Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Pierre Quémeneur a-t-il été assassiné par Guillaume Seznec à Lormaye ?

Les objets de l'affaire Seznec. Inventaire à la Prévert...

Cela pourrait être drôle...

On pourrait même peut-être en rire...

S'il n'y avait eu la mort pour un homme et le bagne pour un autre.

Avec deux familles bousillées.

Cela pourrait être drôle....

On pourrait même peut-être en rire...

Prévert l'aurait mise en vers.

Vian l'aurait chantée dans quelque cabaret du Quartier Latin.

Et Devos serait monté sur scène, tirant plus que jamais sur ses bretelles, pour nous la conter en un sketch inimitable.

Histoire...

De nous faire rigoler !

Parce que...

Parce que l'affaire Seznec, c'est quand même surréaliste.

Installez-vous bien dans votre fauteuil.

On vous servira des bulles tout à l'heure.

Et détendez-vous les zygomatiques !

Le courrier du dimanche

L'élément qui déclenche tout.

Celui qui dégoupille la grenade de l'affaire.

Oui, ce courrier qu'un zélé facteur a délivré à Guillaume Seznec. Le dimanche 20 mai 1923. Jour de "La Pentecôte Pour Tous".

Puisque c'est le petit-fils qui nous le dit.

C'est que c'est vrai.

Ce courrier vient d'un Américain au nom américain travaillant pour la Chambre de Commerce américaine.

On n'a jamais vérifié si La Poste française travaillait les dimanches à Morlaix.

On n'a jamais retrouvé le facteur distributeur.

On n'a jamais vraiment cherché le courrier distribué.

Quant à l'Américain....

La Cadillac

Parce que l'affaire Seznec c'est avant tout une affaire de Cadillac.

Oui.

Et non.

C'est surtout l'histoire d'une Cadillac.

Car on n'a pas eu le temps de voir les autres.

C'était Quemeneur le gros bonnet du trafic.

Oui.

Et non.

C'était Seznec qui traficotait dans les bagnoles. Et c'est lui qui l'avait achetée, la foutue Cadillac. Aux stocks américains de Brest. En 1919. Il l'avait même payée 18.126 francs.

C'était donc sa Cadillac.

Oui.

Et non.

Ce n'était plus sa Cadillac. Car, sa trésorerie battant de l'aile, pour obtenir un prêt de 15.000 francs auprès de son pote Quemeneur, il lui avait refilé en gage, sa Cadillac. Le 25 octobre 1922. Après six mois, elle devait appartenir à Quemeneur.

Comptez sur vos doigts !

C'était Quemeneur le gros bonnet du trafic.

Non.

Quemeneur, ce qui l'intéressait, c'était plutôt d'avoir un job reluisant. Genre directeur de banque. Suivez mon regard. Et souvenez-vous des petites annonces de la B.P.C. (Banque Privée Coloniale). Qui paraissaient régulièrement dans les journaux de l'Ouest.

Et surtout d'une en particulier.

Celle de L'Ouest-Eclair du 15 octobre 1922 :

"INSPECTEUR GENERAL

en résidence A RENNES, pour plusieurs départements, est demandé par groupe financier colonial, apport 50.000, très belle situation, place Conseil d'Administration, - Ecrire VACQUIE, 150, avenue du Maine, Paris, qui convoquera à RENNES le 20 courant."

Quemeneur avait été contacté pour être "directeur d'une succursale". On a du mal à la situer géographiquement cette succursale. Parce que ces deux ripoux de Vacquié et de Beysseyre des Horts ne faisaient pas dans l'exactitude.

Le Havre ? Cherbourg ?

Toujours est-il que s'il faut abouler 50.000 francs pour être inspecteur général, il fallait au moins allonger 100.000 francs pour être directeur d'agence, et éventuellement entrer au Conseil d'Administration, non ?

Directeur d'une banque fantôme ?

Peut-être.

Mais, ça, Quemeneur, il ne le savait pas.

Donc nous voilà sans Cadillac et sans banque.

Continuons l'inventaire...

Les promesses de ventes

Il y en a eu deux fournées.

La première et la seconde.

La première rédigée à Brest, d'après ce que nous dit Guillaume (car, après tout on n'a que sa parole pour bâtir cet inventaire).

Quemeneur l'avait faite dactylographier.

Oui.

Mais par qui ?

Dans une officine, genre "The West "Dactylo" Agency" au 117, rue de Siam. Donc pas très loin de l'hôtel des voyageurs ?

Par une connaissance d'une connaissance qu'il connaissait, genre Marie Priser, que nous balance Claude Bal.

Toujours est-il que Lapalisse me souffle dans l'oreillette droite, que pour promesse de vente rédiger encore faut-il modèle avoir. Et que ce genre d'affaires, c'est plutôt du ressort d'un notaire.

Oui, d'un notaire comme Me Vérant, que, justement, Seznec rencontre ce jour-là à Brest. Et rue de Siam qui plus est !

La seconde, on y reviendra plus tard, car si la première a disparu.... La seconde a tenu la scène un long moment.

Les dollars or

Des mecs se sont tués la tête pour construire des boîtes afin de savoir quelle était la taille exacte d'une boîte pouvant contenir le nombre de dollars annoncé par Guillaume.

Ils en ont même reconstitué une selon les mesures indiquées par Seznec.

Qui descendait largement en-dessous de zéro. Côté Chiffres.

Après d'interminables problèmes de calcul niveau certificat d'études, on en est arrivé à un poids de dollars de 6,751 kilogrammes.

99 pièces de 20 dollars.

206 pièces de 10 dollars.

Que personne n'a jamais vues.

Que personne ne verra jamais.

Et que personne n'a jamais réclamées non plus.

La lettre du beauf"

Oui, celle avec le chèque incorporé.

60.000 francs 1923, c'est à peu près 60.000 euros 2014.

Une jolie somme.

Il n'en dormait plus le beauf".

Notaire. Respectable. Et très respecté.

Mais l'argent, quand même....

Même s'il n'était que "prêté" et pas "donné". Car Pierrot, on ne la lui faisait pas. Enfin pas toujours...

Et puis voilà qu'un malheureux Alfred, postier de son état, qui doit déjà supporter le nom de Bégué, un malheureux Alfred, à défaut de se mélanger les mots, se mélange les yeux.

Il ne sait plus.

Il est victime d'une soudaine phobie administrative.

Il ne sait plus.

Si on est venu la réclamer.

Quand on est venu la réclamer.

Qui est venu la réclamer.

Tout le monde sera rapidement soulagé car le notaire - après avoir précautionneusement mis opposition - récupérera son chèque.

Précisons quand même que le beauf" s'était payé les services de "Sauveur Giordano" !

Au fait, quelqu'un l'a vu le chèque ?

Sa photo est parue dans le journal ?

Pas curieux qu'ils étaient les "Tintin" reporters de l'époque.

Car quelque chose me dit, que chez ces gens-là, l'argent, ça peut vous mener à tout.

Même sans se salir soi-même les mains.

Si vous la voyez passer, la photo du chèque - barré ou pas - faites-moi signe que j'orne mon blog de son importante présence.

Le cric

Objet oh combien indispensable avec toutes les crevaisons qui nous sont narrées sur le maudit parcours...

Emile Hodey, le garagiste menteur et drouais (oui, les deux sont compatibles !) dit qu'il a vu le cric.

Guillaume perd le cric.

Il arrive à La Queue-les-Yvelines sans cric.

Et pourtant, ce n'était pas de la matière plastique.

Puisque j'ai lu, récemment, dans le compte-rendu, du procès, qu'il pesait largement ses 30 kilos.

Personne n'a jamais revu le cric.

La valise de Quemeneur

Une ado au nom à consonance britannique, en mal de reconnaissance, voit la valise de Pierrot à l'arrière de la Cadillac dans le garage Coulomb à La Queue-les-Yvelines.

Quand on porte le prénom de la mère de l'empereur Constantin, on essaye, pour le moins, d'en être digne.

Et si elle nous dit voir du jaune, c'est peut-être tout simplement qu'elle nous couvait une hépatite.

Aucun médecin. Aucun psy ne l'a examinée.

Et puis, comme une valise, c'est fait pour voyager, la voilà en gare du Havre cette foutue valise.

Que d'encre elle fit couler. Son contenu fut détaillé jusqu'à la couleur des chaussettes.

Détaillé et assez controversé.

Mais je ne sais que depuis peu, grâce à mon correspondant quimpérois, qu'elle contenait un extrait d'acte de naissance du 28 janvier 1923. Etabli à Morlaix (in Le Petit Breton du 2 décembre 1923).

Extrait d'acte de naissance nécessaire si l'on veut intégrer un Conseil d'Administration (cf la Banque Privée Coloniale). Car il prouve la nationalité française.

On nous cache tout.

On nous dit rien.

Parce que, sinon, c'est bien connu, vous et moi, nous nous baladons chaque jour avec, en portefeuille, un extrait d'acte de naissance.

Juste une question.

Quelqu'un l'aurait-il vu en photo cette valise ?

Car elle manque cruellement aux illustrations de mon blog !

La machine à écrire

Comme le Finistère était en rupture totale de stocks de machines à écrire, Guillaume est obligé d'aller en acheter une au Havre.

Ce qui ne va pas lui porter chance.

Même si tout cela se déroule un 13 !

En fait, on en a deux de machines à écrire.

Celle que le boutiquier Chenouard vend à Guillaume, le mercredi 13 juin, devant une foule de faux témoins. Et qui porte le numéro 434080.

Et celle, unique "Royal 10", que Chenouard achète pour son magasin, le 13 avril (tiens, encore un 13 !) à la Guaranty Trust. Et qui porte, elle, le numéro X684604.

Abondance de biens ne nuit pas.

Peut-être. Mais ça peut rendre confusionnel....

Alors ?

Et bien...

Comment voulez-vous qu'on s'en sorte de l'affaire Seznec ?

Puisqu'on n'arrive déjà pas à y rentrer.

Liliane Langellier

Le Petit Breton du 2 décembre 1923.

Le Petit Breton du 2 décembre 1923.

Le Petit Breton. L'affaire Seznec. Où il est question d'un extrait de naissance et d'un mouchoir.

Le Petit Breton. L'affaire Seznec. Où il est question d'un extrait de naissance et d'un mouchoir.

Le Petit Breton "Un acte de naissance en date du 28 janvier dans la valise trouvée au Havre... délivré à Morlaix même."

Le Petit Breton "Un acte de naissance en date du 28 janvier dans la valise trouvée au Havre... délivré à Morlaix même."

Le Petit Breton (fin)... (très fin !)

Le Petit Breton (fin)... (très fin !)

Ce blog comporte 350 commentaires.

Sagement rangés sous chaque article concerné.

Avec sa nouvelle version, je n'ai pas pu obtenir d'Overblog - et ce n'est pas faute d'avoir essayé - que la rubrique "commentaires" figure de nouveau en haut à droite de la page comme auparavant.

Ce n'est pas un drame !

Il faut savoir s'adapter.

Oui, juste être "flexible" comme disent si bien les Ricains !

 

Les objets de l'affaire Seznec. Inventaire à la Prévert...
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trafic 13/11/2014 13:16

Merci beaucoup pour cet article. Sympa.