Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Pierre Quémeneur a-t-il été assassiné par Guillaume Seznec à Lormaye ?

Affaire Seznec : André de Jaegher, le chaînon manquant ?

"Espérer le meilleur et se préparer au pire, c'est la règle."

Fernando Pessoa

 

 

J'ai déjà écrit et fait des recherches sur le gars André..

Et je dois bien reconnaître qu'il ne m'empêchait pas de dormir...

C'était sans compter sur la pugnacité de Thierry, qui nage dans la presse ancienne comme un poisson dans l'eau.

Et, surtout qui est encore tout jeune sur l'affaire Seznec, donc habité d'aucune certitude et influencé par personne !!!

Il a de plus, cet enthousiasme et cette foi des nouveaux convertis....

Cela nous change un peu des désabusés de l'affaire Seznec. Qui, lorsqu'ils ne nous rabâchent pas toujours la même version, nous la jouent :"Je sais tout mais je ne vous dirai rien"...

Ou de ceux qui nous rejouent ad nauseam la scène des deux petits vieux dans la loge-balcon du Muppet Show... Et qui devraient s'inscrire à l'excellent stage "Écrire pour être lu" du C.F.P.J. de la rue du Louvre...

Ou de ceux encore, qui, accrochés à leur version des faits, sont infoutus d'accepter un nouveau livre de la qualité de celui de Me Denis Langlois, parce que... et bien parce qu'ils n'avaient pas prévu ça...

Et que cela vient déranger leurs tiroirs...

Alors, du coup, ils rejettent en bloc... Ils vont même jusqu'à faire un procès d'intention à l'auteur... Qui aurait voulu nous révéler le secret de famille uniquement parce que Petit-Fils Premier s'était mis à conduire à l'extrême droite...

Pour sûr qu'ils sont dérangés leurs tiroirs. Surtout ceux d'en haut...

Certains diront aussi que Thierry se borne à consulter la presse (on reproche souvent aux autres ce qu'on est soi-même), mais que nenni ! Thierry, il a une très fine analyse. Il rapproche les faits, les gens, les lieux, et comme la généalogie c'est son truc , il nous remonte jusqu'à la troisième génération, histoire de nous recouper tout ça...

Mais...

Revenons à hier soir et aux scoops de notre jeune ami...

Pour ce que j'ai écrit auparavant, et vu que je continue toujours mon Carême sur ma tablette, vous irez tout seuls cliquer à droite de cette page, dans la rubrique "Tous les articles" sur le nom "André de Jaegher" et vous pourrez lire l'article : "Et si je vous dis de Jaegher..."

Ajoutez tout de suite à la fiche du gars André que son père Eugène fréquentait la Haute...

Eugène, en plus d'être président du Cercle Radical, était membre correspondant pour Morlaix de l'Union des Yachts Français dont le président était Félix Faure et le vice-président le baron de Rotschild (in page 149 de "Union des Yachts Français", années 1896 à 1899).

Est-ce à la suite du naufrage du navire "La Juliette" (décembre 1897), dont il était armateur, qu'Eugène fait faillite en 1901?

(cf Vente aux enchères publiques sur la Dépêche de Brest du 16 janvier 1901).

Eugène de Jaegher meurt le 5 avril 1901.

André, lui, les accumule...

Un accident de chasse en 1901. A Plouigneau. Où il broye par accident l'épaule de son associé Gravey.

Le 12 mai 1904, avec son associé Gravey, André a un accident de bagnole.

Le 8 août 1904, leur société (charbons, ardoises, entreprise de camionnage) est dissoute.

En 1913, il est quand même élu conseiller municipal (avec la liste socialiste) au deuxième tour avec 1.117 voix sur 2.036 votants.

 

Je fais mon maximum, mais gardez tout de même à l'esprit que je ne suis pas morlaisienne et que je n'ai pas le 06 de Marthe Le Clech...

 

On continue quand même dans la vie pas claire claire du pote de Jaegher....

Allez ! Au charbon !

 

La Dépêche de Brest du 3 novembre 1916

Morlaix

Depuis quelque temps, un an environ, on s'apercevait de vols constants de charbon en briquettes destiné aux compagnies de l'Etat et des chemins de fer économiques. Une surveillance discrète fit peu à peu tomber les soupçons sur certaines personnes. Une indication de noms fut donnée au parquet en même temps que plainte. Une perquisition immédiate fut faite chez 2 personnes, où l'on découvrit des quantités considérables de briquettes à la marque "Pacific". Le charbon était caché dans les greniers sous de la paille, sous des fagots, dans des cabinets, sous des escaliers et sous des peaux de lapin. Les inculpés prétendirent avoir pris ces charbons sur la voie ferrée et n'avoir pas pensé commettre un vol. On leur fit remarquer que, d'une part, les quantités trouvées étaient considérables et que, par ailleurs, elles reconnaissaient en avoir brûlé journellement depuis fort longtemps, aussi est-il difficile d'évaluer les quantités soustraites, mais la valeur en est considérable. Il est à noter que, dans une perquisition, on a trouvé près de deux tonnes dans un grenier, caché sous du bois ; chez un autre, de 15 à 1.600 kilos ; chez d'autres, des quantités moindres mais importantes : 2 à 300 briquettes.  Dans un aqueduc, de la voie ferrée au poste, il a été découvert 84 briquettes qu'une blanchisseuse a reconnu avoir volées. Elle en brûlait 200 kilos en moyenne pour sa lessive. Elle n'avait pas acheté de charbon depuis plus d'un an. Trois arrestations ont été opérées. Les vols étaient commis dans les wagons en stationnement et aux tas après déchargement avec paniers et sacs. Le parquet a reçu les noms d'un grand nombre d'autres personnes qui ont participé aux vols. Le parquet, qui avait de nombreuses perquisitions à opérer, n'a pu, en raison du nombre très restreint des gendarmes, visiter toutes les personnes qui lui étaient signalées. Aussi dans la nuit du 30 au 31 octobre, quantités de voleurs ont jeté le produit du vol dans le bassin et dans le bois tailli au-dessus du bassin. M. le capitaine de gendarmerie, qui aidait aux opérations, a découvert dans une excavation 156 briquettes à cent mètres d'une maison d'où elles sont sorties. En raison de l'obscurité, on ne pouvait entrer dans d'autres cavités couvertes de ronces, où l'on distinguait encore un grand nombre de briquettes. Sur la voie ferrée montante, on en a trouvé un grand nombre jetées pendant la nuit. L'enquête continue, ainsi que les perquisitions. Bien des gens qui ont volé des briquettes s'imaginent ne pas être connus et ont pensé pouvoir échapper en jetant leurs briquettes soit dans les bois, soit dans le bassin. Ils ne s'imaginent pas que leur manège a été observé et qu'ils n'échapperont  pas aux poursuites. Douze inculpés ont été interrogés et laissés en liberté provisoire. D'autres arrestations sont imminentes.

 

L'Ouest-Eclair

5 novembre 1916

Morlaix

L'affaire des charbons

Le quartier du bassin vit une epoque de terreur. Les perquisitions s'y succèdent, et toujours sont fructueuses. Est-ce une cinquantaine de personnes qu'il faudra traduire en correctionnelle ? C'est probable surtout en raison des complicités qu'on pressent inévitables. Les trois personnes écrouées actuellement sont M. Guyomar, 69 ans, éclusier en retraite, demeurant à la Fonderie, qui, hélas ! a sept fils au front, Mme veuve Floch, fabricante de chaussures en peaux de lapins, allée Saint-François, et Mme veuve Kerouly, ouvrière aux tabacs, demeurant près de l'usine des ponts-et-chaussées. Ce sont les principaux inculpés.

L'enquête de M. Picard, procureur de la République, se continue activement, et de leur côté les gens suspects s'empressent la nuit de faire disparaitre par tous les moyens les preuves de leurs vols. En dépit des dénégations et des serments, les perquisitions faites font découvrir chaque jour de nouveaux entrepôts.

Une buandiere est surprise avec 100 briquettes cachées sous un tas de paille. Elle a avoué en consommer 200 par mois, depuis la guerre elle n'avait plus acheté de charbon. On devine le chiffre du larcin. Mais elle affirme avoir acheté du bois pour 30 francs.

Une ménagère, habilement interrogée par le procureur sur la quantité de charbon qu'elle a dû brûler, croit se défendre en répondant : "Oh ! peu de chose une briquette par repas à peu près - alors cela n'en fait que deux par jour ! - Tout juste ! - Et depuis combien de temps ? - Depuis quatre ans monsieur le procureur."

Et la femme confondue d'entendre qu'à ce régime elle avait brûlé pour 16.600 francs de marchandises.

Tout au début de l'affaire, les gens se contentaient de décrocher au passage quelques morceaux de combustible. Mais bientôt tout s'organisa : il y eut des arrangements à l'amiable, des commissions, des ventes de sacs à des prix défiants toute concurrence, de transports domicile par voiturettes d'enfants, et finalement le loyal partage au tas, avec l'assurance de l'impunité indéfinie.

Le principal inculpé, habitué aux choses de la mer, jetait charbon et poteaux de mines à l'eau, et les repêchait à loisir comme légitimes épaves en face de sa maison.

Bref, maintenant les coupables emploient tous les moyens nocturnes pour évacuer sur Traon-ar-Velin, La Madeleine, La Bergens, lieux très éloignés du centre d'opérations, et même chez des voisins peu méfiants, les matériaux désormais compromettants, sous les regards malicieux des rares innocents du quartier.

 

 

La Dépêche de Brest du 22 janvier 1917

Morlaix

Nous avons dit que l'affaire des charbons était entrée dans une nouvelle phase et que le représentant de la maison T. Benon et Cie Ltd de Cardiff, Newport et London à Paris, avait fait ouvrir une enquête pour établir les responsabilités, quelles qu'elles soient.

L'instruction ouverte sur cette affaire a amené à l'arrestation de M. D... sous l'inculpation d'abus de confiance et de détournement.

 

L'Eclaireur du Finistère

2 juin 1917

L'affaire du charbon

Aujourd'hui est venue devant le tribunal l'affaire du charbon.

La matinée et l'après-midi ont été consacrés à l'interrogatoire et à l'audition des témoins.

Les plaidoiries ont commencé vers 4 heures.

La cause de M. de J. était plaidée par Me Laval, député, avocat au Barreau de Paris.

Celle de la compagnie par Me Bérard, sous-secrétaire d'État.

 

L'Ouest-Eclair

24 juin 1917

L'affaire des charbons

Au début de son audience du 22 juin, le tribunal correctionnel a rendu son jugement concernant l'affaire d'abus de confiance dans laquelle était impliqué M. de Jaegher, entrepreneur en déchargements. L'inculpé a été condamné , avec de nombreux attendus, à 18 mois de prison avec sursis, 25 francs d'amende, 4000 francs de dommages-intérêts envers la partie civile.

 

 

Il s'en est quand même sacrément bien tiré le gars André...

Faut dire qu'il avait un avocat.... comment dire.... 

Et non, vous n'avez pas la berlue, et vous avez bien lu : Pierre Laval...

Laval a dû être sollicité par le cousin d'André, Charles Le Febvre, avocat, maire SOCIALISTE de Morlaix jusqu'en 1913 (ndlr Charles et Yves Le Febvre étaient demi-frères. Tous deux fils de Ferdinand Le Febvre, qui était le frère de la mère d'André de Jaegher).

Quand je vous disais que les nouveaux petits convertis à l'affaire Seznec ça vous poussait à aller plus loin...

Vous me croyez maintenant ?

Mais pas plus étonnée que ça je suis....

Souvenez-vous de cet article du 15 décembre dernier : "Parlons un peu des stocks américains" où j'avais consciencieusement recopié la prose de Skeptikos...

Tout en bas, figure un encadré intitulé "Maurice Privat, astrologue !"

Et... Dans cet encadré Skeptikos avait cité Pierre Laval...

Puisque je vous le dis !

 

Liliane Langellier

P.S. Je viens juste de me commander le "Pierre Laval" de Maurice Privat (1931).

Pour mieux comprendre ce que fut l'homme politique d'Aubervilliers...

Une banlieue qui fut, elle, la plaque tournante des trafics de stocks américains après le départ des Sammies.

Je viens de le recevoir et de le commencer... Une véritable purge ! Encore un effort de Carême ! Peut-être en essayant de le prendre par la fin, je ne m'endormirai pas toutes les deux pages :-)

 

Queue au charbon en 1916.

Queue au charbon en 1916.

de Jaegher RM (1)

de Jaegher RM (1)

de Jaegher RM (2)

de Jaegher RM (2)

de Jaegher RM (3)

de Jaegher RM (3)

Distribution de charbon en 1916.

Distribution de charbon en 1916.

Voilà l'effort de Carême...

Voilà l'effort de Carême...

 

 

Février 2015

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Merci !

 

 

 

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S
J'avais mis un commentaire<br /> mais je vois qu'il n'a pas été pris en compte<br /> alors je l'ai mis sur mon blog http://affaire.de.cadillac.over-blog.com/
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L
Si je lis bien le petit-fils (en page 106, édition 2006), c'est bien pour la même affaire que Seznec va voir Gautier Paris le 2 juin au matin... Ils nous prennent vraiment pour des quiches...
O
Autre question.<br /> <br /> On sait que Seznec et de Jaegher avaient le même avocat, Me Bienvenue du barreau de Saint-Brieuc, qui les défend dans l'affaire qui les oppose à Me Croissant, avoué de Morlaix. <br /> <br /> Dès lors, pourquoi la visite à Paris chez Gautier rue Vivienne ?
L
J'ai deux questions pour vous... <br /> Quemeneur et Seznec auraient-ils pu faire connaissance via de Jaegher ?<br /> Quemeneur subit une perte nette de 64.862 francs à cause de la faillite de Jaegher. Le montant des dollars soi-disant remis à Quemeneur par Seznec est de 65.000 francs.<br /> Quemeneur aurait-il tenté de se venger de tout ce petit monde en un coup de dés ???
L
Je n'ai certes pas censuré votre commentaire pour l'unique et bonne raison que je ne l'ai jamais vu...<br /> Pas grave, les lecteurs peuvent se bouger jusqu'à votre blog.