Affaire Seznec : La piste de Lormaye

Pierre Quémeneur a-t-il été assassiné par Guillaume Seznec à Lormaye ?

Affaire Seznec : Si Brest m'était conté...

Brest. Hôtel des Voyageurs.
Brest. Hôtel des Voyageurs.

Je ne connais de Brest que la chanson de Barbara...

Ce qui est un peu court dans l'affaire qui nous préoccupe.

Mais...

J'ai toujours été fascinée par ce que je ne connaissais pas.

Et voilà que Bernez Rouz nous parle en page 53 de son ouvrage, du 3, rue Amiral Linois. Où notre pote Guillaume se serait installé, d'abord avec les faux cols de Stutzman. Puis tout seul.

Comme j'ai entendu quelque part, et très récemment, que "je faisais des rapprochements très fins", à défaut de monter un site de rencontres, je tiens à être à la hauteur de ma réputation.

Cet article va être un peu plus distrayant que d'habitude.

Car il va être basé sur des images.

Des images de Brest, bien entendu.

1/ La rue de Siam

"La révolution la baptisa rue de la loi, mais pour les Brestois, et en souvenir de la visite des ambassadeurs siamois en 1685, elle resta la rue de Siam et elle retrouva son nom en 1811. Jacques Prévert l’a chantée en vers ; Pierre Mac Orlan, René Lhote et François Ménez en prose, et tous avec autant de bonheur. Elle n’était pas tirée au cordeau comme son homonyme actuel ; non ; elle avait la sagesse et non la fantaisie de faire un coude après la rue du Petit Moulin, et le turbulent vent d’Ouest en était ainsi pour ses frais, lui qui aurait aimé la prendre en enfilade.

C’est là que fut construit l’hôtel Saint-Pierre, vers la fin du XVIIe siècle. Vauban y descendit. Il devait son nom à Charles de Castel, seigneur de Saint-Pierre qui le possédait. Il fut acquis en 1752 par la Marine qui l’utilisa, d’abord, comme caserne des gardes-marine, puis par la suite comme Préfecture Maritime, après avoir hébergé les malades atteints de typhus, lors de l’épidémie de 1757. Devant la préfecture maritime, une guérite abritait un fonctionnaire qui suivait d’un œil désabusé le mac-farlane des commis de marine et des agents techniques et d’une prunelle intéressée le va-et-vient des jeunes brestoises qui arpentaient les pavés des trottoirs étroits."

in le blog "Nos souvenirs d'hier".

Ah ! La fascinante rue de Siam. Où les matelots en escale venaient chercher un peu d'amour au rabais. Mais pas tous frais payés.

Vous remarquerez que Pierre et Guillaume fréquentent toujours des lieux "limite" (ndlr n'en déplaise aux psychorigides !) Il y avait plusieurs maisons closes rue de Siam. Et, à Rennes, l'établissement "La Source" - si ce n'était pas "Les Chandelles" - ne devait certes pas manquer d'entraîneuses...

Cette foutue rue où, selon la légende, nos deux compères auraient échangé leurs dollars en terrasse à l'hôtel des voyageurs. Chez Lombard.

Ils ont fait dactylographier la promesse de vente. Mais il y avait déjà des officines pour ça. Tiens, comme "The West Dactylo Agency", par exemple...

Julien Le Grand (of Landerneau) fréquentait la Librairie Uzel.

2/ Rue Amiral Linois

En fait, tout ça, c'est le quartier des Sept Saints.

Si vous lisez que même Gustave Flaubert et Pierre Loti en ont causé, ça fait riche, quand même !

Enfin sous le prétexte de "fins rapprochements", ne nous égarons pas dans la littérature. Nous sommes ici dans l'affaire Seznec.

Une petite balade, ça vous tente, alors, allons-y....

- Au coin de la rue Monge et du 11, rue Amiral Linois, on trouve Hamon, une mercerie en gros.

Je dirais plutôt une grosse mercerie.

- Au numéro 1, un atelier de reliures. Le Hir. Ce nom vous dit quelque chose ? Moi aussi.

Que du beau linge dans cette rue !

C'est bien pour ça, du reste, que notre pote Guillaume avait loué un cagibi au numéro 3 "pour faire ses affaires"... Tandis que Marie Jeanne se tuait la santé à la blanchisserie de Saint-Pierre-Quilbignon.

- Au numéro 13, une société de chemins de fer. Quand je vous dis que c'était le nec plus ultra de coller sur son papier à lettres l'adresse rue Amiral Linois !

- Au numéro 9, un architecte du nom de "Bigot".

- Au numéro 7, La Banque Nationale de l'Ouest de Beysseyre des Horts qui se fait racheter par la B.P.C. (Banque Privée Coloniale) et son escroc Jean Vacquié.

Mais si, rappelez-vous, les ripoux qui font du pied à Pierre Quemeneur sous prétexte de lui confier la direction d'une succursale de leur banque (cf BR en page 23).

Comme vous pouvez le constater, sur l'image de couverture, les immeubles étaient cossus. Et, sur le plan commercial, c'était vraiment "The place to be".

En mai 1923, résidaient aussi à Brest :

- Hilaire Métais, l'ami, entrepreneur de plomberie-zinguerie au 28, de la rue Kléber. La rue Kléber appartenait au quartier des Sept Saints. Et beaucoup de prostituées arpentaient ses trottoirs.

Lire à ce sujet :"L'hôtel de la femme sans tête" de Gilbert Moreau.

- Emile Petitcolas, le beau-frère, ancien rédacteur au journal "La Dépêche de Brest", dont la rédaction se trouve au 25, rue Jean Macé.

Il n'intègre L'Eclaireur de Brest, journal de Morlaix, qu'en août 1923.

- Jean Corentin Marc, le beau père, et sa fifille, qui tenait une succursale de "L'Economie Bretonne".

- Jean Ségur, le pote, commissaire de police n'était pas encore en retraite.

Car c'est qu'il nous intéresse ce commissaire de police...

Rappelez-vous, c'est lui à qui Guillaume écrit, le 13 juin :

"J'ai des renseignements graves à te demander, m'intéressant, peux-tu me donner rendez-vous ou voudrais-tu venir jusqu'à Morlaix ?"

in Bernez Rouz en page 76.

- Marie Priser. Dont Bernez Rouz nous parle dans son livre tout en bas de la page 65, note 139 :

"Claude Bal prétend dans son livre Seznec était innocent, publié en 1955, qu'il a trouvé le personne qui a tapé l'acte de vente. Il avance le nom de Marie Priser, employée de préfecture (ndlr La Sous-Préfecture est située 3, rue Parmentier, pas loin de la rue de Siam). Interrogée par le commissaire Camard en 1956, celle-ci oppose un démenti le plus formel à cette allégation."

Et que Denis Seznec nous évoque - très vaguement (raison de plus pour s'y intéresser) - en page 92 sous l'orthographe Prisert ou Privert !!!

Maître Langlois, qui, lui, est clair de chez clair, m'écrit en réponse à l'un de mes mails, le 28 mars dernier :

"Marie Priser, veuve de Hilaire Métais, a été interrogée en 1955-56 par le commissaire Camard..."

Si elle est veuve de Hilaire Métais, c'est qu'elle fut son épouse. Et qu'elle connaissait fort bien l'ami de son mari : Guillaume Seznec...

Quand je vous dis que Brest a encore quelques surprises à nous réserver ..

Quand je vous dis que c'est là que tout a commencé...

C'est là que tout a commencé... Avant de continuer dans d'autres lieux finistériens.

Liliane Langellier.

Je tiens à ne pas laisser passer.

Car cela m'a fait mal.

Inutilement.

J'ai vraiment lu des choses moches. Très moches.

Et des mots méchants. Très méchants.

Tout ça parce que Bernez Rouz a cité ce blog, oui, mon blog, sur France 3 Bretagne, au JT de mardi soir...

Puisque c'est la saillie politique de la semaine, j'oserai dire que l'on est en pleine "rikikisation" de l'esprit !

Mais pour finir cet article en jolis mots, je vais citer David O. Selznick qui balançait couramment : "There are only two classes, first class and no class !"

Brest. Rue Amiral Linois.

Brest. Rue Amiral Linois.

La rue de Siam. Y'a du matelot qui bade...
La rue de Siam. Y'a du matelot qui bade...
La rue de Siam. Y'a du matelot qui bade...
La rue de Siam. Y'a du matelot qui bade...
La rue de Siam. Y'a du matelot qui bade...
La rue de Siam. Y'a du matelot qui bade...

La rue de Siam. Y'a du matelot qui bade...

The West Dactylo Agency. Exécution de tous travaux dactylographiques... Et la Librairie Uzel.
The West Dactylo Agency. Exécution de tous travaux dactylographiques... Et la Librairie Uzel.

The West Dactylo Agency. Exécution de tous travaux dactylographiques... Et la Librairie Uzel.

Mercerie Hamon. 11, rue Amiral Linois. Et architecte Bigot au numéro 9.
Mercerie Hamon. 11, rue Amiral Linois. Et architecte Bigot au numéro 9.

Mercerie Hamon. 11, rue Amiral Linois. Et architecte Bigot au numéro 9.

Atelier de Reliure Le Hir. 1, rue Amiral Linois.

Atelier de Reliure Le Hir. 1, rue Amiral Linois.

N° 13 : Société Joly, Beldant Fr. et Baert, concessionnaire des chemins de fer.

N° 13 : Société Joly, Beldant Fr. et Baert, concessionnaire des chemins de fer.

La rue Amiral Linois s'appelait rue des Sept Saints. Mais, ça, c'était avant...

La rue Amiral Linois s'appelait rue des Sept Saints. Mais, ça, c'était avant...

Brest. In Guide Michelin 1922.

Brest. In Guide Michelin 1922.

Plan de Brest. Pour situer la rue de Siam.

Plan de Brest. Pour situer la rue de Siam.

Brest. Plan actuel. La rue de Siam et la rue de l'Amiral Linois sont parallèles.

Brest. Plan actuel. La rue de Siam et la rue de l'Amiral Linois sont parallèles.

L'ECONOMIE BRETONNE de Jean Corentin Marc et sa fille Marie.

L'ECONOMIE BRETONNE de Jean Corentin Marc et sa fille Marie.

Le livre de Gilbert Moreau. A lire pour capter l'ambiance du quartier des Sept Saints.

Le livre de Gilbert Moreau. A lire pour capter l'ambiance du quartier des Sept Saints.

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S
Bonjour, <br /> Svous vous interressez au quartier des Sept-Saints, je vous recomande un ouvrage qui sort bientôt: https://www.editionsdumenhir.com/accueil/nos-ouvrages/nouveautes-et-evenements-litteraires.html
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G
Bonsoir,<br /> J'ai lu votre artiicle avec attention, notamment au sujet du quartier des Sept-Saints. Les adresses que vous citez, comme les images que vous publiez, sont toutes postérieures au quartier des Sept-Saints. Ce quartier avait déjà disparu à l'époque de Seznec, certes il n'y avait pas longtemps. Un livre devrait paraître à l'automne, il sera grandement consacré a ce quartier et ce qu'il s'y passait avant sa disparition.
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