait ou non des dollars-or, la vente ne peut pas être réputée avoir eu lieu, en l'absence, justement, du susnommé Quemeneur...

La Piste de Lormaye 30/04/2015 11:05

Suis pas très douée en chiffres... Mais suis étonnée quand même que l'on passe d'un excédent de l'actif de 217.361,50 francs à 40.000 francs. Enfin Me Belz il devait savoir ce qu'il faisait... I do suppose...

Alain D 29/04/2015 17:45

Dès le 1er juillet (blog de Denis Langlois), le quotidien "Le Journal" annonce que Seznec "est arrêté sous l'inculpation d'assassinat et de faux". D. Langlois précise que l'inculpation est officiellement notifiée le 7 juillet.
Or la "propriété de Plourivo" figure dans le bilan déposé par Marie-Jeanne à la fin du même mois..., qui comprend, à l'actif, Traou-Nez pour 100 000 F, et au passif les fameux 35 000 F correspondant à la promesse de vente, soit 100 000 F moins "les dollars-or".
Il en a dit quoi, le Tribunal de commerce de Morlaix ?

La Piste de Lormaye 29/04/2015 19:55

J'ai joint Me Langlois qui m'écrit : "Lorsque Me Joseph Belz, l'avoué de Seznec, dépose le bilan de son client en juillet 1923, la propriété de Traou Nez figure dans l'actif. C'est logique, puisque, pour se défendre, Seznec affirme avoir payé une partie du prix de cette propriété. Mais bien sûr, au moment de la vente judiciaire, elle n'y figure plus. Elle n'a donc finalement pas compté dans cet actif."
Is it OK for you dear Alain D ????

La Piste de Lormaye 29/04/2015 18:27

J'ai demandé à Rouz (en page 58) il écrit : "Huit mois plus tard, le 23 février 1924, Joseph Belz fournira au juge un estimatif plus précis des biens de Seznec. Pour faire face aux créances, il a vendu les marchandises, les chevaux et les charrettes pour 17.000 francs. L'actif de Seznec est évalué à 300.000 francs contre un passif de 260.000 francs, soit un actif net de 40.000 francs."
Et en note bas de page : "Le mobilier est estimé 14.000 francs, les marchandises en stock 17.000 francs, le matériel 110.000 francs. Diverses créances pour 50.000 francs, soit un total de 191.000 francs. A cela s'ajoute l'immeuble de Morlaix pour 72.000 francs, celui de Plomodiern pour 30.000 francs, et la blanchisserie de Saint-Pierre Quilbignon pour 7.000 francs. Au passif des privilèges hypothécaires pour 135.000 francs, et des dettes chirographaires pour 125.000 francs."
Et en page 35 : "Traou-Nez fut vendu par les consorts Quéméner en 1925 pour 115.000 francs au docteur Orgebin de Nantes."
Me reste à vous retrouver où et quand a été publiée cette liquidation.
P.S. Non, je n'esquive pas votre question "Le Tribunal de commerce de Morlaix" a-t-il pris en compte ou non la vente de Traou-Nez par Quéméner à Seznec". Je reviens vers vous dès que....

La Langellière 29/04/2015 09:05

"Il était roublard"... Elle me l'a dit avec son accent breton à nul autre pareil.
Et comme elle a raison, elle qui l'a connu et bien connu !!!
Ce que Guillaume Seznec a fait pour obtenir la scierie de Traon-ar-Velin est au-delà du réel.
Aucune pitié pour les autres.
Tout pour sa gueule.
Et maintenant il faudrait que l'on chiale parce qu'un petit-fils un peu allumé a décidé de faire chialer la France des gogos.
Sans moi.